Le télétravail : de l’exception à la norme ?

La crise sanitaire actuelle a poussé les entreprises qui le pouvaient à s’adapter et à réinventer leur organisation. L’arrivée en Europe et en France du coronavirus (Covid-19) a mis un coup d’arrêt à un grand nombre de secteurs d’activité et à l’économie en général. Le télétravail est alors devenu un moyen, pour ceux dont l’activité le permet, de rester actif pendant cette période compliquée. De nouveaux modes de fonctionnement ont ainsi vu le jour pour...
Avatar Julien Houssemand10 mai 20207 min

La crise sanitaire actuelle a poussé les entreprises qui le pouvaient à s’adapter et à réinventer leur organisation. L’arrivée en Europe et en France du coronavirus (Covid-19) a mis un coup d’arrêt à un grand nombre de secteurs d’activité et à l’économie en général. Le télétravail est alors devenu un moyen, pour ceux dont l’activité le permet, de rester actif pendant cette période compliquée. De nouveaux modes de fonctionnement ont ainsi vu le jour pour maximiser l’efficacité du travail à distance. Bien que de nombreuses entreprises s’étaient déjà développées dans ce sens, la nécessité soudaine d’un télétravail à 100% a forcé les entreprises à s’adapter plus vite que prévu. Ainsi, cette pratique peut-elle devenir une norme et faire passer le travail en présentiel à l’état d’exception ?

Développement du travail à distance 

 

Depuis quelques années, le télétravail est une pratique qui a le vent en poupe, notamment dans le secteur privé. En effet, sur les 18,2 millions de salariés recensés dans le secteur privé en 2018, près de 29%, soit 5,2 millions de salariés, pratiquaient le télétravail. Ce chiffre était en hausse de 700 000 personnes par rapport à l’année précédente. La pratique du travail à distance semble donc être utilisée par un nombre de plus en plus important de salariés, et notamment dans le secteur des services, qui représente 45% des télétravailleurs en France.

Cependant, le secteur public tend aussi vers ce mode de travail et de plus en plus rapidement depuis les évènements actuels que nous connaissons. Le décret du 5 mai 2020 défini les « nouvelles modalités de recours au télétravail dans la fonction publique et la magistrature » et pose le cadre d’une nouvelle organisation de travail.

Ainsi, les entités privées et publiques affichent une véritable volonté de se réinventer afin de maximiser l’efficience de leurs collaborateurs et de leur structure.

Télétravail : nouvelle norme ?

 

Dans un futur proche, il est probable d’assister à une transformation du télétravail, non plus en tant qu’exception, mais en tant que norme de travail. PSA, par exemple, a pris récemment une décision dans ce sens. Pour le géant français de l’automobile, le télétravail doit devenir une norme et non plus une exception pour ses salariés dont le poste n’exige pas une présence sur site en continu (commerciaux, employés du tertiaire et de la R&D, …). Le modèle reposerait alors sur une présence dans les locaux entre une journée et une journée et demie par semaine, le reste se faisant en télétravail, qu’il soit pratiqué à son domicile ou dans un lieu externe comme un bureau partagé (espace de coworking) par exemple.

Cette décision n’est pas surprenante pour ce groupe qui était déjà en pleine transformation avant les mesures de confinement. En effet, pas moins de 18 000 salariés y pratiquaient le télétravail de façon régulière. L’entreprise, équipée pour ce type d’organisation a permis à plus de 38 000 salariés (sur 200 000 dans le monde), soit près de 20% de l’effectif total du groupe, de continuer leur activité en télétravail complet durant cette période. Cela a représenté un atout non négligeable dans l’objectif de limiter au maximum les dégâts causés par cette crise.

Enfin, Facebook et Google, ont annoncé ce week-end leur intention de prolonger les mesures actuelles jusqu’au début de l’année 2021. Les bureaux réouvriront pour la plupart à l’été mais la présence ne sera pas obligatoire et même soumise à des règles strictes, au moins pendant le restant de l’année 2020. Pour ces deux géants des GAFAM, le télétravail va donc devenir la norme ces prochains mois.

Cette pratique peut représenter une réelle opportunité mais est-elle tout aussi efficace ? Peut-elle représenter un risque pour la performance de certaines entreprises ?

 

Opportunité ou risque pour les entreprises ?

 

Structurellement, le télétravail peut représenter une opportunité pour l’entreprise et pour les employés. D’une part, pour l’entreprise, cette pratique pourrait permettre la réduction de différents coûts fixes comme les loyers, les charges liées, … En effet, une entreprise dont le modèle est essentiellement tourné sur le télétravail n’a pas besoin de locaux aussi grands qu’une entreprise dans laquelle chaque employé est présent chaque jour toute la journée. Elle a toutefois besoin d’équiper ses collaborateurs pour qu’ils soient en mesure de travailler à distance. D’autre part, pour l’employé, cela permet d’économiser les coûts de transport et les temps de déplacement, souvent non négligeables, d’avoir plus de temps pour lui ou pour ses proches et parfois même de réduire le niveau de stress.

Néanmoins cette pratique n’est pas applicable dans tous les secteurs. Les secteurs industriel, agricole, artistique ou encore artisanal n’ont pas tous la possibilité de réaliser leurs tâches à distance. De plus, même dans les domaines dans lesquels le télétravail est applicable est-il réellement aussi efficace ?

Une première piste de réflexion serait le profil du collaborateur. En effet, d’après une étude menée en France par Malakoff-Médéric, plus de 54% sont des personnes avec enfants, ce qui leur permet de plus s’en occuper et de réduire les besoins d’organisation liés, pouvant réduire l’efficacité du collaborateur durant son temps de travail. De plus, 31% résident en région parisienne, ce qui permet d’économiser des temps de déplacement importants et, de fait, d’avoir plus de temps pour soi et de ressentir moins de fatigue.

Toutefois, l’efficacité, à long-terme est-elle vraiment la même ? Lorsque le télétravail perdure à temps complet, comme durant cette période de confinement, de nouvelles problématiques émergent comme la communication au sein de l’équipe, les échanges, l’efficacité des réunions, le niveau d’équipement et de ressources à disposition. La présence au travail permet en effet une meilleure communication au sein de l’équipe, d’aborder plus efficacement certaines missions de groupe, … . De ce point de vue, une présence sur son lieu de travail semble tout de même nécessaire. Les personnes sondées estiment, en moyenne, que la durée optimale de télétravail est de 7 jours par mois soit un peu plus de 1,5 jours par semaine. De plus, au delà des problématiques énoncées, la crainte de la plupart d’entre eux est de ne plus réussir à faire la distinction entre vie privée et vie professionnelle.

 

Ainsi, le télétravail semble se faire une place de plus en plus importante tant dans le secteur privé que dans le secteur public bien que les problématiques et enjeux liés à la rentabilité soient différents dans ces deux secteurs. Il faut garder à l’esprit que pour une entreprise, un salarié représente en partie un investissement. Un certain niveau de rentabilité, de retour sur investissement, est attendu en échange du salaire versé. La problématique d’une entreprise va donc être d’otpimiser cette rentabilité en prenant en compte à la fois ses besoins, mais également le confort de ses employés. Le télétravail semble donc un moyen pertinent de répondre, en partie, à ces problématiques. Toutefois, un équilibre semble nécessaire à définir.

Et vous ? Quelle est votre position par rapport au télétravail ?

Julien HOUSSEMAND

Source : Les Echos, BFM Business

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