fandas.fr/CryptoyuanDans un contexte sino-américain complexe, le projet développé depuis 2014 par la Banque centrale chinoise (BPC) est arrivé à son terme. Cette cryptomonnaie doit permettre à Pékin de progressivement digitaliser le yuan et de contrer des projets américains comme le futur « Libra » de Facebook. (Voir article FANDAS sur le Libra).

En effet, depuis plus d’un an, les autorités chinoises menacent publiquement d’interdire le bitcoin et les activités qui y sont liées. Mais en sous-main, le géant asiatique, en conflit commercial avec les Etats-Unis, travaille sur son propre projet de cryptomonnaie.

Une simple copie du bitcoin ?

La BPC est l’une des premières banques à s’être lancées sur la création d’une cryptomonnaie nationale. Elle a commencé à y travailler dès 2014, à l’époque où le bitcoin ne valait « que » 500 dollars ; il évolue aujourd’hui autour des 10 000 dollars. Seules quelques banques centrales comme celle du Canada, de la Suède ou de l’Uruguay travaillent depuis sur des projets similaires.

Pékin a toutefois beaucoup d’avance. En cinq ans, le géant asiatique a eu le temps de travailler et de tester un prototype, bien différent du bitcoin et des autres monnaies numériques en circulation. Car le projet de Pékin est celui d’une cryptomonnaie basée sur le yuan : elle sera ce que l’on qualifie de « stablecoin » (une cryptomonnaie indexée sur devise), étroitement contrôlée par le gouvernement.

Quel fonctionnement et quels enjeux ?

Ce projet est tout sauf un gadget pour Pékin : il doit lui permettre de digitaliser progressivement son cash. Cette monnaie numérique est vue par les dirigeants chinois comme une alternative à l’argent liquide. Elle s’inscrit dans le prolongement naturel des changements de pratiques en Chine, où les paiements se font de plus en plus numériquement comme sur WeChat en particulier pour les non-touristes.

Ce « crypto yuan » devrait notamment servir à terme à remplacer le yuan avec un système de portefeuilles électroniques permettant de stocker et d’utiliser ainsi la cryptomonnaie. Néanmoins ses contours restent encore flous. 

Le projet a vocation à fonctionner sur deux niveaux, permettant de se conformer au mieux à l’architecture complexe des réseaux de paiements nationaux, à l’étendue du territoire chinois et à son immense population. Deux réseaux coexisteraient, l’un propre à la Banque centrale, le second dédié aux Banques de détails.

Dans ce contexte, si la blockchain sera mise à profit, il ne s’agira pas de l’unique technologie déployée, notamment à cause des énormes capacités de transactions simultanées nécessaires pour le bon fonctionnement du système.

A plus court terme, ce projet est également une réponse à l’offensive des géants de la tech, notamment américains, dans le secteur.  L’annonce en juin par Facebook du projet « libra », en partenariat avec des dizaines d’autres mastodontes (Visa, Uber, eBay) a fait beaucoup de bruit du côté des banques centrales très à cheval sur leur souveraineté. Et notamment du côté de Pékin, qui a manifestement décidé d’accélérer les choses.

En dépit des antagonismes fondamentaux qui séparent la Chine et les Etats-Unis, il est amusant de constater que la Banque Centrale de l’Empire du Milieu, au même titre que son équivalente américaine la FED, se retrouve elle-aussi confrontée à la défiance et au scepticisme de ses banques commerciales nationales.

  Clément MARTINEZ. Tous droits réservés.


Sources : 

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