LVMH rachète Belmond

Julien Houssemand3 février 20195 min

S’il s’agissait d’une partie de Monopoly, Bernard Arnault aurait sûrement décontenancé les autres joueurs à la suite d’un tour de maître. Mais cela n’a rien d’un jeu et l’opération est bien réelle : Louis Vuitton Moët Hennessy (LVMH) vient d’annoncer un accord de rachat après de longues négociations. Cet accord de plusieurs milliards vise l’acquisition du groupe Belmond. Cette opération pourrait se réaliser durant le premier semestre 2019 si elle obtient l’approbation des actionnaires du groupe hôtelier et des autorités de marchés et de concurrence.

 

Belmond : l’Hôtellerie de luxe

 

Le groupe Belmond c’est plus de 40 ans d’existence avec comme point de départ l’acquisition du Cipriani, Hôtel mythique de Venise. Aujourd’hui le groupe se compose de trente-quatre hôtels à travers quatre continents (Amérique, Europe, Asie, Afrique), sept trains qui parcourent l’Europe dont le Venise Simplon Orient Express, l’Amérique du Sud et l’Asie mais aussi de deux croisières fluviales en Europe et en Asie ainsi que d’un safari au Botswana.

Ces propriétés d’exceptions génèrent un chiffre d’affaires avoisinant les 580 millions de dollars en 2018.

 

Un investissement de taille 

 

La marque du luxe la mieux valorisée au monde confirme son féroce appétit pour l’acquisition. En effet elle compte plus de soixante-dix marques en portefeuilles et des opérations à plusieurs milliards. Celle de Bulgari tout au long de l’année 2011 pour un investissement total d’environ 3,7 milliards d’euros ou encore celle de la maison de couture Christian Dior en 2017 pour 6,5 milliards d’euros. Les acquisitions d’ampleur ne lui sont donc pas étrangères. C’est donc dans ce sens que décembre 2018 marque l’annonce d’un accord de rachat du groupe Hôtelier Belmond pour 2,8 milliards d’euros (soit 3,2 milliards de dollars US).

C’est un peu plus de 43% de son résultat net 2018 (estimé à 6,45 milliards d’euros) que représente ce montant. LVMH fais donc le pari de miser près de la moitié de ses bénéfices annuel sur cette acquisition. Pour avoir un ordre de grandeur, cela représente une proposition de rachat des actions de Belmond à hauteur de 25 dollars par action.

 

De forts intérêts stratégiques pour LVMH

 

Derrière cette acquisition, nous pouvons déceler différents objectifs stratégiques :

  • Diversifier son activité au sein du domaine du luxe en développant sa branche hôtellerie haut de gamme. En effet, le groupe possède déjà quatre hôtels « Cheval Blanc ». A Courchevel, à Saint-Tropez, à St Barth, aux Maldives et un projet pour Paris en 2020. Ce n’est pas tout ; via son acquisition du joaillier Bulgari en 2011, il possède aussi six  hôtels au nom du joaillier. Ils se situent à Milan, Bali, Londres, Pékin, Dubaï, Shangaï et également un projet pour Paris en 2020 . L’acquisition de Belmond se place donc dans une logique de complémentarité d’une de ses activités et surtout de son accroissement.
  • Augmenter ses canaux de distribution internes. Effectivement, les palaces, croisières et trains de ce standing sont des endroits parfaits pour commercialiser les produits de luxe des marques que le groupe possède déjà. Cela passe aussi bien par les spiritueux que les cosmétiques, les bijoux et bien d’autres encore. La complémentarité des activités du groupe se renforce d’autant plus.
  • Renforcer et solidifier sa domination et sa présence internationale déjà très forte. Cela est permis grâce à la présence de Belmond dans 24 pays.
  • Soutenir sa croissance. Tout l’enjeu pour un groupe de cette taille est de continuer à croître et de réussir à imbriquer tous ces éléments de croissance dans un but commun.

On remarque donc que c’est une décision réfléchie à de multiples niveaux et aux enjeux nombreux.

 

Une suite pour Belmond

 

Vous l’aurez compris, il ne s’agit pas d’une fusion dite « absorption » mais d’une acquisition. Ce qui signifie que Belmond deviendra la propriété de LVMH mais que la marque ne disparaitra pas. Au contraire elle sera encore plus devéloppée, bénéficiant des ressources de la maison mère. Cela permettra de créer de la valeur ajoutée pour les deux groupes et d’opérer des synergies et opportunités de croissance non négligeables. Les ressources de l’une pouvant aider l’autre et vice versa.

De plus, les équipes devraient être conservées pour qu’elles puissent apporter leur expérience et leur savoir-faire. Un partage d’expérience concernant le traitement des clients haut de gamme va alors s’opérer et pourrait permettre de préserver une avance certaine sur ses concurrents.

Julien HOUSSEMAND

Sources : Capital, BFMBusiness

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