FDJ : Retour sur une privatisation record

La loi PACTE, officiellement votée le 11 avril 2019 par le Parlement, s’est vu accompagnée d’une vague de projets de privatisations d’une partie du capital de l’Etat. Cela concerne notamment le capital de ADP (Aéroport de Paris), Engie mais aussi de la FDJ (Française Des Jeux). Après de longs mois de préparation, retour sur la privatisation de la FDJ, intervenue ce jeudi 21 novembre 2019.   Le projet de l’Etat   Lors des réformes insufflées...
Avatar Julien Houssemand23 novembre 20197 min

La loi PACTE, officiellement votée le 11 avril 2019 par le Parlement, s’est vu accompagnée d’une vague de projets de privatisations d’une partie du capital de l’Etat. Cela concerne notamment le capital de ADP (Aéroport de Paris), Engie mais aussi de la FDJ (Française Des Jeux).

Après de longs mois de préparation, retour sur la privatisation de la FDJ, intervenue ce jeudi 21 novembre 2019.

 

Le projet de l’Etat

 

Lors des réformes insufflées par le projet de loi PACTE, s’est posée la question de l’utilité de détenir une position majoritaire dans certaines grandes entreprises nationales. La question s’est notamment posée pour la Française Des Jeux. La détention de 72% de son capital ne représente pas un fort intérêt stratégique pour l’Etat, qui a besoin de son côté besoin de trouver des liquidités à court terme. De plus, une partie de ces actions sont à droit de vote double ou multiple. Il est donc possible pour l’Etat de vendre la majorité de ses actions tout en conservant un poids significatif dans la vie de l’entreprise (Ce qui, selon nous, remet en cause le terme de « privatisation »).

En effet, la libération de 99 320 000 actions (soit 52 % du capital) réduit la participation de l’état à 20% tout en conservant 30% des droits de vote. Un point non négligeable car il permettra à l’Etat de garder un œil sur la direction et la gestion de la FDJ.

De plus, les 20% conservés du capital lui sont financièrement stratégiques puisqu’ils devraient générer près de 250 millions d’euros de dividendes annuels. Ces derniers seront affectés au financement de l’innovation.

Un des enjeux est également de redonner goût au plus grand nombre de particuliers et institutionnels pour l’investissement dans les entreprises françaises. L’Etat caresserait-il l’espoir de voir une grande partie de la population renouer les liens avec les grandes entreprises françaises cotées en bourse ? Nous pensons que derrière ce projet, se cache l’intention de relancer l’attractivité des marchés boursiers, rendus instables par la géopolitique actuelle.

Enfin, bien que la somme soit relativement « faible » par rapport au budget de l’Etat, le gain résultant de cette cession de titres, est évalué à environ 2 milliards d’euros (99 320 000 actions x 19,9 € = 1 976 468 000 €). Cette somme permettra surtout d’alléger le déficit public et de renouer avec l’objectif européen d’un déficit inférieur à 3% du PIB.

 

Un réel engouement autour de l’opération

 

Dans le dossier du projet d’entrée en bourse déposé par l’Etat à l’AMF, il a été indiqué une fourchette de prix d’émission entre 16,5€ et 19,9€ (Dossier AMF – FDJ).

Le choix final s’est porté vers la fourchette haute de 19,9€ (-2% de décote pour les particuliers donc 19,5€) car la demande a très largement dépassé l’offre. Il s’agit là d’un succès financier et populaire pour le ministre de l’économie et des finances qui ne s’attendait pas à ce que plus de 500 000 particuliers prennent part à l’opération.

