LVMH passe la bague au doigt de Tiffany

Le 24 novembre 2019, LVMH (Louis Vuitton Moët Hennessy) et Tiffany & Co avait signé un accord primaire scellant le rachat du joaillier new-yorkais par le géant du luxe français. A la suite des récents épisodes sanitaires qui ont bouleversé l’économie de façon inédite, LVMH a décidé de renégocier l’accord de rachat conclu plusieurs mois auparavant. Quelle était alors la stratégie en place derrière ce projet d’acquisition ? Et dans quelles conditions l’accord a-t-il été...
Julien Houssemand Julien Houssemand1 novembre 20205 min

Le 24 novembre 2019, LVMH (Louis Vuitton Moët Hennessy) et Tiffany & Co avait signé un accord primaire scellant le rachat du joaillier new-yorkais par le géant du luxe français. A la suite des récents épisodes sanitaires qui ont bouleversé l’économie de façon inédite, LVMH a décidé de renégocier l’accord de rachat conclu plusieurs mois auparavant. Quelle était alors la stratégie en place derrière ce projet d’acquisition ? Et dans quelles conditions l’accord a-t-il été renégocié ?

 

Un premier accord un an plus tôt

 

Le 25 novembre 2019, le leader mondial du luxe LVMH (Louis Vuitton Moët Hennessy) a annoncé officiellement avoir conclu un accord visant l’acquisition de Tiffany, maison de haute joaillerie basée aux Etats-Unis. Cet accord primaire avait été conclu sur la base d’un prix d’acquisition de 14,7 milliards d’euros (16,2 milliards de dollars à date), soit 135 $ pour chacune des actions composant le capital de Tiffany & Co.

Cette dernière rayonne non seulement à travers ses 300 boutiques partout dans le monde mais également par ses engagements éthiques (approvisionnement responsable) et sociaux (le respect des droits humains est un des points d’honneur de la maison américaine).

Stratégiquement, la prise de contrôle de Tiffany doit permettre à LVMH de renforcer sa position dans la haute joaillerie. En effet, l’idée est de donner une nouvelle dimension et plus d’ampleur à l’activité « Montres et Joaillerie » du groupe français. De plus, cette acquisition représente l’opportunité d’accroître sa présence sur le marché du luxe américain tout en consolidant les positions déjà acquises. Créée en 1837 et première marque de luxe à voir le jour aux Etats-Unis, Tiffany jouie d’un héritage non négligeable et d’une implantation solide.

 

Le calme avant la tempête

 

Si tout semblait acté entre les deux géants mondiaux du luxe, c’était sans compter sur les récents épisodes dont notamment celui de l’épidémie de SARS-Cov-2. Ce virus a impacté de manière significative l’économie mondiale à tous les niveaux, contraignant le groupe français à revoir certaines de ses positions et sa stratégie à court terme. Le moment est-il toujours opportun ? (le timing d’une acquisition de société est en effet primordial). Le prix conclu est-il toujours envisageable compte tenu de la situation actuelle ?

Le PDG de LVMH, Bernard Arnault, a ainsi pris le parti d’entrer dans des négociations afin de rediscuter des conditions de l’accord primaire signé en novembre 2019, et en particulier le prix d’acquisition retenu.

La remise en cause de l’accord selon les conditions conclues en novembre 2019 a été possible grâce à plusieurs facteurs dont deux principaux :

  • La majorité des contrats d’acquisitions contient une clause juridique qui permet aux différentes parties de renoncer à la mise en œuvre de l’acquisition en cas de survenance d’une situation significativement défavorable, soudaine et non explicitement exclue par les parties prenantes dans le corps de l’accord. Ici, la pandémie de Covid-19 à de fortes chances d’être retenue comme facteur significativement défavorable et soudain par les tribunaux.
  • La société cible doit, durant la période entre la signature de l’accord primaire et la finalisation de l’opération, être administrée et gérée « selon le cours normal des affaires ». Tiffany a fait le choix de verser un dividende le plus élevé possible alors que la société subissait des pertes (notamment à la suite de la situation sanitaire) et que ses liquidités de la société s’amenuisaient de jour en jour. Le fait qu’aucune autre entreprise du secteur n’est agit de la même façon pourrait également démontrer une faute de gestion contraire à l’intérêt de la société.

 

Un rabais sur le prix de 2019

 

Depuis plusieurs mois, le groupe de Bernard Arnault a ainsi repris les négociations avec la maison de joaillerie américaine. Après plusieurs mois de lutte effrénée, LVMH a obtenu gain de cause : une baisse de 2,6% sur le prix conclu en novembre 2019, soit 131,5$ par action. Cette diminution du prix par action de 3,5$ permettra au groupe français une économie de 425 millions d’euros sur cette opération. Cette économie représente 2,8% de la trésorerie du groupe, s’élevant à 15,4 milliards d’euros au 30/06/2020 (comptes semestriels).

En défaveur de Tiffany, pourquoi cet accord a été validé par le conseil d’administration de la société américaine ?

Tout d’abord, le fait d’accepter cet accord met fin à la couteuse bataille juridique qui opposait les deux parties depuis le printemps 2020. De plus, la situation économique actuelle, mise à mal par l’épidémie de Covid-19, a impacté à la baisse le cours de bourse de Tiffany. Cela, couplé aux incertitudes sur l’avenir en de telles conditions, a poussé le conseil d’administration de l’entreprise américaine à accepter l’offre. Les dernières étapes avant la finalisation de l’opération (estimée à la mi 2021) sont l’approbation par les actionnaires de Tiffany & Co et la réalisation des conditions suspensives.

Selon vous, cette opération est-elle une bonne opportunité pour LVMH ?

Julien HOUSSEMAND

Sources : LesEchos, Le Monde

Laisser un commentaire

Champs obligatoires *