Un futur conflit Sino-Américain : L’industrie pharmaceutique

Pour mieux situer le contexte, notre histoire démarre en novembre 2018, la première Exposition internationale d’importation de la Chine (CIIE) s’est tenue à Shanghai, un sommet stratégique annoncé par le président chinois Xi Jinping. Plus d’un million de participants, 3 600 entreprises et de nombreux dirigeants et hauts responsables du monde entier ont fait le déplacement pour assister à cet événement organisé dans le but de montrer au monde extérieur qu’il existe un réel marché...
Avatar Clément Martinez25 avril 20207 min

Pour mieux situer le contexte, notre histoire démarre en novembre 2018, la première Exposition internationale d’importation de la Chine (CIIE) s’est tenue à Shanghai, un sommet stratégique annoncé par le président chinois Xi Jinping. Plus d’un million de participants, 3 600 entreprises et de nombreux dirigeants et hauts responsables du monde entier ont fait le déplacement pour assister à cet événement organisé dans le but de montrer au monde extérieur qu’il existe un réel marché pour les produits étrangers (sauf américains) en Chine.  

En effet, depuis 2010, l’Empire du Milieu et ses habitants (20% de la population mondiale), est devenu le deuxième marché le plus important de la planète. D’ici à 2030, il pourrait même devenir le premier, devant les États-Unis. 

La stratégie pour atteindre cet objectif ambitieux est simple : 

Investir massivement dans la recherche et le développement, innover, augmenter la qualité des produits en réduisant la sous-traitance et la quantité de génériques mis en vente sur le marché et s’ouvrir au reste du monde pour accélérer le développement des activités à l’échelle internationale.

La Chine affiche également son intention de régner sur le marché pharmaceutique qui enregistre, chaque année, un chiffre d’affaires de plus de 1 000 milliards de dollars, en créant ses propres géants pharmaceutiques. 

Dans le cadre du plan « Made in China 2025 », Pékin souhaite qu’au moins cent sociétés chinoises puissent exporter des médicaments dans les grands marchés de la planète, en atteignant une production au standard international d’ici à 2020. Toujours selon les directives du gouvernement, les entreprises chinoises devront enregistrer entre cinq et dix traitements de dernière génération auprès des autorités de certification américaines et européennes.

 

L’industrie pharmaceutique chinoise : état des lieux

 

Dans le secteur pharmaceutique, les plus grands acteurs ne sont pas chinois. Le classement des leaders de la Big Pharma le confirme, sur les 10 premiers  : Six sont Américains, deux Suisses, un Britannique et un Français (Sanofi).

fandas.fr/PHARMA

Mais alors comment la Chine arrive-t-elle à occuper la seconde place du classement mondial ? 

Aujourd’hui, aucune entreprise chinoise ne rivalise directement avec les gros bras du secteur pharmaceutique. Néanmoins, les investissements publics et privés se multiplient d’année en année, le nombre d’acteurs présents sur le marché explose et l’émulation entre eux est importante. Concernant les groupes nationaux les plus importants (souvent méconnus du grand public occidental) grandissent dans l’ombre mais avec ambition. Ces groupes ont une croissance accélérée depuis 20 ans (à l’instar de la croissance Chinoise). Cette croissance interne, la Chine la doit aussi aux acteurs internationaux qui misent sur ce pays depuis la réforme de son système de santé. Il vise à simplifier les procédures d’approbation des nouveaux médicaments. Innover, produire et distribuer est donc, sur le papier, moins compliqué là-bas qu’ici. 

A titre d’exemple, pour Sanofi, la Chine est ainsi devenue le deuxième marché mondial le plus important après la France. À titre comparatif, dans les années 90, nous enregistrions un chiffre d’affaires de 13 millions de dollars sur ce marché, en 2017, il s’élevait à 2,3 milliards de dollars. 

Si la pratique du moins-disant (donner le contrat à l’offre la moins chère) et le faible prix des produits chinois placent souvent les entreprises étrangères sous pression lors des appels d’offres, l’effet « volume » est colossal dans ce pays. Le vieillissement de la population, la pollution, le tabagisme ou encore les changements de modes de vie en Chine poussent à une augmentation de la demande en soins médicaux.

 

Vers la fin du « low-cost » ?

 

L’avenir de l’industrie pharmaceutique Chinoise est axé sur la montée en gamme de la médication. Étant historiquement des sous-traitants dédiés à la production de principes actifs pour médicaments chimiques, les acteurs locaux sont devenus au fil du temps des fabricants de génériques. Ils veulent désormais devenir des innovateurs à leur tour.

Pour accélérer ce processus, le gouvernement peut compter sur ses très nombreuses start-up. Pour convaincre davantage de jeunes entrepreneurs chinois (qui sont les acteurs principaux de cette révolution économique) de miser sur leur terre natale pour lancer leur business, l’État leur promet des subventions et des allègements fiscaux importants, et donne la possibilité de toucher plus de clients en innovant plus vite, avec moins de contraintes administratives et moins de restrictions budgétaires que partout ailleurs dans le monde.

D’autre part, la population nationale est vieillissante (241 millions de citoyens ont actuellement plus de 60 ans et ils seront 487 millions en 2050) en même temps qu’elle s’enrichit et souhaite, de manière générale, consommer des médicaments de qualité supérieure, le secteur connaît une dynamique de croissance impressionnante. Le taux de croissance de l’industrie pharmaceutique Chinoise s’affiche à 5 % de plus que la croissance du PIB.

 

Une « Pharma Valley » comme nouveau Chinese dream

 

Pudong, est un immense district qui abrite environ 5 millions d’habitants. En l’espace de 20 ans, plus de 9 000 sociétés se sont implantées. D’après les économistes, ce district, symbole de la modernisation de la Chine, aurait enregistré, en 2018, un PIB de 145 milliards de dollars, soit un tiers de la production économique annuelle de Shanghai. 

Son centre des affaires est constitué de grands groupes pharmaceutiques internationaux. Pudong est devenu en un temps record l’épicentre des biotechnologies en Chine et deviendra sûrement un jour un pôle mondial majeur du secteur. Cette « Pharma Valley » est la résultante de l’évolution de la statégie nationale. En effet, il y a vingt ans, la priorité était la production de l’acier. Aujourd’hui, nous en détenons le record mondial. À présent, les biotechnologies font partie des priorités. 

En tout, 400 entreprises de biotechnologies y ont des activités de veille technologique et/ou de recherche et développement. L’ objectif est désormais de remplir le dernier incubateur qui bénéficie de laboratoires équipés et de subventions extrêmement intéressantes pour les startuppeurs.

Par ailleurs, la Chine manque aujourd’hui de savoir-faire et cherchent à rattraper leur retard en faisant venir sur leur sol des sociétés et des talents étrangers, ou en rappelant des jeunes chinois diplômés hors de leurs frontières. Or cette stratégie n’est pas en phase avec leur idéologie : en agissant de la sorte, ce pays qui souhaite baser sa croissance principalement sur des ressources internes reste dépendant de ressources externes.

Clément MARTINEZ

Sources : PWC, LeMonde

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