Pourtant en pleine phase de croissance, les cours du pétrole ont été malmenés cette semaine. En une seule séance les cours pétroliers ont perdu plus de 4%. En effet, le 23 octobre 2018, le WTI (Western Texas Intermediate) a perdu 4,81% en passant de 69,61$ à l’ouverture, à 66,15$ le baril à la fermeture. L’indice européen, le Brent, a quant à lui perdu 4,75% le même jour en passant de 80,04$ le baril à l’ouverture à 76,18$ à la clôture des cours.

 

Un peu de vocabulaire

Le WTI, Western Texas Intermediate, est l’indice de référence du pétrole américain. Une fois raffiné, il a une teneur en soufre plus faible que son homologue européen, le Brent.

Le Brent, est l’indice de référence européen. Il doit son acronyme aux initiales des plateformes pétrolières de la mer du nord à savoir Broom, Rannock, Etive, Ness et Tarbet.

Enfin, Arabian Light est l’indice de référence en Arabie saoudite.

La dure loi de l’offre et de la demande

De nos jours, la consommation mondiale de pétrole se chiffre à plus de 97 millions de barils par jour. Cela représente près de 15 486 600 000 de litres de pétrole chaque jour (un baril équivalent à 159 litres dans les milieux industriels et financiers). C’est 13% de plus qu’il y a 10 ans (86 115 000 barils/jours en 2008).

La production journalière mondiale est quant à elle, d’environ 90 millions de barils. Le Moyen-Orient est le premier producteur de pétrole en pesant 30% de la production mondiale. En seconde position nous retrouvons la Russie, représentant 13% et les Etats-Unis pour 10%.

Vous l’aurez remarqué, la consommation est supérieure à la production. Il est donc nécessaire d’utiliser les réserves constituées par le passé. C’est un facteur d’analyse important puisque le marché va traduire cette information comme un risque potentiel de pénurie à long terme. En effet le caractère « non renouvelable » du pétrole est amplifié par une consommation à outrance. Des problèmes d’approvisionnements pourraient survenir bien avant l’écoulement des réserves mondiales naturelles de pétrole si nous n’augmentons pas notre capacité de production ou si nous ne réduisons pas notre consommation. De ce fait les cours augmentent. C’est un premier élément d’explication d’instabilité en ce qui concerne la hausse des cours.

Les tensions géopolitiques, racines de l’instabilité

En ce début de quatrième semestre 2018, nous avons pu remarquer que le marché du pétrole était haussier. Les cours se dirigeaient tout droit vers les 100$ le baril. En effet, depuis le début de l’année les cours ont flambé : WTI +18% et Brent +20%. D’ailleurs Bank of America-Merrill Lynch prédisait cette hausse des prix du baril à plus de 100$.

Toutefois, à l’approche du 4 novembre, date de rétablissement des sanctions américaines de 2013 contre l’Iran, des tensions réapparaissent. L’objectif de Donald Trump est de réduire à zéro les importations de pétrole brut iranien aux Etats-Unis et de sanctionner les pays européens mais aussi les pays partenaires économiquement qui continuent à traiter avec l’Iran. Cette décision a une influence négative immédiate sur le marché. Elle va faire baisser les cours de l’or noir car le marché considèrera qu’une telle sanction peut ralentir la dynamique pétrolière.

Les pays du Golfe persique, comme l’Iran, étant d’important producteur, la perte d’un client comme les Etats-Unis représente un véritable manque à gagner. Ce manque est d’autant plus marqué que les partenaires américains, nombreux, sont forcés à se retirer des échanges avec l’Iran.

L’ascension des cours a ainsi été stoppée, les faisant retomber à leur plus bas niveau enregistré depuis mi-août en perdant près de 13% (pic début octobre WTI = 76,72$ / Brent = 86,74$)

D’autres perspectives qui influent sur le marché

De plus, en ce jour, deux informations peuvent contribuer à cette baisse brutale :

– La déclaration du ministre saoudien de l’énergie, Khaled al-Faleh, lors du Davos du désert en Arabie Saoudite. Selon lui, les pays de l’Opep et leurs alliés sont dans une logique de production à outrance. Leur but ? Produire le plus possible pour se constituer des réserves et conquérir plus de parts du marché mondial. Mais cette stratégie se révèle à double tranchant. Elle dissipe les craintes de pénuries du marché qui se rassure et influe à la baisse les cours. Le ministre a aussi expliqué que l’Arabie saoudite pouvait augmenter sa production de 1 à 2 millions de baril en plus par jour (mb/j) afin de compenser la chute des exportations iraniennes à la suite des sanctions.

