2020, une année charnière pour les banques ?

Depuis plusieurs années, nous observons une montée en puissance des entreprises de nouvelles technologies et du « tout-en-ligne ». En effet, le commerce en ligne représente une part de plus en plus importante du commerce mondial et de plus en plus d’opérations doivent alors se faire de manière simple et instantanée. Ces nouveaux « besoins » ont permis la naissance de start-up et PME spécialisées dans les services en lignes comme les solutions de paiements. Ce phénomène grandissant, couplé...
Julien Houssemand Julien Houssemand26 janvier 20207 min

Depuis plusieurs années, nous observons une montée en puissance des entreprises de nouvelles technologies et du « tout-en-ligne ». En effet, le commerce en ligne représente une part de plus en plus importante du commerce mondial et de plus en plus d’opérations doivent alors se faire de manière simple et instantanée. Ces nouveaux « besoins » ont permis la naissance de start-up et PME spécialisées dans les services en lignes comme les solutions de paiements. Ce phénomène grandissant, couplé au contexte économique mondial actuel fait peser de nouvelles problématiques au-dessus des têtes des banques traditionnelles.

 

[Dans cet article plusieurs références à d’anciennes publications seront faites, n’hésitez pas à cliquer sur les liens en jaune pour plus d’informations]

 

Les paiements en première ligne

 

Selon Accenture, le développement de plus en plus important du commerce en ligne devrait tirer avec lui le développement du secteur du paiement. Ce dernier, estimé à plus de 1 500 milliards de dollars, devrait connaitre une croissance annuelle de plus de 5,5% sur 5 ans, pour atteindre les 2 000 milliards de dollars en 2025.

Cette analyse pourrait réjouir les banques, qui ne détiennent pas moins de 93% des parts de marchés dans ce secteur, laissant 7% à se partager pour les fintechs et géants du numérique. Toutefois, il y a fort à parier que cette hausse bénéficiera bien plus aux nouveaux acteurs du marché, souvent plus flexible et innovant.

Un des avantages de certaines « néo-banques » est leur côté « pure player », c’est-à-dire concentré sur un seul métier, un seul domaine. Les activités de la plupart, à l’image de Stripe, sont orientés sur les services de paiements. Cette focalisation leur permet de développer des technologies grâce auxquelles elles peuvent réduire leur coût mais aussi écraser leurs marges et ainsi proposer des services très attractifs pour les consommateurs.

De plus, les géants de la tech à l’image des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) ou des BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) représentent une concurrence de plus en plus féroce sur le secteur bancaire. En effet, leur position internationale ainsi que leurs ressources, leurs technologies et moyens financiers, bien supérieurs aux banques, leur permet d’avoir une force de frappe et de pénétration de marché considérable.

La plupart de ces géants se sont d’ailleurs immiscés dans les activités bancaires, à l’image d’Apple avec Apple Pay ou encore l’Apple Card en partenariat avec le géant financier Goldman Sachs. Nous pouvons aussi citer Alibaba Pay dans le même domaine mais aussi le projet de crypto-monnaie «Libra» initié par Facebook.

Les géants de la tech et fintechs proposent ainsi des services de paiements, modernes et en lien avec les nouvelles attentes des clients : des paiements instantanés, simples et gratuits.

Les banques traditionnelles font donc face à un tournant pour les 5 prochaines années. Elles doivent accélérer leur transformation et l’optimisation de leurs services si elles veulent capter une partie des 500 milliards supplémentaires que devrait générer le marché du paiement, dont plus de la moitié pourraient bien bénéficier aux acteurs de la tech.

 

Les taux et l’épargne garantie, bêtes noires des banques

 

La seconde grande problématique des banques réside dans les taux d’intérêt et l’épargne.

