Quel avenir pour les investissements verts ?

Depuis 2012, les investissements des industriels pour protéger l’environnement (études comprises) n’ont cessé de se réduire, passant de 1,7 milliards à 1,4 milliards d’euros. Ils sont récemment descendus sous la barre des 1,4 milliards d’euros, niveau le plus bas depuis 2000. Dans un contexte écologique, économique et social qui se situe à un moment plus que jamais charnière, comment expliquer cette baisse des investissements « verts » et quelles solutions sont mises en avant ?   Une distinction...
Avatar Julien Houssemand15 décembre 20197 min

Depuis 2012, les investissements des industriels pour protéger l’environnement (études comprises) n’ont cessé de se réduire, passant de 1,7 milliards à 1,4 milliards d’euros. Ils sont récemment descendus sous la barre des 1,4 milliards d’euros, niveau le plus bas depuis 2000.

Dans un contexte écologique, économique et social qui se situe à un moment plus que jamais charnière, comment expliquer cette baisse des investissements « verts » et quelles solutions sont mises en avant ?

 

Une distinction de taille

 

Une première distinction est à observer : 88% des grandes entreprises investissent dans des mesures de protection de l’environnement (anti-pollution, …) contre seulement 27% des entreprises comprenant entre 20 et 49 salariés.

La taille de l’entreprise semble donc jouer un rôle majeur. Non seulement sur la part des effectifs pouvant être affectée aux études et investissements dans la protection de l’environnement mais aussi sur l’aspect financier. Les grandes entreprises disposent généralement de plus de ressources financières que celles de 20 à 49 salariés.

De plus, les entreprises à forte emprunte écologique sont majoritairement des entreprises industrielles comportant plus de 50 salariés (centrale nucléaire, industrie automobile, …)

 

Prévenir ou guérir, entre des enjeux de pouvoirs

 

Actuellement, 79% des dépenses pour l’environnement sont consacrées à des investissements et 21% aux études. Proportionnellement, pendant que les investissements pour protéger l’environnement diminuent, les montants consacrés aux études augmentent (+4% l’année dernière). Une augmentation de la part des études peut être perçu comme un point positif. En effet, cela peut vouloir dire que les entreprises dépensent davantage pour trouver des solutions plus efficaces sur le long terme et investir une fois ces études réalisées. Néanmoins, la contradiction réside dans le fait que l’environnement est un enjeu actuel pour lequel il faut trouver des solutions aujourd’hui.

La constitution d’un groupement pour centraliser les études et les investissements et ainsi les rendre plus efficace semble une solution inévitable. Toutefois les industriels seront-ils prêts à s’allier et partager leurs travaux ? Rien n’est moins sûr.

Il y a donc un réel paradoxe entre la volonté de protéger l’environnement et la mise en œuvre de projets pas encore assez mutualisés.

 

L’énergie, levier du développement durable

 

A ce stade, il est important de se demander comment ces fonds sont-ils utilisés ? En décomposant ces investissements, nous pouvons remarquer deux pôles importants :

  • Le prétraitement, traitement et élimination de la pollution (pour 450 millions d’euros en 2017 soit plus d’un tiers des investissements dans la protection de l’environnement). Ce chiffre est à mettre en perspective avec les dépenses de mesures & contrôles ou de recyclage qui, combinées, ne représentent « que » 125 millions soit moins de 10% des investissements. Cette logique de « plutôt guérir que prévenir » n’est-elle pas à revoir ?

 

  • Le second pôle représente près des deux tiers des investissements :

L’énergie pour 423 millions d’euros

La chimie pour 210 millions d’euros

L’agro-alimentaire pour 186 millions

Métallurgie pour 98 millions

 

La transition énergétique est donc perçue comme le principal levier de protection de l’environnement

Le « management vert »

 

Au-delà de l’aspect financier opérationnel à travers les études et investissements, n’y a-t-il pas d’autres leviers sur lesquelles peuvent-jouer les entreprises ?

