Etat françaisLes derniers évènements ont bousculé les prévisions budgétaires de l’Etat français. Que ce soit le contexte économique mondial, essoufflé de la fin d’année 2018 (dont les conséquences s’observent parfaitement au niveau des indices boursiers) ou encore les évènements sociaux rencontrés sur le territoire français. On peut notamment faire référence aux importants projets de réformes qui ont été au cœur des débats comme le prélèvement à la source.

S’il est vrai que dans l’idée, la gestion du budget d’un Etat se rapproche de celui d’une entreprise, elle n’en demeure pas moins bien différente sur certains points. Ceux-ci s’observent de manière non exhaustive au niveau de la dimension, de la vision et de l’organisation. En effet, on parle de plus de 66 millions de personnes réparties sur un vaste territoire. Cela entraîne des problèmes de cohésion, de transmission de l’information et d’unité, en particulier lors de la mise en place de projets ou de réformes. D’autant plus que l’intégralité de la population n’a pas les mêmes priorités ni la même perception des choses.  

En conséquence, les problématiques rencontrées le sont à une toute autre échelle. De ce fait des réponses d’envergure sont à apporter, que ce soit au niveau de la gestion économique, sociale, environnementale pour ne citer que les piliers d’un développement considéré durable.

Des besoins financiers qui passent par les OAT

Dans cet article c’est le point économique qui nous intéresse. À l’image des entreprises, les Etats peuvent eux aussi emprunter de l’argent (à la Banque Centrale Européenne, par exemple) ou émettre un type de titres de créances négociables sur le marché boursier, appelés Obligations Assimilables du Trésor (OAT). Dans cette situation, l’Etat s’endette auprès de particuliers, d’entreprises, ou autres investisseurs et institutions qui choisissent d’investir une part de leur capital dans l’Etat français, par exemple. Les investisseurs peuvent alors acquérir ces titres à un prix défini sur le marché boursier. Ces titres génèreront des intérêts selon un taux connu à l’avance au profit de ces investisseurs.

Enfin ces titres de dettes, appelés « obligations » peuvent être émises pour des durées allant de 3 mois à 50 ans. Les taux d’intérêt générés seront alors différents selon la durée mais stables sur toute la durée de vie de l’obligation. Le détenteur de l’obligation reste libre de la revendre à tout moment sur le marché boursier.

Une levée de fonds de 5,57 milliards d’euros

Ce lundi 17 février 2019, l’Etat Français a ainsi levé plus de 5,57 milliards d’euros à court terme.

Ce montant se répartit sur des émissions à termes différents :

  • 2,595 milliards d’euros ont été levés à échéance de trois mois (12 semaines) dont 516 millions d’euros d’ONC* (Offres Non Compétitives). Ces obligations procureront un taux d’intérêt annuel de – 0,505%.
  • 1,262 milliards à échéance six mois (23 semaines), dont 192 millions d’euros d’ONC, avec un taux d’intérêt de – 0,501%.
  • 1,198 milliards pour une durée d’un an (49 semaines) dont 203 millions d’euros d’ONC. Celles-ci également avec un taux de – 0,501%.

Vous l’aurez remarqué, les taux d’intérêt sont négatifs. Cela signifie que les investisseurs sont prêts à avoir des rendements négatifs, c’est-à-dire à comptabiliser quelques pertes sur cet investissement. Toutefois, cela n’est pas le reflet d’un acte charitable mais plus d’un soutien à une institution, qui, financée correctement pourrait avoir un impact positif sur d’autres secteurs ou ils ont au préalable investis de façon plus conséquente. Par exemple une entreprise peut accepter quelques pertes si cela permet à son activité de se développer dans un pays qui se stabilise économiquement. Un prochain article sera consacré à l’étude des taux négatifs et à leur meilleure compréhension.

*En résumé les Offres Non Compétitives représentent un volume de titres émis sans préciser de prix. Ce dernier est alors déterminé par le marché en fonction de l’offre et de la demande un peu comme le principe d’une enchère.

