Les ventes à découvert, dilemme en temps de crise !

Le développement fulgurant du Coronavirus au cours des dernières semaines a entrainé de nombreuses conséquences, dont un vent de panique sur les marchés financiers du monde entier. En effet, les plus grosses places financières comme Paris, New York, Londres, Rome, Tokyo, Pékin …* ont connu une série de krach boursiers avec des indices qui ont atteint des niveaux parmi les plus bas historique du XXIe siècle. Le CAC 40, par exemple, a atteint les 3 632,06...
Julien Houssemand Julien Houssemand29 mars 20209 min

Le développement fulgurant du Coronavirus au cours des dernières semaines a entrainé de nombreuses conséquences, dont un vent de panique sur les marchés financiers du monde entier. En effet, les plus grosses places financières comme Paris, New York, Londres, Rome, Tokyo, Pékin …* ont connu une série de krach boursiers avec des indices qui ont atteint des niveaux parmi les plus bas historique du XXIe siècle.

Le CAC 40, par exemple, a atteint les 3 632,06 points au cours de la séance du 16 mars, avant de clôturé à 3 881,46 lors de la même séance. Un tel niveau représente une baisse de l’indice de plus de 40% en un mois et présente des similitudes avec les deux grandes chutes des bourses au XXIe siècle, à savoir l’explosion de la bulle internet entre 2001 et 2003 et la crise des subprimes entre 2007 et 2009.

Un phénomène de marché explique en partie ces descentes effrénées vers des niveaux si bas : les ventes à découverts (VAD).

 

Paris (CAC 40, SBF 120, Euronext 100 …), New York (NASDAQ, Dow Jones, S&P 500, …) , Londres (FOOTSIE, …), Milan (FTSE MIB, …), Tokyo (Nikkei, …)*

 

Les ventes à découvert …

 

Généralement, les investisseurs classiques ont tendance à acheter des actions quand leur niveau de prix leur paraît relativement bas par rapport à une hausse qu’ils anticipent. Les raisons d’une hausse du cours de bourse d’une action sont multiples comme l’annonce de résultats annuels qui surperforment les estimations, l’annonce d’une acquisition qui pourrait booster l’activité de l’entreprise, la signature de nouveaux contrats, le développement d’un brevet, …

C’est ainsi la différence entre le prix d’achat, plus bas de l’action, et le prix de revente attendu, plus haut, qui fera le gain de l’investisseur.

Néanmoins, certains investisseurs (particuliers, professionnels ou institutionnels) ne raisonnent pas comme cela et parient sur la baisse, plus ou moins importante, d’un ou plusieurs titres. Pour mettre en place une telle stratégie il est possible de passer par plusieurs types d’opérations comme les ventes à découvert (à ne pas confondre avec les OSRD, Ordre avec Service de Règlement Différé, dont quelques modalités, comme le délai de règlement, changent). Réaliser une vente à découvert revient à un emprunt de titre, généralement auprès d’un investisseur long-terme et qui cherche à rentabiliser son portefeuille de titre, en contrepartie d’une commission et d’un dépôt de garantie. Cette garantie permet de limiter les risques de non-paiement de l’investisseur à l’échéance, pris par le prêteur des titres. Ce type d’emprunt est la plupart du temps régi par un intermédiaire de marché, appelé broker. Schématiquement, l’investisseur emprunte la quantité de titre souhaitée qu’il revend sur le marché au cours de bourse en vigueur, admettons deux actions X à 150 €. L’investisseur perçoit alors 300 € à l’instant t. Lorsque la date d’échéance de l’emprunt est arrivée, l’investisseur peut soit prolonger son emprunt en échange d’une nouvelle commission, soit il devra honorer son contrat et rendre ses titres au prêteur. Pour cela, l’investisseur rachète alors sur le marché la quantité d’action qu’il a emprunté. Dans notre exemple, si le cours de bourse a subi une forte baisse et est de 100 € l’investisseur débourse 100 € pour racheter l’action X qu’il retourne au prêteur et aura effectué une plus-value de 100 € (2 titres empruntés x 50 € de différence de cours par action). A l’inverse, si le cours a flambé et est de 200 € l’investisseur sera quand même contraint d’honorer sa part du contrat et réalisera une perte de 100 €.

Ce système peut à la fois décupler les gains d’un investisseur mais ne doit pas être pris à la légère car il peut également entraîner de lourdes pertes. Il est considéré comme ayant un effet de levier lorsque le dépôt de garantie demandé par le prêteur n’est pas de 100% mais plutôt de 20% ou 30% car il est alors possible de mettre en jeu de l’argent que l’investisseur n’a potentiellement pas.

