inseec u Fondé en 1975 à Bordeaux, le groupe INSEEC, est un des leaders de l’enseignement supérieur privé en France. En 2017, il devient INSEEC U, pour marquer son développement mondial et multiprogrammes. Ce dernier est sur le point d’être cédé pour sa majeure partie. La société d’investissement Apax Partners, actionnaire majoritaire, aurait reçu des propositions de rachat pour l’intégralité de ses parts.

Tout commence à la fin du mois de novembre 2018. Apax Patners annonce vouloir se séparer des parts qu’elle possède au sein du groupe INSEEC U. Pour cela, un mandat de cession aurait été confié à Rothschild & Cie. Cela dans le but de conseiller au mieux lors de la transmission et de trouver des candidats potentiels.

Une opération rentable

Apax Partners a racheté le groupe INSEEC en 2013 pour un montant d’environ 200 millions d’euros. Depuis, près de 550 millions d’euros ont été investis pour développer l’activité. Le développement est notamment passé par l’acquisition de cinq écoles françaises du groupe Laureate Internationale (ESCE, EBS, ECE, HEIP, IFG). Par ailleurs, c’est Rotshschild & Cie qui avait conseillé Laureate lors de la cession des écoles à Inseec U. Le mandat d’Apax n’a donc pas été confié par hasard puisque Rothschild connait bien ce secteur. Le groupe, assez vaste, est donc composé des écoles de commerce Inseec BS, des écoles de communication Sup de Pub, de CREA Genève et des écoles françaises du groupe Lauréate.

Aujourd’hui, les parts détenues par Apax ont été estimées à près de 900 millions d’euros. Cela représente un niveau de valorisation encore jamais égalé en France sur ce secteur. La semaine dernière, les premières offres de rachats ont été annoncées. Ces dernières proposeraient des prix entre 850 et 900 millions d’euros. Avec de tels niveaux de prix sur les premières offres, on peut s’attendre à une entente de rachat avant la fin de l’été 2019.

Un danger pour la qualité et l’accessibilité de l’enseignement

Ce projet de cession soulève néanmoins une question fondamentale. Qu’adviendra-t-il des conditions et de la qualité de l’enseignement ? Seront-elles préservées ou les intérêts économiques prendront-ils le dessus ?

Tout l’enjeu est bien là. Si une optique de rentabilité à tout prix est adoptée, l’enseignement pourrait en pâtir tout comme les étudiants :

  • Au niveau financier : En effet, un tel investissement sera probablement supporté par un fonds d’investissement possédant des logiques de rentabilité sur 5 à 7 ans. Dans cette optique, une augmentation des marges sera nécessaire. Elle peut, par exemple, passer par une augmentation des frais de scolarité.
  • Au niveau de l’apprentissage : Cette augmentation des marges peut aussi se répercuter sur la qualité des cours et du matériel. Les interventions de professionnels pourraient être réduites tout comme le renouvellement du matériel ou les investissements.

Toutefois, entré dans l’actionnariat en 2016, l’investisseur public BPI France (Banque Publique d’Investissement) restera au capital tout comme l’historique association Inseec. Bien qu’en position minoritaire, ils tacheront de veiller à la préservation des conditions actuelles d’enseignement.

Un investissement à fort potentiel économique

Investir dans des écoles privées d’enseignement supérieur s’est révélé de plus en plus lucratif. Depuis la fin des années 90, les inscriptions dans les écoles supérieures privées ont augmenté de près de 90%. Dans le même temps, celles pour les établissements publics n’ont augmenté que de 14%.

L’enseignement privé est donc un secteur en pleine croissance. L’enseignement supérieur l’est également puisque l’on constate une élévation naturelle du niveau minimum d’études après l’obtention du baccalauréat.

De plus, au niveau économique, le modèle est intéressant. Dans un groupe tel que INSEEC U, il est possible de distinguer trois grandes catégories de formations :

  • Les formations Master, Master Spécialisés etc…. Celles-ci nécessitent des professeurs ou intervenants professionnels à temps plein et, de fait, coûteux. Ces formations demandent aussi du matériel onéreux. Ces éléments les rendent donc « peu » rentables pour les actionnaires.
  • Les formations telles que les licences ou Bachelor. Les cours sont moins poussés que les niveaux précédents. De ce fait, moins de moyens sont réquisitionnés. 
  • Les formations ou parties de cursus professionnalisantes à l’image de l’alternance, des années de césure etc… Elles ne nécessitent pas de professeurs ou intervenants professionnels à temps plein ni d’outils performants. Les étudiants sont moins présents que lors d’une année classique au sein de l’établissement. Dans ce cas les marges sont plus importantes.

L’intérêt de proposer une combinaison de ces trois catégories permet d’accroître son attractivité et sa légitimité tout en ayant une partie de son activité que l’on pourrait qualifier de « poule aux œufs d’or ». C’est une activité à forte rentabilité, du fait de coûts relativement faibles comparés au chiffre d’affaires généré.

En terme d’analyse stratégique, cette activité pourrait être qualifiée de « star » du fait d’une forte croissance du marché et d’une importante possession des parts de marché par le groupe.

Un autre point fort d’un tel investissement concerne la faible sensibilité à la conjoncture. Il est vrai, peu importe la tendance économique, les étudiants continueront à s’inscrire en études supérieures. Cela se vérifie via une corrélation entre la croissance évoquée plus haut et les différentes crises qu’il y a pu avoir. Les crises du début du XXIème siècle n’ont pas fait chuter le taux d’inscription dans les établissements supérieurs privés. Le niveau de risque d’un tel projet avoisine donc zéro et garantit un certain retour à son investisseur.

INSEEC U : un point d’interrogation

Pour conclure, nous pouvons remarquer que l’avenir du groupe reposera sur les orientations stratégiques prises par le successeur d’Apax Partners au capital d’Inseec U. Une vision trop orientée rentabilité pourrait nuire à la réputation du groupe sur le long terme et dégrader les conditions pour les étudiants. A l’inverse, un développement trop important pourrait mettre en péril la logique de rentabilité de l’investisseur entrant à moyen terme. Un équilibre entre les deux permettrait de générer une rentabilité contrôlée sans mettre en péril la réputation d’INSEEC.  

Julien HOUSSEMAND. Tous droits réservés.


Sources :

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