Société Générale : Finance Verte et Blockchain

Clément Martinez21 juin 201818 min

Aujourd’hui 21 juin 2018, Société Générale annonce l’acquisition de Lumo, la startup pionnière de l’épargne participative spécialisée dans les projets solaires et éoliens, pournotamment, compléter son offre sur le secteur de l’énergie. La Société Générale a donc racheté 100% du capital de Lumo, détenu à plus de 80% par ses dirigeants et fondateurs, le solde restant appartenant à des investisseurs particuliers.

 

Qui est Lumo ?

 

Une des Fintech leader dans le domaine du financement participatif de projets « verts ».

Fondée en 2012, Lumo est une Fintech Française (startups qui renouvellent la finance à l’aide des technologies, en modifiant la structure du secteur financier et en bousculant l’offre des principaux acteurs du marché) qui combine des compétences fortes en matière de finance participative (ou crowdfunding) et d’énergies renouvelables et contribue ainsi au développement de la transition énergétique. La plateforme propose aux particuliers et aux entreprises de participer au financement d’une sélection de projets d’énergies renouvelables en France.

Depuis sa création, Lumo a collecté des fonds auprès de milliers d’investisseurs particuliers et professionnels. En effet, Lumo avait réalisé notamment, un premier tour de table de 400000 euros en mai 2017 auprès d’une dizaine d’investisseurs (des professionnels du secteur de l’énergie et de la finance). Au total, la start-up Française a contribué au financement d’une quarantaine de projets en collectant 5 millions d’euros au profit de projets éoliens, photovoltaïques, hydrauliques ou de biomasse qui produiront plus de 260 millions de kWh d’électricité verte chaque année soit la consommation annuelle de près de 100000 foyers.

A titre de comparaison, la plateforme leader, Lendosphère, qui s’est récemment alliée à Wiseed, a collecté plus de 25 millions d’euros pour plus de 80 projets d’énergies renouvelables.

 

Comment cela fonctionne ?

 

Obligations et blockchain seront les vecteurs de développement des projets verts.

En effet, Lumo propose des investissements sous forme d’obligations ou de mini-bons (à mi-chemin entre les prêts et les obligations). En effet, la durée des financements proposés par Lumo oscille en général entre 2 et 9 ans avec des intérêts annuels allant habituellement de 3 à 7%. Les remboursements sont versés sur un « compte » électronique d’où ils peuvent être transférés vers un compte bancaire. De son côté, Lumo se rémunère en prélevant 1% du montant souscrit par les épargnants. À cela s’ajoutent les honoraires versés par les porteurs de projet, ce qui peut représenter de 4 à 10% du montant global de la collecte.

La start-up utilise notamment le SolarCoin. Ce certificat est généré dès qu’un MWh issu de l’énergie photovoltaïque est injecté dans le réseau. Le « Lumonaute » (utilisateurs de Lumo) ayant choisi cette option dispose donc d’un compte en euros et d’un compte en SolarCoins. En plus de sa dimension de certification, cette unité a aussi une valeur financière. Le SolarCoin est actuellement échangé pour un peu moins de 20 centimes d’euros, contre 5 centimes d’euros il y a un an.

La startup collabore aussi avec la Caisse des Dépôts afin d’utiliser ce protocole pour l’échange de titres. Le recours à la blockchain permettrait alors de numériser “le service après-vente” des titres financiers (un particulier pourrait ainsi prouver que son épargne contribue à financer la transition énergétique et ses actions pourraient être valorisées) pour en faciliter la gestion et donc de diminuer leur coût de distribution. Elle permettrait aussi de dynamiser le marché secondaire. Des tests sont déjà en cours sur les mini-bons (catégorie de produits financiers) et Lumo souhaiterait étendre cette approche aux obligations.

 

Pourquoi cette acquisition ?

 

Un volet légal et une expansion vers le digital, la blockchain et le financement durable. Plusieurs stratégies de développement qui s’incorporent au travers d’une seule acquisition

Tout d’abord, cette acquisition renforce la capacité de la Société Générale à proposer une solution de financement participatif pour le développement de leurs projets, comme le requiert le « Plan de libération des énergies renouvelables » mis en place récemment par le gouvernement Français dans le cadre du « Plan Climat ».

En effet, les développeurs de projets qui ne s’engagent pas à une tranche de crowdfunding sont en effet pénalisés par un « malus » sur leur complément de rémunération pendant toute la durée du contrat avec l’Etat, tandis que ceux qui s’y engagent bénéficient d’un « bonus » (de l’ordre de 3 euros par MWh).

D’autre part, cette petite acquisition à l’échelle de la Société Générale est néanmoins stratégique. En effet, c’est la première qu’elle réalise dans le domaine de la finance verte. Initiée conjointement par l’incubateur des Activités de Financement et les spécialistes des énergies renouvelables, cette transaction s’inscrit également dans la stratégie d’open innovation de la banque qui favorise une approche digitale et ciblée, dans le but de développer de nouvelles prestations et expertises.

La déclaration commune entre le responsable des activités de financement du Groupe Société Générale et le président et co-fondateur de Lumo va dans le sens d’une implication réelle des parties prenantes pour forger l’avenir de demain et renforcer l’axe stratégique autour des énergies renouvelables :

« Notre banque est engagée dans les transformations positives de nos sociétés et de nos économies, parmi lesquelles la transition énergétique représente un enjeu collectif majeur. A travers cette opération, nous réaffirmons notre volonté de poursuivre le développement de notre approche en matière de Finance Durable et à Impact Positif, visant à soutenir le financement de la transition énergétique, en s’appuyant sur nos capacités d’innovation et notre esprit pionnier. […] Cette acquisition est un symbole fort de reconnaissance de la pertinence de notre modèle. Nous sommes très enthousiastes d’intégrer le groupe Société Générale, qui permettra à Lumo de bénéficier de nouvelles capacités pour franchir une étape inédite dans sa stratégie de développement et mener à bien la mission que nous nous sommes fixée : contribuer au développement de projets utiles et concrets ayant un impact positif sur notre environnement. »

 

Quel avenir ?

 

Un avenir radieux pour l’économie des énergies renouvelables.

Selon certaines estimations, le marché du financement participatif des projets d’énergies renouvelables pourrait être multiplié par plus de dix et grimper entre 250 et 400 millions d’euros par an.

La banque s’est déjà pleinement engagée dans ce domaine, avec notamment l’ambition de lever 100 milliards d’euros de financement destinés à la transition énergétique entre 2016 et 2020, dont 15 milliards sous forme de conseil et de financement dans le secteur des énergies renouvelables.

Clément Martinez

Sources : La Tribune, Société Générale, Actu-Environnement 

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