Marée basse en 2019 pour les introductions en bourse

Avec 188,8 milliards de dollars de fonds levés lors d’introductions en bourse, 2019 marque un coup d’arrêt par rapport à 2018 qui avait enregistré près de 210 milliards levés, soit une baisse de 10%. Le nombre d’entreprises introduites en bourse à, quant à lui, baissé de 20% en passant de 1500 entreprises enregistrées en 2018 contre 1200 en 2019. Comment expliquer ces niveaux, au plus bas depuis 2016 ? L’appétit des investisseurs pour les marchés est-il...
Avatar Julien Houssemand5 janvier 20207 min

Avec 188,8 milliards de dollars de fonds levés lors d’introductions en bourse, 2019 marque un coup d’arrêt par rapport à 2018 qui avait enregistré près de 210 milliards levés, soit une baisse de 10%.

Le nombre d’entreprises introduites en bourse à, quant à lui, baissé de 20% en passant de 1500 entreprises enregistrées en 2018 contre 1200 en 2019.

Comment expliquer ces niveaux, au plus bas depuis 2016 ? L’appétit des investisseurs pour les marchés est-il en berne ? N’y a-t-il pas des signes de relances ?

Un contexte mondial fragile

 

Un des premiers facteurs d’explication pourrait être l’instabilité du contexte géopolitique mondial. En effet, la guerre commerciale sino-américaine a affecté deux hypers puissances mondiales et il est très difficile de prévoir les réactions et ripostes des différentes parties. Également, le Brexit qui, longtemps reporté, est au cœur de délocalisations et réorganisations d’entreprises à la fois anglaises mais aussi européennes. Nous pouvons citer par exemple le courtier en assurance de véhicule d’occasion Opteven, qui, pour faire face aux impacts du Brexit, a enclenché le rachat d’un courtier local agréé par le régulateur britannique, WMS Group. Le rachat de ce dernier lui permet de conserver un passeport valide pour continuer d’exercer en Grande-Bretagne. Enfin, les tensions liées à l’endettement mondial ainsi que les tensions sociales dans des pays développés comme la France ou des états comme Hong-Kong, confirment l’instabilité et la difficulté d’appréhender la situation macro et micro économique actuelle. Nous pensons donc que ces raisons ont contribué à installer un sentiment de frilosité au sein des marchés et chez les investisseurs. Dans ce cadre, certaines entreprises font donc le choix de reporter leur introduction en bourse et d’attendre un climat plus clément.

 

Le second facteur d’importance, qui peut être considéré comme une conséquence du premier est l’attrait pour les capitaux privés, le « capital-investissement » (« private equity » en anglais), pour réaliser des levées de fonds. Les capitaux levés via des fonds privés atteignaient déjà 345 milliards de dollars à la mi-novembre, et ce, juste en tenant compte de l’Europe (95 milliards) et de l’Amérique du Nord (250 Milliards). A titre d’exemple, l’investissement de Softbank dans Fortress à hauteur de 3,3 milliards de dollars représente un niveau d’investissement élevé pour des fonds privés.

Cette explosion des fonds de capital-investissement s’explique par plusieurs facteurs comme les sommes records à investir (les ressources à investir sont estimées à plus de 2 500 milliards), la frilosité des acteurs pour les marchés financiers, les taux d’intérêts très bas et enfin la forte hausse des niveaux de valorisation accordés par les fonds aux entreprises.

S’il est alors possible de lever des sommes colossales via des fonds privés en évitant la plupart des contraintes liées à une introduction en bourse pourquoi se compliquer la tâche ?