Emprunts records pour une année record

Cependant les obligations à court terme ne sont pas les seules à être émises. Il y en a également à moyen et long terme qui représentent des sommes bien plus importantes. En effet, dans le détail, c’est plus de 200 milliards sur le moyen et le long terme comparés aux 5,57 milliards d’euros sur le court terme. Au total c’est donc un record de plus de 205 milliards d’euros qui seront ainsi collectés sur les marchés boursiers du monde entier sous forme d’émissions d’obligations. Un tel niveau dépasse celui de 2018 d’environ 195 milliards d’euros d’obligations émises et celui de 2017 pour 185 milliards. 

Cette manœuvre répond à des prévisions de besoin en financement de l’Etat de près de 230 milliards d’euros. La part restante, d’environ 25 milliards d’euros, correspond plus ou moins à la richesse produite en un an par le pays. Bien que celle-ci soit chiffrée à un peu moins de 25 milliards d’euros, l’Etat a choisi d’emprunter un peu moins que prévu. En effet, à l’origine c’est plus 15 milliards que la France souhaitait lever à court terme, confie L’Agence France Trésor (organisme chargé de placer la dette française auprès des différents investisseurs).

Parmi ces besoins, l’un des postes majeurs est le refinancement de dette, de titre de créances arrivés à échéance. Selon l’AFT cela représenterait déjà plus de 130,2 milliards d’euros. Ce chiffre est en hausse de presque 15 milliards par rapport à 2018 (116 milliards de dette à refinancer). Cette accélération est due en partie aux émissions faites lors de la crise financière de 2008/2009 et aux mesures prises pour faire face aux années qui ont suivi.

Des emprunts devenus nécessaires

Les derniers chiffres officiels indiquent une dette de l’Etat français de 2 322,3 milliards d’euros dont un peu plus de 468 milliards d’euros de dette extérieure. C’est 22,5 milliards de plus que l’année précédente. Bien que ces chiffres paraissent astronomiques, ils englobent non seulement des nécessités de financement (que l’on pourrait rapprocher du Besoin en Fonds de Roulement dans les entreprises) mais également des volontés d’investissements. Ces dernières sont également devenues nécessaires dans un contexte de mondialisation « agressive ». C’est un cercle à la fois vertueux et vicieux. En effet, cela crée une émulation naturelle puisqu’elle pousse les différents Etats à optimiser leur développement. Dans le même temps cela induit une politique d’endettement toujours plus grande qui fragilise la stabilité économique mondiale.

Tout autant de points essentiels, non seulement au bon fonctionnement du pays, mais aussi à son essor.

Les OAT sont donc un véritable enjeu pour les Etats et peuvent incarner une réponse rapide et précise à certaines problématiques. De plus c’est une solution très modulable. En effet, en septembre 2018, le gouvernement avait prévu d’émettre pour 195 milliards d’euros de dettes en 2019. Néanmoins, à la suite des évènements sociaux, financiers et politiques de fin d’année, qu’ils soient nationaux ou internationaux, les besoins ont été revus à la hausse. Il est donc possible d’adapter sa stratégie d’émissions des titres de créances en fonction de l’évolution de la situation.   

Nous vous invitons à lire un autre article de FANDAS sur les obligations : Action ou Obligation, quel est le meilleur investissement ?

 

Julien HOUSSEMAND. Tous droits réservés.


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[…] Toutefois, cela représente aussi des inconvénients puisque cela peut freiner la volonté de certains investisseurs dans leurs investissements. Si ces derniers perdaient confiance et se détournaient de ces investissements l’Etat français pourrait être en difficulté pour trouver des acquéreurs à ses titres de dettes et donc à récupérer des liquidités. Ces dernières servent notamment à refinancer certaines dettes ou à débloquer des budgets pour le pays. Pour plus d’informations vous pouvez consulter cet article traitant du sujet : le rôle des OAT au sein de l’état français. […]