Depuis plusieurs mois, les taux d’intérêts liés aux emprunts ont beaucoup chuté, ce qui entraîne des conséquences à plusieurs niveaux pour les institutions bancaires. Pour commencer, les intérêts générés par les prêts consentis aux clients se voient réduit, la banque gagne alors moins d’argent sur un prêt. Ensuite, elle dispose de moins de liquidités pour réaliser des placement ou investissements plus rentables. Cela est d’autant plus compliqué que la période nécessiterait, au contraire, de générer plus de résultats pour les banques qui pourraient les consacrer à leur transformation pour faire face aux nouveaux concurrents.

De plus, l’épargne toujours plus grande des français pèse sur les rentabilités des banques. En effet, si nous considérons le cas de l’assurance-vie, les épargnants ont le choix entre différents types d’épargne, d’une épargne presque garantie, à une épargne risquée mais qui rapporterait potentiellement plus à l’épargnant. Lorsque qu’un client place son argent en souhaitant une épargne garantie, la banque doit sélectionner un placement relativement sûr pour pouvoir générer le pourcentage d’intérêt annoncé au client tout en prenant sa marge. La plupart du temps, les placements « sûrs » sont représentés par des obligations (titres de dettes) d’Etats ayant une notation financière AAA ou AA tel que la France. Néanmoins, les taux offerts par ce type de placements sont au plus bas, très proche de zéro. De ce fait, pour garantir encore certaines épargnes contractuelles non risquées, les banques sont obligées de rogner sur leurs marges voire même de perdre de l’argent, et d’abaisser toujours plus bas les intérêts reversés. Dans le contexte actuel, nous sommes à un point où le modèle d’épargne « 100% garantie » tend à se réduire et où prendre des risques sur les placements deviendra inévitable.

 

 

L’image de confiance : botte secrète des banques traditionnelles 

 

Cependant, bien que les fintechs et autres géants du numérique soient bien placé dans la course, les banques traditionnelles bénéficient d’un avantage non négligeable et exclusif : l’image de confiance qu’elles assurent auprès des clients. En effet, depuis toujours les activités de paiement ou encore d’emprunt sont associés aux banques qui représentent une certaine solidité et gage de garantie.

Malgré quelques catastrophes, comme la faillite de la banque américaine Lehmann Brothers à la suite de la crise des subprimes (qui a sévit à compter de juillet 2007 aux Etats-Unis), le système bancaire incarne une certaine confiance et stabilité. Cela n’est pas le cas des GAFAM par exemple, qui malgré leur hégémonie et leur puissance financière sont régulièrement la cible de scandales sur la question des données personnelles ainsi que de piratages informatiques. Ils n’ont ainsi pas cette image de confiance et auront probablement de plus en plus de mal à convaincre les utilisateurs au fur à mesure de leurs avancées dans le secteur bancaire. Pour exemple nous pouvons citer Facebook qui rencontre de nombreuses problématiques pour la mise en place de sa crypto-monnaie le « Libra ». La plupart des banques centrales, notamment celles des pays européens ne voient pas d’un bon œil la mise en place de ce projet et ne semblent pas enclin à donner leur feu vert. Hier, en début d’après-midi, le gouverneur de la banque de France, François Villeroy de Galhau a d’ailleurs déclaré que la monnaie ne pouvait devenir privée et qu’il s’agit avant tout « d’un bien public de souveraineté ».

De plus, concernant les néo-banques, une récente étude a mis en lumière le fait que la majorité de la population française n’était prête à se passer d’une banque physique et de rendez-vous avec leur conseiller.

 

En conclusion nous pouvons dire que le système bancaire traditionnel est en pleine mutation. Certaines banques, comme en Allemagne, commencent à taxer les dépôts des clients, d’autres augmentent leurs tarifs malgré la situation alors que d’autres les réduisent ou proposent des packages de services différents. Chacune essaye ainsi des solutions différentes pour tenter de sortir d’une situation délicate. L’année 2020 représentera donc une année charnière et pourrait prédire beaucoup du système bancaire des prochaines années.

Julien HOUSSEMAND

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