Covid-19 & Afrique : Entre inquiétudes et transformation

L’Afrique subsaharienne devrait ressentir, de manière plus importante que n’importe quel territoire, les conséquences économiques de la pandémie de coronavirus. En effet, certains secteurs clés connaissent déjà un fort ralentissement en raison de la pandémie. Le tourisme et le secteur des matières premières, principaux moteurs économiques sont directement impactés. Même si l’Afrique a toujours été exposée aux chocs exogènes, il semble que cette crise éprouvera le continent Africain plus qu’auparavant. Plusieurs institutions financières ont rapidement...
Clément Martinez Clément Martinez17 mai 20206 min

L’Afrique subsaharienne devrait ressentir, de manière plus importante que n’importe quel territoire, les conséquences économiques de la pandémie de coronavirus. En effet, certains secteurs clés connaissent déjà un fort ralentissement en raison de la pandémie. Le tourisme et le secteur des matières premières, principaux moteurs économiques sont directement impactés. Même si l’Afrique a toujours été exposée aux chocs exogènes, il semble que cette crise éprouvera le continent Africain plus qu’auparavant.

Plusieurs institutions financières ont rapidement tenté de définir des contours de solution. Il est notamment conseillé aux pays africains d’opter pour une approche politique à court terme prenant en compte les spécificités de leur économie. En particulier, le poids de l’emploi informel (89% de l’emploi total), la précarité des emplois, la prédominance des petites et moyennes entreprises qui constituent 90% des unités commerciales et sont le moteur de la croissance.

 

Etat des lieux du coût du Covid-19 pour l’Afrique

 

  • Pour la première fois en 1995, l’Afrique subsaharienne devrait entrer en récession économique, prévoit la Banque mondiale (BM). Après une croissance de 2,4% en 2019, la récession devrait se chiffrer en 2020 entre -2,1% et -5,1%. Outre les effets des mesures de lutte contre la pandémie sur le développement des pays. Les économies africaines sont victimes de la chute brutale de la croissance de leurs principaux partenaires commerciaux (Chine, UE et les États-Unis), des cours des matières premières, de la baisse de l’activité touristique. La Banque africaine de développement (BAD), quant à elle, est moins pessimiste, avec une prévision entre -0,7% et -2,8%. Enfin, selon l’étude de l’UA, le continent africain pourrait voir ses importations et exportations baisser de 35%, soit d’environ 270 milliards de dollars.
  • Selon l’Union africaine (UA), « près de 20 millions d’emplois, à la fois dans les secteurs formel et informel, sont menacés de destruction ». Pour l’ONU, ce nombre pourrait aller jusqu’à 50 millions.
  • Le chômage et le ralentissement économique touchent aussi les travailleurs africains de la diaspora mondiale et leurs transferts de fonds (vitaux vers leurs pays d’origine). Pour le Sénégal, ces transferts représentaient 10% du PIB en 2018, et 5,5% pour le Mali, en 2020, ces transferts s’éffondreront.
  • Les deux principales économies d’Afrique subsaharienne vont subir de fortes récessions (6 à 7%, selon la BM) à cause de la baisse des prix des matières premières qu’elles exportent. Pour exemple : les métaux précieux en l’Afrique du Sud (le confinement réduit au chômage 450 000 mineurs), le pétrole pour le Nigeria et l’Angola (représentant une grande majorité des recettes publiques nationales). En effet, les cours du pétrole sont tombés à entre 20 et 30 dollars le baril soit proche « du coût de production au Nigeria ». Ceci conjuguée à la guerre commerciale arabo-russe, ont conduit le Nigéria à demander un emprunt de 6,9 milliards de dollars au FMI et à la BM, pour compenser les effets de la crise. L’or, traditionnelle valeur refuge et l’un des principaux produits d’exportation de pays comme le Burkina et le Mali, semble résister à cette chute.
  • En Afrique du Sud, pays le plus touristique du continent (chiffre d’affaires de 21,5 milliards d’euros en 2018) est déjà très impacté et 1,5 million d’emplois sont en jeu. D’autre part, la crise du secteur touristique va se répercuter sur toute la chaîne d’approvisionnement : agriculture, pêche, banques, assurances, transports, culture et divertissement … Autre exemple, pour le Maroc qui a connu en 2019 un nombre record de touristes, avec 13 millions de visiteurs, en hausse de 5,2% par rapport à l’année précédente, verra sans nul doute cette progression anéantie. Enfin, avec 95% de la flotte africaine clouée au sol, les compagnies sont en péril, mais n’ont pas accès à des soutiens financiers rapides, comme la France l’a fait pour Air France.
  • En Éthiopie, premier producteur africain de café, la crise est dévastatrice car les principaux pays importateurs, Allemagne, Italie, États-Unis, France, sont à l’arrêt. En effet, le café représente 5% du PIB du pays et emploie directement et indirectement 25 millions de personnes (un quart de la population nationale). A contrario pour le cacao, à court terme, la crise n’aura que très peu d’impact car les grands pays importateurs disposent de 1,8 million de tonnes de stock, soit 4 à 5 mois de production. Néanmoins une inquiétude grandit autour d’une baisse de prix à long terme.
  • Autre préoccupation, et non des moindres : l’état de la dette. Car avec la baisse des revenus, les gouvernements africains n’auront d’autre option que de se tourner vers les marchés internationaux, ce qui pourrait faire s’envoler l’endettement.

 

Des solutions à court terme

 

Plusieurs pays africains ont annoncé des plans de soutien économiques et sociaux. Mais « avec moins de 20% de la population employée dans le secteur formel, avec des systèmes de protection sociale inexistants pour le secteur informel, sans régime d’assurance chômage, avec des possibilités très restreintes de soutien de l’économie par les finances publiques, la situation est particulièrement critique pour l’Afrique.

Les pays africains demandent un soutien massif de la communauté internationale et une réduction de leur dette. Il faut un « plan Marshall » pour l’Afrique.

D’autre part, certains dirigeants africains ont demandé au G20 d’alléger la dette des économies les plus vulnérables, d’effacer les intérêts sur les prêts des gouvernements, de même que la dette des pays à faibles revenus. Au total, c’est un plan d’aide financière d’urgence d’une valeur de 150 milliards de dollars qui a été soumis au G20. Pour aller plus loin, la commission de l’Union africaine devrait mener les négociations en faveur d’un plan ambitieux d’annulation de la dette extérieure totale de l’Afrique, estimée à 236 milliards de dollars. Des attentes ambitieuses qu’il serait de bon sens de soutenir pour soutenir l’Afrique et lui permettre de tenter de traverser cette crise sans risquer le chaos. Cette crise sera pour le contient Africain une occasion de se réinventer et changer de paradigme.

Cet article de Dramane Coulibaly et Luc-Désiré Omgba l’explique de manière juste et précise.

Clément MARTINEZ

Sources : LePoint, LeMonde

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