Dans un contexte incertain, quelle(s) certitude(s) pour 2021 ?

Qu’attendre mais aussi qu’espérer pour 2021 ? Une résultante est certaine :  ce qui va nous arriver dépend aussi de notre capacité, individuelle et collective, à réagir face à des chocs en grande partie exogènes. Essayons néanmoins, dans cet article, de dresser un plan de route des pseudo certitudes à venir pour 2021.   Une reprise retardée   L’activité va rester étroitement indexée sur la situation sanitaire, et de ce côté-là les perspectives restent mitigées malgré...
Clément Martinez Clément Martinez10 janvier 20215 min

Qu’attendre mais aussi qu’espérer pour 2021 ? Une résultante est certaine :  ce qui va nous arriver dépend aussi de notre capacité, individuelle et collective, à réagir face à des chocs en grande partie exogènes. Essayons néanmoins, dans cet article, de dresser un plan de route des pseudo certitudes à venir pour 2021.

 

Une reprise retardée

 

L’activité va rester étroitement indexée sur la situation sanitaire, et de ce côté-là les perspectives restent mitigées malgré l’arrivée des vaccins. Le premier semestre 2021 va rester plombé par le Covid-19, avec le risque d’une troisième vague et de mesures de reconfinement. Concrètement, cela veut dire que la récession devrait se prolonger sur le début de cette année, et que la reprise n’interviendrait vraiment qu’à partir de l’été. En moyenne annuelle, on devrait être en France en 2021 plus près d’une croissance de 3% que de 5%. Avec une reprise décalée et la fin de certaines aides publiques, les faillites d’entreprise et le chômage vont augmenter. En France, le taux de chômage global pourrait atteindre 11% au printemps, et le chômage des jeunes, encore plus prégnant, va contribuer à nourrir la précarité et la fragilité d’ensemble.

 

Accélérer les plans de relance

 

La gestion du calendrier est centrale dans les deux dimensions du choc, le sanitaire et l’économique. Ce n’est pas dans un an qu’il faut soutenir la conjoncture, c’est maintenant. Je regrette donc la lenteur avec laquelle le plan de relance français de 100 milliards d’euros va s’inscrire dans notre réalité économique. Mêmes regrets pour le plan européen de 750 milliards : l’ambition de la démarche est en train d’être en partie étouffée par les retards à l’allumage, déjà constatés et à venir. Le respect des procédures démocratiques n’est pas nécessairement incompatible avec le souci de l’efficacité.

 

Continuité du côté des politiques publiques

 

Le «quoi qu’il en coûte » va se poursuivre en 2021. Open bar du côté des politiques monétaires. La BCE va poursuivre son programme d’achats de titres, sans chercher à l’amplifier. Open bar aussi pour les  politiques budgétaires et fiscales. L’heure de la stabilisation de la dette publique et des dettes privées ne sonnera pas cette année. Les taux d’intérêt vont demeurer proches de 0%, voire être négatifs. Seulement, en 2020, ils étaient malgré cela supérieurs au taux de croissance (ou plutôt de décroissance). On peut espérer qu’à compter de la mi-2021, le taux de croissance, redevenu positif, repassera au-dessus des taux d’intérêt (qui, eux, ne vont pas notablement bouger), facilitant ainsi un début de stabilisation des ratios de dette sans passer par des hausses d’impôts totalement inopportunes  dans le contexte présent.

Un effet Brexit

 

Le Brexit rajoute du bruit au bruit, de l’incertitude à un niveau déjà respectable d’incertitude. L’accord enfin scellé ouvre la voie à des formules coopératives. Mais, pour la croissance et l’emploi, le Brexit risque d’être perdant/perdant, pour le Royaume-Uni et pour l’UE 27, à travers les obstacles à la mobilité des personnes et des productions. Un espoir quand même : que l’UE à 27 et la zone euro à 19 avancent sur le chemin d’une vraie gouvernance économique et politique. Désormais, nous n’avons plus l’excuse du véto britannique !

Un effet Biden ?

 

L’arrivée de Joe Biden, quelques encablures après l’adoption d’un plan de relance bipartisan à 900 milliards de dollars, change la donne mondiale, mais sur certains points seulement. Les États-Unis vont revenir dans l’accord de Paris sur le climat. Mais j’attends, pour y voir mieux, qu’ils clarifient leur position vis-à-vis de l’OMC. Mais j’anticipe une poursuite des conflits commerciaux des États-Unis avec la Chine et sans doute aussi avec l’Europe, malgré la présence de nombreux francophiles et francophones dans la galaxie Biden.

Bulles et bourses

 

Nous connaissons à peu près les raisons de ce que j’appelle l’actuelle folie bitcoin. Comme toute bulle, celle-là éclatera. Mais nous ne savons pas ex-ante à quel niveau de prix le marché va se retourner. Pour le reste, les bourses mondiales devraient progresser en 2021. Déconnexion par rapport à l’économie réelle ? Pas tant que cela si l’on dresse l’inventaire des vents favorables : l’arrivée des vaccins ; des politiques monétaires toujours très souples ; l’anticipation de la reprise ; des secteurs très porteurs qui surcompensent en bourse l’impact des secteurs durablement plombés par la crise. Par-delà les défis et les errements du moment, je jouerai en 2021 le retournement favorable des « esprits animaux » (Keynes) qui guident les marchés.

Clément MARTINEZ

Source : LesEchos

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