Pays-Bas : quelle solution pour soutenir la croissance ?

Julien Houssemand1 septembre 20198 min

Le contexte géopolitique actuel ne cesse d’influer sur le climat économique et financier des entreprises mais également des Etats. Le Brexit, la guerre commerciale sino-américaine, le décrochage allemand ou encore le pétrole au Moyen-Orient sont des événements qui modifient les perspectives d’évolutions et de développements des acteurs mondiaux. C’est pourquoi, certains commençant à sentir les effets d’un ralentissement économique, cherchent à anticiper l’avenir. C’est le cas notamment des Pays-Bas. En effet, durant la dernière semaine d’août, l’Etat néerlandais a annoncé qu’il allait faire appel aux marchés financiers pour emprunter plusieurs dizaines de milliards d’euros. Cette somme doit servir à soutenir le développement et l’avenir économique du pays européen.

Quels sont les enjeux de cet emprunt ?

 

Préparer l’avenir 

 

50 milliards d’euros. C’est la somme que l’Etat néerlandais va emprunteur sur les marchés financiers au mois de septembre pour soutenir le développement et l’avenir économique du pays. A cette occasion, un fonds d’investissements sera créé et se verra doté de l’emprunt d’Etat pour l’administrer. Cette somme constituera une réserve de cash non négligeable pour les prochaines années.

Dans un monde si ouvert, il est important de soutenir son développement à tout prix. Différents enjeux sont poursuivis, comme la préservation des relations commerciales. En effet, un Etat ou une entreprise qui cesserait d’investir dans son développement (technologique, social,…) pourrait devenir un partenaire commercial moins intéressant qu’un autre qui aurait, lui, soutenu son développement et réalisé des investissement technologiques, stratégiques etc. Cette entité, alors moins intéressante, perdrait sa relation commerciale au profit d’une autre. Cette perte de relation entrainerait alors des pertes financières qui la priverait de capitaux pour investir dans son développement, l’entrainant alors dans un cercle vicieux dont il sera difficile de se sortir.

En cette période d’instabilité et de risque de récession, il est donc primordial d’éviter ce genre de situation pouvant mettre à mal toute l’économie du pays dans un futur proche.

C’est précisément l’objectif de cet emprunt. Il permettra de renforcer les investissements technologiques pour préparer sa transition technologique mais aussi de mener d’importantes et coûteuses réformes (comme celle sur le système de retraite).

 

Une situation propice à l’endettement

 

Comme vous le savez sûrement, ce climat d’instabilité a en partie contribué à créer une période de taux d’intérêts historiquement bas. Celle-ci offre donc un moment propice pour le gouvernement néerlandais qui peut s’endetter à moindre coût voire même positivement si l’emprunt se faisait à taux négatif. [Pour comprendre le fonctionnement de ces taux négatifs nous vous invitons à lire cet article : Les dessous des taux négatifs !

Cette décision est pertinente car elle intervient au meilleur moment pour emprunter, mais également assez en amont d’éventuelles situations de crise ou de récession. L’Etat n’aura donc pas à emprunter des sommes encore plus colossales pour rattraper les dégâts causés par la géopolitique à venir.

De plus, un tel emprunt est réalisable d’autant plus facilement que le pays est endetté à hauteur de 50,9% de son PIB. Ceci est bien en dessous de la moyenne européenne de dette publique qui atteint 80,7% du PIB au premier trimestre 2019. (A titre informatif la dette publique cumulée des pays européens s’élève à 12 715 milliards d’euros).

Les Pays-Bas disposent ainsi d’une marge de manœuvre plus importante que plus de la moitié de ses voisins européens.

De plus, stratégiquement, cet emprunt est une carte intéressante à long terme car il évitera probablement d’en faire de plus important dans le futur pour palier aux conséquences d’éventuelles crises ou aléas économique.

 

Se prémunir face au Brexit 

 

A court terme, l’annonce du Brexit revêt un côté positif pour cet Etat, puisqu’il est choisi par un certain nombre d’entreprises anglaises comme lieu de délocalisation pour conserver un pied en Europe. Cela fait donc gagner de l’attractivité au pays.

Toutefois, à moyen et long terme, les Pays-Bas pourrait être l’Etat européen le plus touché par les effets négatifs du divorce entre l’Europe et le Royaume-Uni. En effet, il s’agit d’un pays très tourné vers l’export et notamment vers le Royaume-Uni qui représente environ 10% de ses relations commerciales.

Le rétablissement des droits de douanes et des conditions tarifaires pourrait fragiliser cette relation et faire perdre de 3 à 4% de PIB soit entre 30 et 35 milliards d’euros à l’Etat néerlandais.

Ce manque à gagner pourrait avoir d’importantes conséquences sur la santé financière du pays qui devrait revoir la gestion de son budget et certains postes d’investissements à la baisse. Cela aura pour effet principal de ralentir davantage la croissance, déjà mise à mal par le ralentissement des exports.

 

Un contexte géopolitique compliqué pour un pays exportateur

 

Si le Brexit était le seul front à mener pour le gouvernement néerlandais, la situation serait surement tout autre. Cependant, bon nombre d’événements géopolitiques majeurs mettent sous pression ce pays nord européen. Tout d’abord, la guerre commerciale sino-américaine qui, au-delà de mettre à mal la stabilité des marchés financiers, menace l’ensemble du commerce mondial et, de fait, les exportations néerlandaises. Les économies nationales étant touchées, les carnets de commandes des pays et entreprissent se contractent ce qui réduit les exportations.

Autre point fort, la perte de vitesse du premier partenaire commercial des Pays-Bas : l’Allemagne. Également touchée par l’instabilité du climat mondial, la première économie européenne souffre du recul des exportations (-4,3% au sein de l’UE et -5,7% des exportations hors UE). Ces fortes baisses, impactent l’économie allemande qui réduit ses carnets de commandes, notamment depuis les Pays-Bas et touchent donc l’économie Néerlandaise.

Ce ralentissement des exports se répercute immédiatement sur la croissance du pays. Après avoir enregistré une croissance du PIB de +2 ,7% en 2018, celle de 2019 ne devrait être « que » de 1,7% et pourrait tomber jusqu’à 1,4% en 2020.

Il est donc nécessaire de soutenir les investissements du pays dans le secteur des technologies pour financer la transition technologique du pays et assurer sa place d’importance dans les futures relations commerciales internationales

Mais aussi dans le secteur social pour mettre en place des réformes d’importances, coûteuses mais qui permettront d’éviter des situations de crises sociales à l’avenir et redynamiser le pays à long terme.

 

En conclusion, il est important de retenir que la consommation intérieure des ménages, en hausse, est soutenue par une hausse des salaires et la situation de quasi plein emploi (3,3% de chômage vs 8,7% en France à la fin du 1er semestre 2019). Néanmoins, cette consommation intérieure sous pression ne pourra résister bien longtemps sans coup de pouce de l’Etat. La situation extérieure mise à mal, notamment avec la baisse des exports, doit aussi être relancée. Cet emprunt va donc permettre le maintien d’une consommation intérieure des ménages en menant des réformes sociales, en injectant des liquidités dans l’économie nationale etc. Quant à la situation extérieure, elle pourra, entre autres, être redynamisée par la mise en place d’une transition technologique. De nombreuses cartes sont ainsi à jouer pour se maintenir à flot dans un monde au climat géopolitique et économique sous tension permanente.

Julien HOUSSEMAND

Sources : Toute l’europe, LesEchos

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