JO 2024 : Pour ou Contre?

Clément Martinez11 novembre 201812 min

L’organisation des Jeux Olympiques de Paris 2024. Voilà une « réussite » pour le peuple Français et le rayonnement de la France à l’international. Qu’en est-il réellement ? Peut-on véritablement qualifier cette obtention de “réussite” aux vues des précédents historiques ?

Voici un article qui vous donnera les avantages et les inconvénients (selon une liste non-exhaustive) de la réalisation d’un tel évènement pour que vous puissiez, en fonction de ce qui vous importe le plus (répercussion économique, politique, notoriété, tourisme, fiscale, …), vous faire un réel avis sur la question.

Dans le contexte économique post 2008, il n’est clairement plus envisageable de faire bâtir des structures aux coûts impossibles à maîtriser pour s’octroyer l’organisation des Jeux Olympiques. Il est alors, nécessaire d’inscrire l’organisation des Jeux Olympiques dans un projet construit en concertation avec la société. L’enjeu, est d’intégrer une responsabilité sociale à cet événement car nos citoyens demandent, de droit, des comptes.

 

Des points positifs évidents …

 

  1. Le coup de projecteur mis sur Paris et la France, ainsi que la mise en avant des sites emblématiques et historiques.
  2. Un impact écologique limité à la fois pour le transport des athlètes et des spectateurs puisque la quasi-totalité des sites de compétition se concentrent à Paris ou en région Île-de-France.
  3. Le dossier ayant permis l’obtention des Jeux Olympiques stipule que la métropole Parisienne dispose d’ores et déjà de plus de 90 % d’équipements existants ou temporaires.
  4. Le développement de la pratique sportive, avec une ambition d’atteindre 80% de personnes pratiquant de l’exercice physique (ie 4 Franciliens sur 5 pratiquants un sport de manière régulière, au moins une fois par semaine) d’ici à 2024
  5. L’augmentation du nombre d’installions sportives et des offres de formations destinées aux éducateurs.
  6. L’amélioration de la situation de précarité financière de nombreux athlètes de haut niveau. L’instauration de principes de solidarité financière entre le sport d’élite, ou sport business et le sport de masse.
  7. Le développement du département de Seine-Saint-Denis. Ce dernier bénéficiera des logements issus de la transformation du village olympique et verra le projet de Plaine commune accéléré grâce aux Jeux. En effet, le village olympique et paralympique, bâti sur 50 hectares hébergera 17.000 personnes dont 10.000 athlètes. Quant à lui, le village des médias, construit à proximité sur le site de Dugny-Le Bourget, sera composé de 1.500 appartements (T1 à T3), avec une capacité d’accueil de 4.000 personnes. L’ensemble sera mis à disposition des habitants après 2024.
  8. La modernisation du réseau de transport, le « Nouveau Grand Paris » qui s’inscrit dans un plan de développement des territoires. En effet, une extension du métro, de 200 kilomètres pour mieux relier Paris à sa banlieue sera accélérée. Dès 2024, quatre lignes seront en circulation pour transporter la foule venue assister aux Jeux Olympiques. L’intégralité du nouveau réseau sera quant à lui disponible d’ici à 2030.
  9. Le développement du plan vélo lancé par Anne Hidalgo, (actuelle Maire de Paris), dans Paris intra-muros.
  10. Un impact durable pour l’organisation d’autres grands événements sportifs internationaux dans le futur.
  11. L’impact sur « Génération 2024 » (ie les jeunes de moins de 25 ans) et qui pourront bénéficier de programmes innovants pour stimuler les opportunités citoyennes et humanitaires.
  12. L’intégration et l’accueil des réfugiés (notamment via l’augmentation des créations d’emplois sur la période).
  13. Un historique positif : les JO de Los Angeles, en 1984 : pas de dépassement de coût et un bénéfice financier.  Cependant, la ville était la seule candidate en lice ; elle n’a donc pas eu besoin d’enjoliver le dossier (ie de sous-évaluer certains coûts) afin d’obtenir les faveurs du CIO.
  14.  Atteindre 20% de licences supplémentaires au sein des fédérations de sport olympiques, paralympiques et scolaires pour l’après 2024.
  15. Les Jeux Olympiques pourraient générer jusqu’à 10,7 milliards d’euros de retombées et près de 250 000 emplois pérennes. (Selon l’étude la plus optimiste réalisée par le Centre de Droit et d’Economie du Sport de Grenoble).
  16. Pour le tourisme, cela représenterait autour de 3,5 milliards d’euros. Le scénario est optimiste, puisque le bénéfice serait près de dix fois plus important que celui de l’Euro 2016.
  17. Les associations sportives locales, qui devraient bénéficier d’un “accompagnement” financier à hauteur de 4 millions d’euros grâce aux Jeux Olympiques.
  18. Les infrastructures existantes perdureront après les JO de 2024. Notamment les nouvelles constructions comme le Centre aquatique ou la Paris Arena II (un palais omnisports de 8.000 places).
  19. Une réhabilitation de certaines infrastructures comme la piste de VTT de la colline d’Élancourt, dans les Yvelines ou le stade Yves du Manoir qui accueillera plus de 15000 places.