Crainte d’une crise imminente

 

Les principaux indices comme le CAC 40 (France) ou le NASDAQ (Etats-Unis) ont battu des records cette année. Néanmoins, ce constat est à prendre avec précaution puisque les marchés sont aussi « dopés » par l’action des entreprises qui rachètent leurs propres actions (surtout sur le marché américain). En effet, les rachats d’actions sont très importants aux Etats-Unis depuis 2 ans grâce, notamment, à la politique fiscale de Donald Trump, qui a permis de booster les résultats des entreprises. Plus de bénéfices permet, si l’entreprise le souhaite, d’avoir des capitaux pour racheter ses propres actions. Néanmoins l’année 2019 semble mitigée et les résultats pas toujours à la hauteur, ce qui pourrait présager un recul des rachats d’actions pour 2020 et donc une retombée probable des indices boursiers.

De plus les importantes crises sociales, le contexte géopolitique, les niveaux d’endettements et les prises de risques de certains investisseurs peuvent laisser craindre une crise potentielle.

Des contraintes plus fortes en bourse

 

Au-delà des aspects géopolitique ou financier, une différence majeure oppose le système boursier à celui du capital-investissement : les contraintes règlementaires. Bien qu’il ne soit pas possible de faire n’importe quoi avec des fonds privés, en bourse, la règlementation concernant la transparence et la diffusion d’informations reste très lourde pour les entreprises, en les obligeant à une transparence totale à chaque instant. Cela est imposé dans l’intérêt et la protection de l’investisseur mais est parfois contraignant pour les entreprises.

Toutefois, cette problématique « post entrée en bourse » n’est pas la seule à laquelle les entreprises souhaitant rejoindre le marché organisé doivent faire face. En effet, une opération d’introduction en elle-même est complexe. C’est même l’une des opérations financières les plus compliquées à réaliser (le but de cet article n’étant pas de faire un cours sur les introductions en bourse je me contenterais de lister de manière non-exhaustive certains points délicats, leur analyse pourra faire l’objet d’un prochain article) : difficulté à estimer précisément le prix d’émission des actions, nécessité d’homogénéiser sa structure (passer en normes IFRS, GAP …), comptabilité de la forme juridique, mise à plat de sa stratégie et de sa vision pour attirer les investisseurs. Les coûts financiers d’une introduction en bourse sont également élevés puisqu’en moyenne les banques d’affaires mandatées pour réaliser l’opération facturent 1% du coût de l’introduction.

 

De ce fait, même si s’introduire en bourse permet d’accéder à de nouveaux marchés, de lever un montant conséquent de capitaux, d’augmenter sa notoriété ou encore d’accéder à un marché obligataire plus global, la balance avantages/inconvénients ne penche pas toujours en faveur de l’introduction.

Ceci est d’autant plus vrai dans le contexte économique actuel et d’autant plus en période de taux d’intérêts si bas. Cela rend les levées de fonds privés plus attrayantes et réalisable surtout pour des montants colossaux.

 

Malgré cela, des opérations records !

 

Bien que le contexte puisse poser question, 2019 aura été l’année de trois introductions d’envergure à savoir celle de la Française Des Jeux (dont le cours a augmenté de 20% lors de sa première matinée de cotation), de Uber (qui malgré une entrée ratée sur les marchés suite aux doutes des investisseurs, a tout de même levée 8 milliards de dollars) ainsi que de Saudi Aramco. Cette dernière est d’ailleurs la plus grosse introduction jamais réalisée avec une levée de fonds estimée à 25,6 milliards de dollars. Avant Saudi Aramco, le record avait été établi par Alibaba en 2014 qui avait levé près de 25 milliards de dollars à New York.

Nous pouvons également citer la seconde cotation du géant Alibaba, qui pour son introduction sur le marché de Hong-Kong a tout de même réussi à lever plus de 11 milliards de dollars.

Ces opérations sont donc la preuve d’un appétit encore bien présent des investisseurs pour les marchés financiers et ce partout dans le monde. Relanceront-elles cet appétit à un niveau comparable à 2014 (qui avait enregistré près de 265 milliards de levés de fonds via les introductions en bourse) ?

Julien HOUSSEMAND

Sources : LesEchos, Reuters, LeRevenu

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