Non-Fungible Token (NFT), une ruée vers l’or ?

Un tweet, un morceau de musique ou encore une oeuvre d’art… Depuis peu, les « Non-Fungible Token » (NFT), sorte de titres de propriété numériques réputés inviolables, bouleversent le monde des collectionneurs. Basée sur la blockchain, cette nouvelle technologie intrigue. Trois lettres pour un bouleversement. La technologie NFT derrière l’oeuvre numérique « Everydays : the First 5.000 Days », adjugée pour 69,3 millions de dollars chez Christie’s le 11 mars et qui propulse son créateur Peebles parmi les trois artistes les plus...
Clément Martinez Clément Martinez20 mars 20217 min

Un tweet, un morceau de musique ou encore une oeuvre d’art… Depuis peu, les « Non-Fungible Token » (NFT), sorte de titres de propriété numériques réputés inviolables, bouleversent le monde des collectionneurs. Basée sur la blockchain, cette nouvelle technologie intrigue.

Trois lettres pour un bouleversement. La technologie NFT derrière l’oeuvre numérique « Everydays : the First 5.000 Days », adjugée pour 69,3 millions de dollars chez Christie’s le 11 mars et qui propulse son créateur Peebles parmi les trois artistes les plus chers du monde de leur vivant, a fait frissonner le monde de l’art. Un sigle récent qui permet d’authentifier une oeuvre via la blockchain.

Amateur de disruption, Elon Musk ne pouvait pas rester simple spectateur. Souvent provocateur, le patron de Tesla et Space X s’est alors lancé dans la musique, imaginant un morceau de techno consacré aux NFT. Naturellement, le titre a été mis aux enchères, et vendu sous forme de NFT.

Depuis peu, les collectionneurs s’arrachent ces NFT, objets virtuels réputés inviolables, alors que l’art numérique n’était encore qu’une niche il y a quelques mois.  Voici quelques clés pour mieux comprendre :

 

Qu’est-ce qui se cache derrière l’acronyme NFT ?

 

Un jeton non fongible, ou « Non-Fungible Token » (NFT), est un jeton numérique qui représente un actif unique. Cet actif peut être physique ou numérique : « un tableau, la tenue de votre personnage dans un jeu vidéo ou un tweet », détaille Claire Balva, directrice blockchains et cryptoactifs chez KPMG. A ce jeton est associé un certificat d’authenticité, équivalent à un titre de propriété digital. Ce jeton est répertorié dans la blockchain , considérée comme inviolable. Ce fichier informatique peut ensuite être échangé ou revendu – avec son certificat – et sa valeur peut évoluer dans le temps. « Avec des actifs de ce genre, on apporte une sorte de transparence à l’écosystème, plus de flexibilité, et la possibilité de se passer de certains intermédiaires », avance Claire Balva.

A contrario, « les jetons dits fongibles représentent des actions, des points de fidélité, des droits de vote : n’importe quel actif qui a une valeur, mais qui n’est pas forcément unique », poursuit la spécialiste des crypto. Les NFT se différencient aussi des bitcoins : vous pouvez acheter ou vendre n’importe quel bitcoin – puisqu’ils ont tous la même valeur (comme un billet de 10 euros vaut n’importe quel autre billet de 10 euros).

 

En quoi les NFT sont-ils nouveaux ?

 

Jusqu’ici, la vente et l’échange de fichiers numériques en tant qu’objets de collection étaient une niche. Difficile, contrairement à une peinture par exemple, de remettre manuellement une oeuvre d’art numérique à son nouveau propriétaire. La quasi-totalité des collectionneurs lui préféraient donc des objets physiques : gravures, sculptures, bouteilles de vin ou même baskets. Outre l’habitude, l’un des freins au développement du marché de l’art numérique était la crainte des copies.

Le NFT essaie de contourner ce problème en se positionnant comme un certificat de propriété unique pour l’oeuvre d’art, certifié dans la blockchain. Bien que l’oeuvre d’art numérique puisse être copiée et distribuée, il n’y aura qu’un ou quelques NFT valides qui s’y appliqueront. « Ces échanges reposent sur un volet artistique et la rareté de l’oeuvre que vous recherchez, ainsi que sur de la gamification : cela va créer du divertissement car vous allez pouvoir échanger ces NFT », explique la spécialiste des blockchains.

