Pourquoi les prix des produits agricoles s’envolent en 2021 ?

Soja, blé, maïs, sucre, riz… les cours des matières premières agricoles grimpent à des niveaux jamais vu depuis plusieurs années. Les achats massifs de la Chine sont la principale raison de cet emballement. La crise des containers, le manque de main-d’oeuvre dans les plantations de palme, les taxes sur l’exportation de blé russe soutiennent aussi les cours. Sur les marchés à terme de Chicago, le maïs a touché les 5,62 dollars le boisseau en février, son...
Clément Martinez27 février 20215 min

Soja, blé, maïs, sucre, riz… les cours des matières premières agricoles grimpent à des niveaux jamais vu depuis plusieurs années. Les achats massifs de la Chine sont la principale raison de cet emballement. La crise des containers, le manque de main-d’oeuvre dans les plantations de palme, les taxes sur l’exportation de blé russe soutiennent aussi les cours.

Sur les marchés à terme de Chicago, le maïs a touché les 5,62 dollars le boisseau en février, son plus haut niveau depuis 2013, le soja s’échange à 14,36 dollars le boisseau, du jamais vu depuis 2014. A Paris, la tonne de blé meunier se paye 238,5 euros. Il faut remonter à 2012 pour retrouver des prix pareils. L’huile de palme , graisse végétale très consommée en Asie, n’a jamais été aussi chère en dix ans, le sucre est remonté à 17,8 centimes la livre et le riz thaïlandais se facture 550 dollars la tonne, presque au plus haut depuis 2013.

 

Le spectre d’une crise alimentaire refait surface

 

Cette tendance sur les marchés a un impact direct sur le budget des consommateurs qui voient la facture au supermarché s’alourdir. Les prix alimentaires sont au plus haut depuis juillet 2014, relève l’indice de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO). La jauge de l’organisation s’est établie à 113,3 points en janvier,  une augmentation « imputable à la forte hausse des sous-indices du sucre, des céréales et des huiles végétales », précise l’organisation.

 

Mesures anti-inflation

 

Le phénomène est tel que dans certains pays, les autorités prennent des mesures pour enrayer l’inflation de la nourriture. Aux Emirats arabes unis, qui importent 90 % de leurs aliments, le gouvernement envisage par exemple de plafonner les prix de certaines denrées. Pour calmer l’envolée du prix du pain, la Russie a instauré des taxes à l’exportation pour inciter les producteurs à écouler leurs stocks sur le marché intérieur plutôt que de vendre leurs marchandises à l’étranger. Mais cette décision a pour effet pervers de renforcer la hausse des cours sur les marchés internationaux.

 

Les tensions sur les matières premières agricoles dopent les profits des négociants

 

Cet envol des cours s’explique aussi en partie par un resserrement de l’offre mondiale, liée aux craintes de sécheresse au Brésil et en Argentine avec le phénomène La Niña , un refroidissement des eaux du Pacifique central qui bouleverse le climat à travers la planète. Pour l’huile de palme, ce sont les pluies diluviennes en Malaisie et en Indonésie qui ont entravé le travail dans les plantations et donc la récolte. Par ailleurs, une pénurie de main-d’oeuvre en Malaisie (80 % des travailleurs sont étrangers) pèse sur la production nationale. Certaines denrées plus fragiles qui se transportent en containers, comme le sucre ou le riz sont victimes de la pénurie de ces boîtes métalliques.

 

Pénurie de containers

 

Mais la raison première de cette tension sur les marchés agricoles, c’est l’appétit de la Chine. Pékin a en effet importé des volumes records de grains lors de cette campagne : plus de 100 millions de tonnes de soja et 20 millions de tonnes de maïs selon les dernières prévisions chinoises. A titre de comparaison, lors de la campagne précédente, elle avait acheté 7,6 millions de tonnes de maïs. Cette demande en grains vise à nourrir le cheptel de porcs en reconstitution après avoir été ravagé par la peste porcine africaine en 2019 et 2020. Avec ces importations, Pékin essaie également d’honorer ses engagements d’achat de produits agricoles américains dans le cadre de l’accord de Phase 1 sur la guerre commerciale signé juste avant que la pandémie de Covid-19 n’éclate.

 

Une Chine durablement importatrice

 

Est-ce que cette tendance est durable ? Dan Basse, président d’AgResource, en est convaincu. « Nous sommes dans un marché haussier qui va durer plusieurs années, et qui est comparable aux années 1970 », a-t-il déclaré lors du Paris Grain Day organisé fin janvier par Agritel. Selon l’économiste, la Chine va continuer d’acheter massivement des produits agricoles pendant plusieurs mois encore. Rosa Wang, du cabinet China JCI va dans le même sens. Bien que Pékin mette l’accent sur la sécurité alimentaire en faisant la chasse au gaspillage et en améliorant les rendements et la qualité des sols, il faudra attendre quelques années avant que ces mesures ne portent leurs fruits. La commercialisation de nouveaux OGM de maïs et de soja n’interviendra que dans deux à trois ans. En attendant, la Chine continuera d’importer. Le plus grand négociant de matières premières agricoles au monde, l’Américain Cargill, partage cet avis. Son directeur général Dave MacLennan a ainsi expliqué auprès de Bloomberg que la Chine allait encore acheter à l’étranger massivement « pendant plusieurs trimestres ».

Clément MARTINEZ

Sources : LesEchos, FAO.org

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