 

… à nuancer

 

  1. Il est important de mentionner les écueils et les dépassements budgétaires passés, explosant les prévisions comme à Pékin ou Sotchi Point également non négligeable, les équipements à l’abandon et alourdissant la dette en Grèce (2% à 3% de la dette extérieure du pays a augmenté en raison du coût des Jeux Olympiques). Le cas fut le même au Brésil.
  2. Près de 6,2 milliards d’euros devraient être dépensés pour ces olympiades parisiennes. L’État contribuera à hauteur d’environ 1 milliard d’euros. D’autre part, 3 milliards seront consacrés à l’organisation, une somme financée par le COJO (Comité d’Organisation des Jeux Olympiques) via une dotation du CIO, le sponsoring et la billetterie. Les 3,2 milliards restants concernent la construction d’équipements sportifs et les infrastructures non sportives, et seront versés à parité par des fonds privés. Cependant, il faut noter que les partenariats public-privé peuvent entraîner des coûts à long terme, en cas de manque à gagner. A titre d’exemple, l’Etat a payé 110 millions d’euros en quinze ans au consortium du Stade de France, construit pour la Coupe du monde de football de 1998. (Voir ce fichier).
  3. Certains peuvent s’offusquer que cet argent ne serve pas dans d’autres dossiers, citant notamment les restrictions budgétaires dans l’hôpital public, le logement social, les transports en commun, l’éducation, la recherche scientifique ou la culture.
  4. Certains économistes évoquent un phénomène de « winner’s curse » : A titre d’exemple, les Grenoblois ont dû verser un surcroît de taxes locales jusqu’en 1992, pour couvrir le déficit entraîné par l’organisation des Jeux d’hiver, ayant eu lieu 24 ans auparavant.
  5. A noter que la quasi-totalité des olympiades ont donné lieu à des dépassements, parfois très importants : A titre d’exemple, les Jeux Olympiques de Londres ont coûté 14 milliards d’euros, contre 6 prévus initialement et ceux de Sotchi ont coûté quelque 50 milliards d’euros, au lieu des 12 prévus.
  6. Avec plus de précisions, il apparaît que le problème vient davantage des coûts liés à la réalisation des équipements, et notamment des infrastructures non sportives. 
  7. L’augmentation du coût de la sécurité, dans un contexte marqué par les attentats. Celui-ci pourrait également exploser. Pour preuve : deux mois avant le début de l’Euro 2016, son budget était passé à 24 millions d’euros, contre 12 dans le projet initial. Il est important de noter que la France devra augmenter le dispositif pour assurer la sécurité de l’événement, alors que les forces de l’ordre se plaignent aujourd’hui d’être au bord de la saturation.
  8. L’impact des Jeux Olympiques sur l’évolution de la pratique sportive serait limitée. En effet, quatre ans après, en 2016, une étude britannique dressait un tableau nettement moins enthousiaste en Angleterre : seuls 15,8 millions de personnes pratiquaient un sport ou de l’exercice au moins une fois par semaine. Non seulement ce nombre n’a pas progressé, mais il a même baissé de 0,4% par rapport à 2012.
  9. La construction des nouveaux sites et de nouvelles routes, nécessaires aux JO, devraient générer d’importants travaux dans une partie de l’agglomération parisienne et l’afflux de touristes durant l’évènement devraient entraîner quelques perturbations.
  10. Le contexte social aura son importance puisqu’il faudra composer avec de possibles grèves ou mouvements sociaux ou manifestations diverses en marge de cet évènement.
  11. Limitation d’une partie de l’impact économique à l’Ile-de-France. Le village et les épreuves étant réunies en un seul et même endroit, les consommations des touristes le seront également. Un coup de pouce économique important sera alors en faveur des commerçants d’une région et non de l’ensemble du territoire.

 

Bilan 

 

Tout d’abord, il apparaît nécessaire pour pouvoir débattre et tirer une conclusion (positive ou négative) de l’organisation d’un tel évènement de déterminer des indicateurs pertinents. Ces derniers doivent être établis en concertation avec la plupart des parties prenantes (du citoyen lambda à l’Etat Français en passant par les entreprises et le secteur public) afin de gagner en pertinence et en légitimité afin d’évaluer au mieux les opportunités et menaces des Jeux Olympiques Paris 2024.

Un léger bémol est, cependant persiste dans l’analyse des retombées économiques. Il n’est jamais fait mention de l’effet de substitution. En effet un touriste qui vient pendant les Jeux Olympiques ne vient pas avant, ni après, on assiste alors, souvent, à une baisse des revenus enregistrée par les entreprises (notamment celles concernées par le tourisme) avant et après l’évènement.

Néanmoins, fait rassurant, la pérennité des Jeux Olympiques sera surveillée par une structure nommée “Héritage Paris 2024” et mise en place dès mars 2018. Elle réunira des membres du comité d’organisation des Jeux Olympiques (COJO), de l’organisation supervisant le financement (SOLIDEO), des représentants des autorités publiques et du secteur privé, ainsi que des ONG.

Cette structure permettra notamment de mettre en place des plans de transition permettant ainsi, aux citoyens d’avoir en main les legs des Jeux Olympiques Paris 2024. Nul doute que ces futures années regorgeront d’opportunités pour le mouvement sportif et la société française. A nous de bâtir, grandir et jouir au travers de cet évènement unique. Le projet est maintenant là, soyons critiques, exigeants, mais élevons-le pour qu’il soit, aujourd’hui comme demain, le meilleur vecteur de développement possible pour nous, acteurs d’un tel défi.

                                     Clément MARTINEZ

Source : Le Point 

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