– Le patron de la compagnie pétrolière étatique Saudi Aramco, la plus grosse au monde, assure quant à lui que la production de Ryiad peut monter à 12mb/jour dans les 3 mois.

Autre facteur explicatif de cette baisse : le constat, par l’agence américaine d’information de l’énergie, d’une forte hausse des stocks de pétrole brut en outre atlantique. Une hausse plus importante que prévue.
Les réserves ont augmenté de 6,35 millions de barils alors que les prévisions étaient de 3,5 millions. Dans cette situation, la surproduction rassure quant au risque de pénurie ou de manque de distribution.

Ces perspectives de hausse de la production sont certes dans une logique de compensation et de profit mais c’est sans compter l’impact sur les marchés financiers. Ces informations révèlent un potentiel accru de production. Aussi, plus un produit abonde, moins il est rare et dans le cas précis du pétrole, les risques de pénurie sont réduits. De ce fait, le marché accorde moins de valeur aux indices pétroliers.

L’aversion au risque et frilosité des investisseurs :  

Cependant, compte tenu du contexte économique et géopolitique, (la crise de la dette italienne et des rumeurs d’un retour à la lire, le Brexit, le ralentissement chinois etc…) l’aversion au risque fait son retour sur les marchés financiers. Cela les ralentit et rend les investisseurs plus frileux. Dans un tel contexte d’instabilité, difficile de prévoir les mouvements du marché et leur importance. Un exemple flagrant, ce mardi 23 octobre 2018, dans la matinée, le CAC 40 est passé sous la barre symbolique des 5000 points en affichant 4 967 points de base. C’est une baisse de 9,3% par rapport à son niveau un mois auparavant de 5 476 points de base.

Bulles spéculatives et Krach boursier 

La dernière décennie a été marquée par les variations historiques des cours du pétrole. Souvenez-vous, en 2008, le cours du Brent avait atteint son apogée en affichant le baril à 147$. Cela s’explique en partie par le contexte économique avant la crise de 2008, de forte croissance des pays émergents notamment asiatiques très consommateurs de matières premières et notamment de pétrole. Un sentiment d’offre trop faible compte tenu de la demande s’est installé, rendant le produit à priori plus rare, ce qui a provoqué la hausse des cours.

Au contraire, lors du 2e semestre 2008, les effets de ce qu’on a appelé la crise des subprimes se font ressentir. Cela engendre un fort ralentissement de la croissance tandis que l’offre pétrolière s’est maintenue voire a augmenté. La tendance s’est donc inversée et le baril chute à 40$ (66,6% de baisse).

Progressivement la croissance se stabilise, l’offre se réajuste d’où une légère hausse à 80$ qui se fait sentir en 2010 puis 100 à 120 $ entre 2011 et 2014.

C’est sans compter sur le second semestre 2014 durant lequel le marché enregistre une nouvelle chute du prix du baril qui retombe à 50$ début 2015. Cette chute est motivée par l’abondance de la production de pétrole dont le pétrole de schiste et par le maintien voire la légère hausse de la production des pays de l’Opep alors que la demande mondiale reste stagnante.

Finalement jusqu’en 2018 du fait de regain de croissance des grandes puissances, les cours se sont réhaussés jusqu’à ce fameux 23 octobre 2018.

Il est donc possible de conclure sur le fait que le marché de l’or noir est un marché cyclique. Il est particulièrement sensible aux aléas géopolitiques et économiques de notre monde.

Pour aller plus loin :

 Pourquoi le WTI est plus faiblement côté que le Brent ?

Historiquement, avant 2011 et les cascades de crises, le WTI cotait quelques dollars au-dessus du Brent.

Deux raisons à ce retournement de situation :

–  Une exploitation du pétrole de schiste aux Etats-Unis

–  Un contexte de crises en cascade

En effet, depuis 2011 et la décision américaine d’exploiter le pétrole de schiste, les stocks et donc l’offre pétrolière en provenance des Etats-Unis ont augmenté. Or s’il y a plus d’offres le produit devient non seulement moins rare mais cela rassure les marchés quant au risque de pénurie. De ce fait il s’est exercé sur les cours une légère décote faisant passer le cours du WTI quelques dollars sous celui du Brent.

Cette situation est due à un contexte de crise prolongée des subprimes de 2008 qui emporte avec elle une augmentation de l’inquiétude et réduit les investissements, alors susceptibles de redynamiser le WTI.

Julien HOUSSEMAND. Tous droits réservés.


Sources : 

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