Sociétés cotées : Protéger son capital en temps de crise

Cette semaine, la Banque Publique d’Investissement (BPI) a lancé un nouveau fonds baptisé « Lac d’argent ». Il est constitué, après un premier tour de table, d’un total de 4,2 milliards d’euros composé de souscriptions à hauteur de 3,2 milliards et d’une dette d’un milliard d’euros. Ce fonds est destiné à soutenir les entreprises françaises cotées en bourse pour qu’elles se renforcent et protègent leur capital. Des critères environnementaux et sociaux seront également exigés en amont pour...
Avatar Julien Houssemand31 mai 20208 min

Cette semaine, la Banque Publique d’Investissement (BPI) a lancé un nouveau fonds baptisé « Lac d’argent ». Il est constitué, après un premier tour de table, d’un total de 4,2 milliards d’euros composé de souscriptions à hauteur de 3,2 milliards et d’une dette d’un milliard d’euros. Ce fonds est destiné à soutenir les entreprises françaises cotées en bourse pour qu’elles se renforcent et protègent leur capital. Des critères environnementaux et sociaux seront également exigés en amont pour accompagner la transition à la fois environnementale, sociale et numérique.

Mais pourquoi une entreprise devrait-elle protéger son capital ? et de qui ?

 

Le choc de la crise sanitaire

 

La crise sanitaire et la période de confinement ont mis un coup de frein à l’économie mondiale et à la consommation dans de nombreux secteurs (automobile, habillement, tourisme etc…). Cette situation a fragilisé un grand nombre d’entreprises désormais en difficulté sur les plans opérationnel, social et financier. Les sociétés cotées en bourse, souvent considérées comme des grandes entreprises solides, n’y ont pas échappé à l’instar de Renault, actuellement en proie à une restructuration compliquée. En effet, la baisse historique de l’achat de véhicules (-88,8% sur le mois d’avril) couplée à des nombreuses incertitudes tant sur l’avenir du secteur, que sur la relance économique globale, ont contribué à la chute de son cours de bourse. Une action Renault était valorisée 34,5€ le 14 février et 14,55€ le 16 mars, soit une baisse de -58% en un mois. Une baisse importante engendrée à la fois par des ventes massives des détenteurs d’actions Renault mais également par l’utilisation des ventes à découvert (plus d’informations sur les ventes à découvert).

Dans quelle mesure cette situation de baisse importante de la capitalisation boursière (obtenue en multipliant le nombre d’actions d’une société par son cours de bourse) expose-t-elle une société cotée à de nouveaux risques ?

 

L’exposition du capital aux rachats hostiles

 

La variation du cours de bourse d’une entreprise n’a pas d’effet immédiat sur sa stabilité financière (trésorerie, …) puisqu’en dehors de tout contexte d’introduction en bourse ou d’émission d’actions se réalisant sur le marché dit « primaire », entre l’entreprise et le marché, les échanges d’actions se réalisent sur le marché dit « secondaire ». Les différentes parties prenantes (acheteur et vendeur) s’échangent ces titres, représentant une part du capital de l’entreprise, mais sans que le prix d’achat ou de vente n’ai d’impact direct sur les liquidités de l’entreprise concernée.

Le réel enjeu réside enfait dans le contrôle du capital de l’entreprise, qui impactera, in fine, son activité, sa gestion, …

Deux paramètres entrent alors en jeu : le cours de bourse de l’action et le nombre d’actions. En effet, plus le cours d’une action est bas moins son achat ne nécessite de liquidités et plus le nombre d’actions constituant le capital d’une société est faible, moins il est nécessaire d’en acheter pour monter au capital ou obtenir le contrôle de la société.

Dans un contexte de crise économique et de chute, aussi importante, de la capitalisation boursière d’une société, cette dernière est exposée à une montée plus facile à son capital de concurrents, investisseurs privés ou institutionnels, voire même à une prise de contrôle si plus de 50% de son capital est cotée en bourse. (A titre informatif, toute opération visant plus de 30% du capital d’une société doit règlementairement se faire via ce que l’on appelle une Offre Publique d’Acquisition (OPA), dont vous pourrez trouver plus d’informations sur ce lien, en attendant un article à ce sujet).

