La France et l’hydrogène quelle stratégie ?

Le 8 septembre dernier, le gouvernement français a détaillé sa stratégie pour développer l’hydrogène sur le sol national. Il s’avère que ce plan est issu d’un plan établi il y a de ça plusieurs années. L’une de ces études ayant été réalisées en 2015 par l’AFHYPAC (l’Association Française pour l’Hydrogène et les Piles à Combustible). Le rapport émis par le gouvernement français nous montre que la stratégie établie a été pensée de façon à intégrer...
Avatar Lucas Goislard13 septembre 20207 min

Le 8 septembre dernier, le gouvernement français a détaillé sa stratégie pour développer l’hydrogène sur le sol national. Il s’avère que ce plan est issu d’un plan établi il y a de ça plusieurs années. L’une de ces études ayant été réalisées en 2015 par l’AFHYPAC (l’Association Française pour l’Hydrogène et les Piles à Combustible).

Le rapport émis par le gouvernement français nous montre que la stratégie établie a été pensée de façon à intégrer l’hydrogène de la meilleure façon possible à l’économie française. À noter que, les plans recommandaient d’attendre des opportunités pour commencer à déployer la stratégie, opportunités qu’il nous est possible de constater aujourd’hui (Relance de l’économie tournée vers l’écologie, prêt accordé par la BCE permettant d’investir massivement dans ce type de projet).

Ce plan de développement de l’hydrogène semble constituer un axe prioritaire d’investissement pour la France et ce pour les décennies à venir. Toujours selon le rapport, l’hydrogène permettrait de répondre à 4 grands enjeux :

  • Les enjeux environnementaux en décarbonant l’industrie et les transports
  • Les enjeux économiques en créant une nouvelle filière et un écosystème industriel ce qui serait créateur d’emplois.
  • Les enjeux de souveraineté énergétique en réduisant la dépendance de la France vis-à-vis des importations d’hydrocarbures.
  • Les enjeux d’indépendance technologique en devenant un acteur mondial dans ce secteur

Afin de répondre à ces enjeux le gouvernement prévoit une enveloppe de 2 milliards d’euros sur la période 2020 – 2022 et fixe à horizon 2030 un soutien public de 7 milliards d’euros au total.

Avant de détailler cette stratégie, il est important de comprendre les enjeux de l’hydrogène et pourquoi le gouvernement français a choisi de se tourner vers ce type d’énergie.

 

L’hydrogène et ces enjeux

 

Contrairement aux batteries électriques, la production de l’hydrogène ne nécessite pas de terre rare telle que le lithium. Il s’agit d’un point important puisqu’à travers l’hydrogène, la France pourra retrouver une part de sa souveraineté. Elle ne sera pas obligée d’importer des matières rares provenant de pays tiers tel que la Chine pour produire de l’hydrogène, contrairement à la production de batteries électriques.

La France dispose de l’ensemble des ressources nécessaires pour être un acteur important dans ce secteur. A noter que celui-ci reste un défi technique et technologique. Un défi technique peut résider dans le fait de devoir stocker l’hydrogène au sein de véhicules (poids lourds, avions, etc) en toute sécurité de façon à éviter tout incident. L’hydrogène étant hautement instable, nous pouvons nous remémorer du tragique incident du Zeppelin à Hindenburg en 1937.

Au-delà du défi technique, il est possible de rencontrer un défi technologique. En effet, comme nous l’avons expliqué dans un précédent article Fandas « Les voitures à hydrogène  » 95% de l’hydrogène produit dans le monde est actuellement issue d’énergies fossiles. La fabrication de l’hydrogène demande une quantité importante d’électricité, électricité ne provenant pas totalement d’énergie dit renouvelable. C’est pourquoi nous parlons d’hydrogène gris puisque celui-ci est issu d’une fabrication contenant du CO2.

Le défi réside donc dans la faculté des acteurs à résoudre une partie de ces problématiques tout en répondant à la nouvelle stratégie gouvernementale.

 

Une stratégie à 7 milliards d’euros

 

L’objectif français est clair accélérer la transition écologique au sein du territoire nationale. Le but est de permettre aux entreprises françaises de devenir des acteurs mondiaux sur ce marché en pleine expansion.

Pour ce faire le gouvernement a établi 3 grandes stratégies :

  • Installer suffisamment d’électrolyseurs pour apporter une contribution significative à la décarbonation de l’économie
  • Développer les mobilités propres en particulier pour les véhicules lourds
  • Construire en France une filière industrielle créatrice d’emplois et garante de la maîtrise technologique française.

La première stratégie vise à développer l’électrolyse sur laquelle la France dispose d’ores et déjà d’une industrie à fort potentiel. Il est possible de faire référence à l’entreprise Air liquide qui dispose d’une position forte à l’échelle mondial. Grâce à cela il sera possible de produire de l’hydrogène décarboné.

La seconde stratégie vise à se spécialiser dans une offre pour les véhicules lourds. Il est fort probable que le gouvernement se soit entendu avec les groupes automobiles tels que PSA ou bien le groupe Renault. Le gouvernement pourrait donc viser à compléter l’offre actuelle. Les voitures de types citadines seraient basées sur les voitures à batteries électriques tandis que les poids lourds, etc, seraient axés sur l’hydrogène. En faisant cela, le gouvernement permet de diversifier les investissements réalisés et donc réduire les risques.

Et enfin la dernière stratégie du gouvernement est de soutenir activement la recherche et l’innovation dans ce secteur d’activité. En faisant cela, l’État veut s’assurer d’être un acteur majeur de l’hydrogène. Ainsi, les entreprises spécialisées dans ce domaine pourront exporter leurs services liés à cette technologie. Ce type d’exportation pourrait alors être un moyen de réduire une partie du déficit commercial français, il ne reste plus qu’à savoir dans quelle mesure.

La France met donc en place des stratégies fortes, visant à compléter l’offre déjà existante qui est celle des batteries électriques. En faisant cela, le gouvernement français veut s’assurer d’une place au sein des futurs acteurs de ce secteur.  Cependant de nombreux points ne sont pas à négliger et n’ont pas été mentionnés tels que le fait que l’hydrogène soit taxé. En effet, aujourd’hui les voitures électriques ne connaissent pas encore de taxe contrairement aux voitures à essence où le pétrole est taxé. Il s’agit d’un manque à gagner pour l’État français, soit environ 10% des recettes (≈34 milliards d’euros). Il est donc possible que l’État veuille développer l’hydrogène dans le secteur des poids lourds pour pouvoir continuer à appliquer des taxes dans ce secteur. Si cela est le cas, s’agira-t-il d’une taxe revue à la hausse ou à la baisse ? Il sera intéressant de voir la position du gouvernement dans les années à venir concernant ce type d’interrogation dont il est impossible de connaître la réponse aujourd’hui.

Lucas GOISLARD

Source : Afhypac, Economie.gouv, Minefi

Pour nous soutenir : HelloAsso Fandas.

Laisser un commentaire

Champs obligatoires *