Zimbabwe : Une monnaie pour fin 2019

Clément Martinez23 décembre 20185 min

Le gouvernement zimbabwéen prévoit d’introduire une nouvelle monnaie locale d’ici la fin de l’année 2019. Le but est de répondre à la rareté des billets de dollars américains qui commence à devenir un problème pour l’économie dans son ensemble. Dans un contexte politique instable depuis le départ de Robert Mugabe, resté des décennies au pouvoir, le pays se relève difficilement.

En effet, à la suite d’une hyperinflation qui avait rendu sa monnaie inutilisable (un fort déficit de la balance commerciale, typiquement des importations supérieures aux exportations qui conduisent à une dépréciation de la monnaie. Cette dépréciation, en renchérissant le prix des importations, stimule l’inflation), le Zimbabwe a adopté comme monnaie des échanges le Dollar américain, la Livre Sterling et le Rand sud-africain pour endiguer ce cercle vicieux de l’hyperinflation.

Cependant l’économie du pays s’est effondrée et ses avoirs extérieurs en dollars ont fortement diminué, faisant baisser le volume des billets verts disponibles pour l’économie réelle. Ainsi, même si on comptait 10 millions de dollars en volume monétaire dans les comptes de banque en octobre 2018, la quantité de dollars disponibles pour satisfaire la demande est bien plus faible de nos jours.

Pour chiffrer cela, le stock actuel des réserves disponibles est de 153,4 millions de dollars et ne permet des importations que pour deux semaines. Le gouvernement estime que pour avoir la nouvelle monnaie locale, il faudra avoir au moins des réserves équivalentes à 6 mois d’importations. Sur le court terme aucune amélioration n’est envisageable, la tendance n’est pas sur le point de s’inverser et même pourrait empirer dans un contexte politique et économique mondial tendu.

Partout dans le pays, les autorités subissent la pression des acteurs économiques, qui demandent toujours plus de dollars pour continuer d’exister. Récemment, c’est Delta Corporation, le premier brasseur du pays, qui a menacé d’exiger des paiements en dollars, pour ainsi pouvoir continuer les importations, si importante dans leur politique commerciale, avant de conclure un arrangement avec le gouvernement.

Dans un contexte social tendu, marqué notamment par un doublement des prix de l’essence, ou par la mobilisation des enseignants, qui ont lancé un mot d’ordre de grève si leurs salaires ne sont pas payés en dollars. Le ministre zimbabwéen des Finances a annoncé samedi 12 janvier 2019 que le pays allait se doter d’une devise d’ici la fin de l’année, et réintroduire le dollar zimbabwéen, supprimé en 2009, à cause de l’hyperinflation.

 

Créer une monnaie n’est pas une chose facile lorsque l’économie est en ruine

 

Depuis dix ans, le pays vit l’enfer de la démonétisation. Devenue dépendante du dollar américain, ainsi que des monnaies régionales comme le rand sud-africain, l’économie est incapable de se redresser. Si relancer une monnaie est indispensable, ce n’est pas pourtant pas chose facile. Il faut donc réunir plusieurs conditions :

  • Avoir suffisamment de réserves de change pour pouvoir payer les importations. la quantité estimée est de six mois de réserves de change.
  • Mettre en place un come zimbabwéenne.
  • Laisser le marché décider du taux de change de la monnaie.

La première condition est certainement la plus complexe à mettre en place car elle nécessite une économie exportatrice pour le Zimbabwe. En effet, pour générer des réserves de change, il faut une économie exportatrice. Or, le problème actuel du Zimbabwe, en tant que nation, est l’incapacité à produire les marchandises qui devraient permettre de soutenir une monnaie nationale crédible aux yeux des acteurs économiques du pays et des marchés financiers.

 

Un changement ambitieux et risqué dans un pays en pleine transformation

 

Les autorités Zimbabwéenne font un pari risqué, en espérant qu’une monnaie même faible au début permettra de relancer l’économie. Mais au-delà de cette problématique, c’est la mise en place de nouveaux formalismes, règles, normes qui permettront au pays d’envisager une amélioration notable de leur situation.

Pour exemple, la Banque Centrale Zimbabwéenne, est impliquée dans l’allocation de devises étrangères aux industries locales, alors que par définition, cette mission ne rentre pas dans leurs champs de compétences (c’est le marché qui doit jouer ce rôle d’allocation des ressources). Il faut donc au Zimbabwe une banque beaucoup plus indépendante qui se contente de surveiller l’offre monétaire et de répondre aux besoins de l’économie avec de nouvelles règles de fonctionnement et de contrôle.

 

Bilan 

 

La création et le fonctionnement d’une nouvelle monnaie a pour passage obligatoire notamment l’adoption de règles contraignantes et de processus normés. Pour le Zimbabwe, la vision est ambitieuse et la transformation d’un tel projet (issue d’une volonté nationale), est la seule voie possible vers la renaissance économique d’un pays qui fut autrefois la deuxième puissance d’Afrique australe.

Clément MARTINEZ

Sources : Africa24tv, Le Parisien

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