Enfin, il est important de savoir que toutes les actions d’entreprises ne sont pas éligibles à la vente à découvert. Différents critères doivent être réunis comme par exemple une capitalisation boursière supérieure à 1 milliard d’euros. (Il est également à préciser que ce type d’opération n’est pas réalisable via un PEA mais via un compte-titres)

 

… en temps de crise

 

En temps normal, l’utilisation des ventes à découvert, ou tout autre procédé permettant de vendre des titres non détenus en portefeuille, permet d’améliorer la liquidité offerte par le marché et de jouer un rôle d’avertisseur en cas de défiance du marché à l’égard d’un titre.

Cependant les ventes à découvert peuvent aussi être utilisées à des fins de manipulation pour tirer fortement les cours à la baisse tout en ayant un effet boule de neige sur d’autres acteurs, les poussant aussi à la vente et donc amplifiant l’effet de chute. Cela est possible et efficace notamment en périodes de crises pendant lesquelles les marchés sont nerveux et volatils et donc très sensible aux mouvements de marchés.

Depuis le début de la crise du coronavirus, plus de 23 000 milliards de dollar de capitalisations boursières d’entreprises à travers le monde ont été détruites. Ce chiffre, gigantesque, est la consolidation de pertes énormes de valeurs sur la plupart des grands marchés financiers mondiaux. Au-delà de l’aspect « panique » engendré par les mesures de confinement auprès des investisseurs, les baisses sont fortement soutenues et accentuées par la pratique de ventes massives d’actions à découvert. Ces ventes massives sont majoritairement exécutées par des fonds d’investissements dit « activistes » qui possède suffisamment de titres ou de capacité financière pour vendre suffisamment de titres à découvert. Cette « survente » provoque alors un surplus d’offre sur le marché qui fait chuter les prix. De plus, ce mouvement massif de marché va entraîner une multitude d’autres investisseurs sur le marché sur de la vente à découvert mais aussi sur de la vente classique.

 

Des mesures pour limiter les dégâts 

 

Après la séance noire du 16 mars, l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) a pris la décision d’interdire les ventes à découvert sur 92 titres pour la séance du 17 mars afin de contenir les fluctuations à la baisse subies par le marché et tenter de limiter la destruction de valeur. A l’issue de cette séance, l’AMF a pris la décision de prolonger cette mesure jusqu’au 16 avril inclus. (Retrouvez la liste des titres concernés par l’interdiction via : Titres visées par l’interdiction de vente à découvert – AMF)

Lors de la crise des subprimes, en 2008, l’AMF avait déjà pris des mesures restrictives concernant le processus des ventes à découvert. En septembre 2008, l’autorité française a provisoirement obligé les opérateurs utilisant des procédés de ventes à découvert, de déposer des garanties financières à hauteur de 100% des titres empruntés, dans les livres de compte des intermédiaires, le jour même de la vente, et non plus à J+3 pour les ventes à découvert ou à la fin du mois calendaire avec les OSRD.

Depuis cette mesure prise il y a maintenant 12 jours le CAC 40 affiche maintenant 4 351,49 points en clôture de séance ce vendredi 27 mars, soit une hausse de + 19,8% par rapport au plus bas niveau de la séance du 16 mars.

Cette reprise est en partie due à cette mesure mais également aux annonces « positives » récentes comme le programme de soutien de la BCE à hauteur de 700 milliards, ou encore le plan de relance du G20, qui va injecter 5 000 milliards de dollars dans l’économie mondiale.

 

Quel meilleur exemple que l’histoire ?

 

L’utilisation du processus de vente à découvert n’est pas nouveau. Le cas le plus ancien recensé date de 1609, lorsque Isaac Le Maire, un des principaux actionnaires de la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales a vendu plus d’actions qu’il n’en détenait. Isaac Le Maire a pris le pari que le cours de l’action de la Compagnie baisserait suite à l’émergence d’un nouveau concurrent français. Il a alors opté pour une livraison différée d’une ou deux années. Toutefois la situation ne tourna pas à son avantage et le concurrent français n’émergea jamais réellement. Le cours de la Compagnie néerlandaise des Indes Orientale a donc continué de monter, et Isaac Le Maire ne fût jamais en mesure de racheter les actions qu’il avait vendu faute de moyens financiers. Les autorités de l’époque ont donc décidé d’interdire ces pratiques.

Les ventes à découvert peuvent ainsi représenter un important effet de levier et permettre d’engranger beaucoup de gains en utilisant des ressources que nous n’avons pas forcément. Ces opérations, bénéfique pour les marchés financiers en temps normal, sont leur véritable « bête noire » en temps de crise.

Après la lecture de cet article, quelle est votre opinion sur le sujet et sur les mesures restrictives imposées par l’AMF ? Jugez-vous que ce type d’opération soit suffisamment encadré ? Le considérez-vous comme une opportunité ou comme une menace pour les marchés financiers ?

Julien HOUSSEMAND

Sources : LesEchos, La finance pour tous

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