Le risque est donc de passer sous un autre pavillon que le sien et de se voir contrôler par un autre acteur.

Dans un contexte de crise généralisée et mondiale, le risque à l’instant t semble moins grand puisque la situation est vécue par une vaste majorité d’entreprises mais n’est pas à négliger. De plus, le danger pourrait venir de fonds d’investissement désireux de réaliser des opérations qui leur générera des taux de rentabilité à court ou moyen terme plus élevés en investissant dans le capital à plus bas prix. Cependant, cela n’est pas forcément négatif puisque l’arrivée, non voulue, d’un fonds peut également aider l’entreprise à se développer grâce aux conseils de gestion octroyés par le fonds, l’ouverture à de nouveau marché, une nouvelle dynamique, …

Vous l’aurez compris, une telle chute de la capitalisation boursière d’une société l’expose à de nouveaux risques supplémentaires et à une vigilance accrue.

Un contexte propice aux rachats d’actions ?

 

En général, la baisse du cours de bourse d’une société peut être un moment propice pour lancer un plan de rachat d’actions. Par ce dernier, une entreprise peut décider de racheter une partie de ses actions en respectant un certain nombre de critères : maximum 10% du capital, quantité de titres inférieure à 25% du volume d’actions moyen échangé par jour, autorisation de l’Autorité des Marchés Financiers, …

Une opération de la sorte peut représenter l’avantage, soit d’offrir une part d’autocontrôle plus grande à l’entreprise, soit d’augmenter la rentabilité de ses actions. En effet, la décision suivant un rachat d’actions est souvent la destruction des actions rachetées par l’entreprise. En faisant cela, le nombre d’actions diminue pour un même niveau de bénéfice. Chaque action, offre donc potentiellement plus de bénéfices à son détenteur, qui, de plus, a vu son poids en pourcentage dans le capital augmenté. Enfin, pour l’entreprise, cela permet aussi de réduire la volatilité de son capital et d’augmenter son attractivité aux yeux des investisseurs.

Néanmoins un rachat d’action peut être mal perçu par les investisseurs, surtout s’il intervient lors d’une phase de développement de la société. En effet, cela peut laisser penser que l’équipe dirigeante n’a pas trouvé d’axes de développement ou d’investissement plus rentable que d’investir dans ses propres actions. Si un tel signal négatif est perçu, un désintérêt, voire une méfiance des investisseurs est à prévoir pouvant entraîner une nouvelle chute du cours de bourse menant à une fragilité d’autant plus grande.

 

Une fragilité grandissante

 

De nombreuses entreprises, cotées en bourse, sont actuellement dans une phase délicate et mettent au point différentes stratégies pour se sortir de cette situation et faire face aux différentes charges d’exploitations qui les incombent toujours malgré une situation de consommation anormale. Malgré certaines décisions de l’Etat pour soutenir les entreprises françaises (report ou annulation de charges, chômage partiel, …), le contexte économique pré-crise ne reviendra pas au beau fixe en quelques semaines. Les entreprises sont contraintes à se pencher sur la mise en place de plans stratégiques pour assurer la pérennité de leurs activités.

L’agilité prime pour accroître sa capacité à s’adapter en toute circonstance. Cela est d’autant plus vrai dans des secteurs industriels lourds comme l’automobile ou l’hôtellerie, dont l’activité est fondée sur la fréquentation de leurs bâtiments par des clients. Le groupe hôtelier et touristique français Accor, qui a vendu près de 97% de ses actifs immobilier (hôtels, …) au cours des dernières années pour ne conserver que les activités de services, semble ainsi avoir pris une décision gagnante dans ce type de contexte car elle fait gagner l’entreprise en flexibilité et agilité.

 

Protéger son capital en période de chute de son cours de bourse, voilà une mission d’importance pour les sociétés cotée. Ces dernières ont en effet tout intérêt à conserver un cours de bourse élevé tant pour se protéger d’éventuels rachats hostiles que pour avoir un avantage lors d’un projet d’acquisition d’une autre entreprise, en payant une partie du prix avec ses propres actions. Ce sujet fera l’objet d’un article ultérieur mais l’important ici est de bien saisir les risques d’une chute de son cours de bourse pour une entreprise.

Julien HOUSSEMAND

Sources : LesEchos, AMF, FANDAS

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