Remontée des taux, valorisation des sociétés, marché boursier, quels liens ?

La semaine dernière a été marquée par une hausse des taux d’intérêt venant en anticipation d’une reprise de l’inflation. Une telle reprise peut vouloir dire que l’économie se porte mieux. En temps normal cela est positif puisque cela peut encourager les investisseurs à se tourner et à investir dans les pays connaissant ce phénomène tant que les taux ne sont pas trop élevés. Cependant, il faut savoir qu’une hausse de l’inflation se traduit généralement par...
Lucas Goislard7 mars 20215 min

La semaine dernière a été marquée par une hausse des taux d’intérêt venant en anticipation d’une reprise de l’inflation. Une telle reprise peut vouloir dire que l’économie se porte mieux. En temps normal cela est positif puisque cela peut encourager les investisseurs à se tourner et à investir dans les pays connaissant ce phénomène tant que les taux ne sont pas trop élevés.

Cependant, il faut savoir qu’une hausse de l’inflation se traduit généralement par une baisse du pouvoir d’achat des ménages entrainant par la même occasion une baisse de la consommation impactant l’ensemble de l’économie du pays.

Le contexte actuel est très fragile et une telle anticipation via des taux trop élevés pourrait avoir des conséquences dramatiques sur la reprise de l’économie. C’est pourquoi les banques centrales se doivent de contrôler cette hausse des taux d’intérêt afin de permettre aux pays concernant de pouvoir connaitre une reprise plus solide tout en contrôlant la hausse de l’inflation.

Une hausse des taux n’est pas sans conséquence notamment pour le marché boursier leurs étant intimement lié. En effet, une telle hausse impacte la valorisation des entreprises et par la même occasion le cours de bourse de ces mêmes sociétés.

Ce phénomène a pu être constaté cette semaine avec la baisse du cours du NASDAQ (National Association of Securities Dealers Automated Quotations) de -5.27%.  L’indice NASDAQ étant principalement composé de valeurs technologiques a été dopé pendant la crise de la Covid-19 (Aide, plan de relance, endettement possible avec des taux bas, secteur qui attire notamment par ses performances économiques). Cependant la semaine passée, celle-ci a connu une correction suite à l’annonce d’une augmentation des taux d’intérêt venant en anticipation d’une hausse de l’inflation.

Cette correction survient essentiellement due au fait que les sociétés dans le secteur de la technologie ont connu ces dernières semaines des valorisations extrêmement importantes. L’annonce d’une hausse des taux a donc eu pour effet de diminuer la valorisation de ces sociétés entrainant une vente importante des actions détenues par leurs actionnaires. La cause étant que ces sociétés étaient survalorisées. Ainsi, cet effet a eu pour conséquence de faire baisser le cours des actions jusqu’à retrouver une valorisation en adéquation avec les nouveaux taux.

Ce phénomène s’explique par les méthodes de valorisation utilisées en Fusion et Acquisition notamment à travers la méthode des DCF (Discounted Cash Flow).

Ainsi, il est intéressant de voir dans quelle mesure l’augmentation des taux intervient dans la valorisation des sociétés par DCF.

 

Impact des taux dans la valorisation des sociétés par DCF

 

Pour valoriser une société, plusieurs méthodes sont possibles telles que :

  • La méthode patrimoniale
  • La méthode des multiples boursiers, des multiples transactionnels
  • La méthode par DCF, qui consiste à actualiser des flux futurs afin de déterminer la valeur de l’entreprise en question.

C’est dans cette dernière méthode que les taux d’intérêt impactent significativement la valorisation des entreprises. Trois grandes formules sont alors nécessaires de connaître pour comprendre le mécanisme qui en découle.

La première formule consiste à calculer le MEDAF (Modèle d’Evaluation des Actifs Financiers). Il s’agit du taux de rentabilité attendu par le marché pour un actif financier en fonction des risques encourus. Celle-ci se traduit par la formule suivante :

Fandas - Formule MEDAF

Avec :

k = coût des capitaux propres = MEDAF

Rf = taux sans risque

βi = Béta de la société à valoriser

Rm = Rendement espéré sur le marché

Rm-Rf = Prime de risque du marché

 

Dans le cas d’une augmentation du taux d’intérêt, le taux sans risque et la prime de risque sur le marché peuvent augmenter. Cela s’explique par le fait que les Etats sont de plus endettés, impactant ainsi leurs notations auprès des investisseurs.

À la suite de ce calcul, il convient d’intégrer le résultat obtenu  dans le calcul du CMPC (Coût Moyen Pondéré du Capital)

Le CMPC représente le taux de rentabilité annuel moyen attendu par les investisseurs.

La logique s’établit par le fait que les risques encourus par les investisseurs sont de plus en plus grands et qu’un accroissement du risque se traduit par une augmentation du taux de rentabilité attendu pour ces mêmes investisseurs.

Ainsi, plus le taux d’intérêt sera important et plus le taux d’actualisation sera élevé. Cela se vérifie par la formule suivante, le CMPC étant représenté par la lettre K.

Fandas - formule CMPC

Avec :

K = Taux d’actualisation = CMPC

k = coût des capitaux propres = MEDAF

CP = Valeur économique des capitaux propres

D = Dette Nette (valeur comptable)

i = coût de la dette avant impôts

τ = taux d’imposition

 

Dans cette formule le taux d’intérêt joue un rôle prépondérant notamment en ce qui concerne le coût de dette avant impôts (i). Celui-ci est en effet calculé en fonction des taux t’intérêts contractés par les entreprises.

Les investisseurs devant payer plus d’intérêts avec un taux élevé prennent davantage de risque. Cela a pour effet d’augmenter le taux de rentabilité exigé par les investisseurs.

Une fois ce taux d’actualisation obtenu, il convient de l’intégrer dans la formule du calcul de la Valeur d’Entreprise (VE).

La formule qui en résulte est donc la suivante :

Fandas - Formule VE

VE = Valeur d’Entreprise

FCFt = Free Cash-Flow de l’année t

K = Taux d’actualisation = CMPC

t = Période d’actualisation

VT= Valeur Terminale

Dans cette méthode il est considéré que la Valeur d’Entreprise est égale à la somme de ses Flux de trésorerie actualisés jusqu’à l’infini plus communément appelé Valeur Terminale (VT).

À savoir qu’un FCF correspond à une variation de trésorerie, c’est-à-dire à une variation entre les encaissements et les décaissements.

Comme nous le savons lorsqu’un dénominateur croit tandis que le numérateur reste stable, cela a pour conséquence de diminuer la valeur du résultat final.

Nous avons donc pu voir que les taux d’intérêt jouent un rôle important dans la valorisation d’une société et que l’impact se fait ressentir au niveau du CMPC (K). C’est pour ces raisons qu’une société survalorisée en bourse sera davantage impactée lors de l’annonce d’une augmentation des taux d’intérêt.

Il est possible de le voir avec Testla ayant pratiquement fait -13% en une journée.

Fandas- Testla

Amazon avec une baisse allant jusqu’à – 9.86 % en cinq jours.

Fandas - Amazon

L’indice NASDAQ avec une baisse allant jusqu’à -9.71% en cinq jours.

Fandas - NASDAQ

Cette baisse pourrait ne pas se limiter aux seules valeurs technologiques. Dans un tel scénario où les Etats ne pourraient plus aider financièrement les entreprises comme lors de la crise sanitaire notamment due à un endettement trop élevé, un nouveau krach boursier, bien plus important que celui de mars 2020 pourrait alors voir le jour.

Lucas GOISLARD

Source : CafedelabourseLapresse

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