D’ailleurs, tous les ordres de souscriptions n’ont pas pu être servis. Ces participations représentent plus de 11,6 milliards d’euros de souscriptions totales (10 milliards de la part d’institutionnels et 1,6 chez les particuliers)

Cet engouement est en partie provoqué par les conditions avantageuses qui s’y attachent : remise d’actions gratuites si les titres sont détenus pendant au moins 18 mois, taux d’imposition préférentiel de 12,8%, décote de 2% pour les particuliers…

De telles conditions ont poussé Bruno Le Maire à changer ses plans. Au départ, 33,3% des actions introduites en bourse devaient être réservées aux particuliers mais la décision a été prise d’augmenter ce seuil à 40% pour coller avec l’objectif initial : faire de cette entrée en bourse, une opération « populaire ».

Au-delà des conditions avantageuses de souscription, l’engouement est palpable car l’Etat, ayant donné un cadre clair de monopole à la société jusqu’en 2044, a transformé l’action FDJ en investissement patrimonial. En effet, les prévisions des résultats de la société sont, de ce fait, un indice de fiabilité fort ce qui contribue à rassurer les particuliers.

 

Des perspectives intéressantes …

 

Différentes méthodes de valorisations nous avaient amenés à estimer un prix par action entre 15€ et 16€. Le titre FDJ serait-il légèrement surévalué ? Différents facteurs tournant à l’avantage de la société, ne sont pas observables via les valorisations et peuvent justifier ce niveau de valorisation supérieur :

  • Monopole sur les dépôts de vente de loterie et paris sportifs en tout genre à position dominante stratégique sur le marché français, pas de concurrents forts
  • Position de monopole assurée par un contrat passé avec l’état jusqu’en 2044. (Contrat qui a coûté plus de 380 millions d’euros à la FDJ)
  • La note d’opération garantie un taux de distribution de 85% du résultat net généré sous forme de dividendes. (Promesse lié au fait que de gros actionnaires sont des associations d’utilité publique qui ont besoin de ces dividendes pour fonctionner). Cet accord peut donc être intéressant pour les investisseurs désireux de se voir rémunérer de façon régulière sur leur investissement. Rappelons néanmoins qu’un actionnaire ne s’enrichit pas lors de la perception d’un dividende. En effet, le détachement d’un dividende réduit d’autant le cours de l’action. Le patrimoine de l’actionnaire reste donc identique, seul change la répartition de son patrimoine entre liquidités et actions.
  • Taux préférentiel d’impôt sur le revenu pour ces actions fixé à 12,8%.

 

… malgré quelques éléments d’interrogations

 

Néanmoins ces points forts sont-ils suffisants pour compenser les points qui appellent à rester vigilant sur les évolutions futures du cours de bourse ? En effet, bien que beaucoup de facteurs positifs soient réunis, certains contrebalance cette vision :

  • La société subie un retard technologique important et pourtant primordial. Les ventes en lignes ne représentent que 6% des ventes totales. Ceci représente un désavantage pour la FDJ qui devra combler son retard au plus vite pour ne pas se faire distancer dans ces secteurs d’avenir. Il pourrait alors être intéressant que l’Etat réinjecte une partie des 250 millions d’euros de ses dividendes perçus annuellement dans l’entreprise pour soutenir ce développement technologique.
  • L’Etat conserve une place d’influence au sein de la société. Attention donc a ce que l’Etat ne soit pas trop présent et que la « privatisation » ne perde pas tout son sens.

 

Que conclure ?

 

Pour l’Etat il s’agit donc d’une bonne opération, au moins à court terme, entre les 2 milliards d’euros obtenu pour la cession des titres et des dividendes annuels estimés à 250 millions d’euros.

Coté actionnaires, bien que le cours de clôture des actions ai atteint les 22,7 € (soit une hausse de + 14,07% par rapport au prix d’émission.) dès le jour de la mise sur le marché, les évolutions du titre sont à surveiller. Entre les points forts d’un côté et les points de vigilances de l’autre, quel côté de la balance aura le plus de poids ? le cours va-t-il continuer d’augmenter, diminuer ou stagner à horizon 18 mois, date de la livraison des actions gratuites ?

Julien HOUSSEMAND

Sources : LeFigaro, Reuters

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