Néobanques : une alternative verte ?

Le respect et la protection de l’environnement sont devenus, au cours des dernières années, des enjeux majeurs de notre quotidien, et ce, à tous les niveaux : politique, social, économique, financier, … Le confinement lié à la crise du Covid-19 a démultiplié l’importance de cette prise de conscience, poussant les acteurs bancaires traditionnels à orienter davantage leurs investissements dans des industries dites « vertes ». Néanmoins cela semble loin d’être suffisant face à l’ampleur du défi. Quelles...
Avatar Julien Houssemand9 août 20205 min

Le respect et la protection de l’environnement sont devenus, au cours des dernières années, des enjeux majeurs de notre quotidien, et ce, à tous les niveaux : politique, social, économique, financier, …

Le confinement lié à la crise du Covid-19 a démultiplié l’importance de cette prise de conscience, poussant les acteurs bancaires traditionnels à orienter davantage leurs investissements dans des industries dites « vertes ». Néanmoins cela semble loin d’être suffisant face à l’ampleur du défi. Quelles alternatives sont en train de voir le jour, et dans quel cadre ?

 

Un modèle économique en pleine redéfinition

 

Bien que de nombreux progrès restent encore à faire, la conscience collective tend à se tourner vers une consommation plus responsable, vers une économie plus « verte » et décarbonée.

Pour soutenir cet élan, de plus en plus d’investisseurs financiers prennent en compte des critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG), censés être les garants d’une gestion plus verte et durable des dépenses réalisées.

Des labels ont été défini pour tenter de « certifier » certains fonds d’investissement dans leur démarche éco-responsable :

  • Le Label ISR (Investissement Socialement Responsable), créé en 2015 et attribué aux fonds investissant dans des entreprises aux pratiques respectant des critères ESG ;
  • Le label GREENFIN créé également en 2015 est attribué aux fonds investissant dans « l’économie » verte et excluant les entreprises opérant dans le secteur nucléaire et les énergies fossiles.

Certaines poches permettent aussi d’investir dans des projets locaux et de soutenir une économie de proximité. Cette logique « d’éco-dynamisation » des territoires semble également prendre une part de plus en plus importante dans cette approche responsable. Cette pratique ne doit toutefois pas tendre vers un repli sur soi ou sur un territoire mais, au contraire, sur une mise en valeur d’une région permettant son développement et sa prise de partie au sein d’une économie globale stable et durable.

 

La difficile transition du secteur bancaire traditionnel

 

Les fonds d’investissement ont été les premiers à proposer massivement des services « verts » et à surfer sur les nouvelles attentes éthiques des investisseurs. Bien que proposant déjà des solutions d’épargne « verte », à l’instar du LDDS (Livret de Développement Durable et Solidaire) depuis 2016, les banques traditionnelles ont également amorcé un changement de cap plus important. Toutefois, ces produits d’épargne, très peu rémunérés (alignés sur les taux du livret A) ne bénéficient pas d’une notoriété ni d’un intérêt suffisants de la part des épargnants. En effet, en mars 2020 l’encours total du livret A s’élevait à 303,9 milliards d’euros contre 113,1 milliards d’euros pour le LDDS. Ce chiffre est cependant à nuancer car le plafond du livret A s’établit à 22 950 € contre 12 000 € pour le LDDS. De plus, les actions des banques traditionnelles, mastodontes du secteur, sont grevées des projets de financements et investissements non responsables octroyés historiquement auprès d’acteurs polluants. Cela est une problématique d’autant plus complexe qu’étant en phase de transition, le système économique a encore besoin d’un tissu industriel non éco-responsable pour palier aux manques d’une économie durable ne répondant pas encore à tous les besoins et exigences du système en place.

 

L’émergence de solutions bancaires alternatives

 

La « verdisation » bancaire étant jugée encore trop timide et peu efficace, cela laisse de la place à de nouveaux acteurs pour émerger sur ce segment avec une casquette éthique tant réclamée : un ADN éco-responsable.

Trois néo-banques (OnlyOne, Green Got, Helios) font ainsi le pari de se lancer sur ce marché en pleine transformation. Leur ligne de conduite est claire et éthique : financer uniquement des projets et des entreprises engagés dans la maîtrise de leurs impacts environnementaux et sociaux et non polluants. Ces nouveaux acteurs bancaires veulent ainsi toucher les clients insatisfaits du niveau de prise en compte des enjeux environnementaux par les banques traditionnelles.

En effet, de plus en plus de citoyens sont en quête d’éthique et souhaitent se recentrer sur une économie plus durable et locale.

Ces acteurs semblent ainsi se positionner de la meilleure des façons en proposant une alternative au travers de services bancaires classiques tels que des dépôts, virements, épargne, …

Cependant ces néo-banques ne pourront pas miser sur la gratuité des services comme leurs concurrents digitaux. Compte tenu de leurs engagements et pour tenter d’atteindre un seuil de rentabilité convenable, ces acteurs proposeront des formules payantes sous formes d’abonnements équivalents aux prix pratiqués classiquement sur le marché. Les citoyens percevront-ils cette dépense d’abonnement comme une contribution de leur part au soutien du développement durable ?

 

Problématiques légales et juridiques

 

Malgré cela, le tableau comporte des zones d’ombres. La principale bête noire de cette transition réside dans le flou juridique et légal existant autour des concepts d’investissements responsables et d’économie durable. En effet, malgré la présence de labels (ISR, GREENFIN, …), les principes de finance « verte » ne sont régis par aucune définition légale claire et leur interprétation reste à l’appréciation de chacun et du bon sens commun. Par exemple, une prise de position financière dans un fonds d’investissement étiqueté « vert » doit être vérifiée et suivie par l’investisseur pour être sûr des fins auxquelles elle sera consacrée. Ce manque de cadre juridique laisse place à des dérives comme cela fut également le cas lors de la mise en circulation de certaines obligations vertes.

A l’heure actuelle l’utilisation de dénominations vertes n’étant pas régie par une loi bien précise cela laisse place à une utilisation excessive et non légitime pouvant tromper la confiance parfois aveugle de certains investisseurs.

Julien HOUSSEMAND

Sources : AMF, Maddyness

 

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