Le « management vert » (ou « green management ») pourrait-être un bon complément. Il passe par une gestion quotidienne orientée vers la protection de l’environnement. Ce dernier s’apparente par exemple à des achats responsables, la réduction de l’utilisation de matériaux nuisibles comme le plastique (à l’instar de Mc Donald qui a récemment arrêté l’utilisation de pailles de toutes sortes dans ses restaurants). Ce type de management semble trouver de plus en plus sa place dans l’économie actuelle et fermement encouragé. En effet, les comités de direction semblent affichés de plus en plus d’intérêts pour ces méthodes de « néo-management ». Réel engouement ou simple recherche d’une image positive à votre avis ?

 

L’enjeu des « obligations vertes »

 

Les investissements des entreprises peuvent également être soutenus par l’émission « d’obligations vertes » qui, non dénuée de limites comme une absence de cadre juridique clair, sont un début de recours pour pousser les particuliers et entreprises à investir dans des projets « responsables ».

Ce type d’obligation a vu le jour pour permettre de répondre à la demande grandissante de particuliers et d’entreprises pour les investissements éco-responsable. Contrairement aux obligations classiques elles imposent un fort devoir de suivi (reporting), preuve de l’utilisation des fonds pour une cause « verte ». Ces fonds doivent, de plus, être utilisés pour un projet bien précis.

En plein essor, un cadre pourrait bien voir le jour dans les prochaines années pour solidifier les bases de ce produit. En effet, des discussions au sein de la commission européenne pour définir une liste précise de projets éligibles sont en cours. L’enjeu d’un cadre précis est devenu nécessaire car beaucoup de dérives voient le jour notamment avec la Chine dont la banque centrale veut autoriser l’émission d’obligations vertes pour financer la construction de centrales thermiques au charbon.

 

L’arrivée de nouveaux produits : les « obligations de transitions »

 

De plus, pour relancer l’investissement des entreprises dans la protection de l’environnement, de nouveaux produits financiers voient le jour pour soutenir ces « obligations vertes » à l’image des « obligations de transition ». Ces dernières ont été créés pour soutenir plus fortement des projets liés à la transition et la transformation énergétique notamment. L’une des premières entreprises à se lancer est l’assureur AXA, qui a souscrit ce 27 novembre dernier à l’intégralité de l’émission de « transition bonds » pour 100 millions d’euros par Crédit Agricole. Ces obligations sont censées être moins « contraignantes » pour les émetteurs que les obligations vertes et ainsi séduire d’autant plus les entreprises à y recourir.

 

Un cadre mondial, plus global, semble nécessaire

 

Terminons en rappelant que cet enjeu est d’autant plus important et actuel que nous sommes en période de COP25. Cette dernière s’est ouverte le 2 décembre à Madrid et devait se terminer ce vendredi 13 décembre. Néanmoins la tournure peu « productive » de ce sommet a poussé les Etats à jouer les prolongations ce samedi. En effet, les « gros pollueurs » comme les Etats-Unis qui sortiront de l’Accord de Paris en novembre 2020, ou encore la Chine et l’Inde qui ont menacé de revenir sur leurs engagements climatiques si les pays développés ne s’engagent pas davantage, ne semblent pas suffisamment concernés par la situation. Ceci est fortement contradictoire lorsque l’on sait que la Chine émet de plus en plus d’obligations vertes et à notamment choisi Paris pour sa prochaine émission.

En pénurie d’accord et face à l’échec de cette COP25, les Etats membres devront présenter une liste de leurs engagements pour le climat révisée d’ici la COP26 qui se tiendra à Glasgow en novembre 2020.

 

L’économie « verte » est donc devenue un enjeu crucial et fait face à de nombreux obstacles qu’il est nécessaire de surmonter. L’économie mondiale pourrait donc bien être bouleversée et intégrer des changements majeurs dans les prochaines années.

Julien HOUSSEMAND

Sources : LaTribune, LeFigaro

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