 

Est-ce que tout le monde peut créer des NFT ?

 

N’importe quel internaute peut créer un NFT. Il faut, pour cela, passer par l’une des plateformes spécialisées, comme Rarible ou OpenSea, sur laquelle télécharger le fichier qui deviendra un NFT. Pour réaliser l’opération, il faut verser des frais, souvent inférieurs à 30 dollars le fichier.

Cette commission est à payer en cryptomonnaie, le plus souvent l’Ether, l’une des plus utilisées avec le bitcoin . Le créateur du NFT peut ensuite le vendre sur ces mêmes plateformes. Il pourra aussi fixer, à l’avance, le pourcentage qu’il touchera sur toutes les reventes éventuelles de ce fichier par d’autres internautes.

Dans le domaine musical, par exemple, le groupe américain de rock Kings of Leon a mis en vente, début mars, une version NFT de son nouvel album « When You See Yourself » . Une première en la matière.

 

Que représente le marché des NFT aujourd’hui ?

 

Au vu des plus récentes transactions, il pèse déjà plusieurs milliards de dollars. La vente de l’oeuvre numérique « Everydays : the First 5000 Days » par Christie’s est la première pour une oeuvre d’art purement numérique via une grande maison de vente aux enchères. Cette vente situe Mike Winkelmann, dit Peebles, parmi les trois artistes les plus chers au monde de leur vivant, tous supports confondus.

Les autres grandes maisons d’enchères réfléchissent activement à mettre sur pied leur propre vente NFT. Durant la seule journée de jeudi, deux images créées sur la plateforme CryptoPunks ont été vendues 7,3 millions de dollars chacune. Et le fondateur de Twitter, Jack Dorsey , s’est vu proposer 2,5 millions de dollars pour le NFT de son tout premier tweet.

Le collectif Larva Labs est souvent considéré comme fondateur de cette nouvelle ère de la collection numérique. Il avait lancé dès 2017 le projet CryptoPunks, une série de 10.000 visages dessinés par ordinateur, tous différents, aux traits pixélisés et volontairement grossiers. Chaque visage, sous forme NFT, peut désormais se revendre sur la plateforme de Larva Labs. Mercredi, l’un d’entre eux, un visage avec pipe et casquette, a été acheté 7,5 millions de dollars par un acquéreur anonyme.

 

Y a-t-il une bulle spéculative autour des NFT ?

 

Des observateurs s’attendent à une correction de certains prix, à un tri à mesure que l’univers se structure, mais personne ne voit le marché des NFT s’effondrer. « Ce segment est à la mode en ce moment, ce qui ne veut pas dire que ça n’a pas d’intérêt technologique. A moyen long terme, le marché va se structurer, gagner en maturité, il va y avoir plus de produits et plus d’investissements », explique Claire Balva. Et d’ajouter : « On est aussi dans une phase d’euphorie sur les cryptoactifs en général, donc il est possible que ça suive tout simplement les cours. »

Ils sont aussi nombreux à estimer que beaucoup de NFT sont actuellement sous-évalués, car le marché est encore jeune. Pour l’acquéreur de « Everydays », qui se cache derrière le pseudonyme Metakovan, l’oeuvre « vaut un milliard de dollars ». Une précédente vente de NFT par Beeple pour l’oeuvre d’art « Crossroad » s’était conclue à 66.666 dollars à l’origine. Quelques mois plus tard, le collectionneur Pablo Rodriguez-Fraile l’avait revendue pour… 6,6 millions de dollars.

« Ma prédiction, c’est qu’avec les années, le consensus sur les objets numériques va passer de ‘ces trucs ne sont même pas réels et ne valent rien’ à ‘c’est le meilleur moyen de vérifier la propriété, la rareté et l’authenticité’ », écrivait, début janvier, l’investisseur Jonathan Bales, fondateur de Fantasy Labs – une plateforme d’analyse des e-sports -, dans ce qui est considéré comme le texte de référence sur le sujet. « Je suis persuadé que les NFT sont l’avenir des collectionneurs », estimait-il. Avant de conclure : « Le côté le plus excitant, c’est que la fête ne fait que commencer. »

Clément MARTINEZ

Sources : LesEchos, ZDNet.fr

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