fandas.fr/FINTECHLe but de cette analyse est d’établir les enseignements sur l’émergence de l’écosystème des Fintechs africaines, start-up fournissant des offres de services financiers et bancaires basées sur des solutions technologiques innovantes, bousculant les acteurs traditionnels de la banque et de l’assurance. L’intérêt est de donner les clés afin de promouvoir le développement de ces start-up répondant à des problématiques majeures du continent, en permettant notamment l’inclusion financière (élargissant l’accès aux services financiers).

Quelques chiffres pour fixer l’état des lieux :

  • 28 % de la population en Afrique dispose d’un compte bancaire
  • 90 % de la population active en Afrique travaille dans l’économie informelle
  • 413 millions d’individus en Afrique vivent dans l’extrême pauvreté (soit 50% du total mondial)

Un contexte favorable au développement des Fintechs en Afrique !

Les Fintechs se sont rapidement développées grâce à trois grandes tendances mondiales :

  • La révolution digitale en marche, incarnée notamment par trois technologies de pointe (Big data, intelligence artificielle et blockchain)
  • L’évolution des habitudes et comportements d’une nouvelle classe de consommateurs
  • L’impact de la crise financière mondiale sur les institutions financières traditionnelles, qui a entrainé une perte de confiance vis-à-vis des acteurs traditionnels de la finance.

Les États-Unis et l’Europe représentent les régions les plus actives. L’Asie, grâce à des pays comme l’Inde et la Chine, est en train de rattraper son retard. L’environnement y est propice grâce à une maturité des marchés, une disponibilité des talents et un cadre réglementaire favorable.

L’Afrique, quant à elle, accuse un certain retard, en raison notamment des difficultés en matière de formation des talents ou encore de la rigidité des cadres réglementaires.

Néanmoins, avec 39% des levées de fonds sur le continent en 2018, la Fintech est le secteur qui attire le plus les investisseurs parmi l’écosystème des start-up en Afrique. Diverses raisons expliquent leur succès :

  • Les faibles taux de bancarisation
  • Une forte pénétration du mobile et de l’Internet (avec 344 % de taux d’augmentation en équipements mobiles entre 2007 et 2016 et 58% de taux de développement du haut débit mobile entre 2015 et 2016)
  • Une population urbaine jeune et technophile (le continent concentre la population la plus jeune au monde, avec une moyenne d’âge de 19 ans en 2019)
  • Une diaspora impactant le niveau de fonds rapatriés sur le continent (avec 65 milliards de dollars de fonds envoyés chaque année par la diaspora africaine dans le pays d’origine).

Par ailleurs, l’Afrique dispose d’avantages non négligeables pour combler l’écart :

  • L’intérêt croissant des organismes bancaires et des opérateurs téléphoniques
  • Les nombreux efforts des gouvernements africains pour soutenir l’émergence du secteur (options de financement adaptées aux besoins des Fintechs).

Néanmoins, la place de l’Afrique dans ce secteur est aujourd’hui famélique : L’Afrique ne représente que 2% des 13000 Fintechs mondiales, 1.6% des 2823 transactions impliquant des Fintechs quotidiennement et 0.2% des 188 milliards de Dollars investis dans ce secteur.

Une dynamique de développement à trois vitesses :

  • Les « leaders » d’Afrique anglophone (basés au Nigeria, Ghana, Afrique du Sud et Kenya) :

La région est la plus dynamique en matière de développement des Fintechs. Gouvernements et banques affichent leur soutien aux Fintechs en investissant temps et efforts pour leur permettre de se développer. Les acteurs traditionnels de la finance misent sur ces start-up pour se différencier, soit en collaborant directement avec elles, soit en leur permettant de se développer en dehors de leurs murs.

  • Les « prometteurs » d’Afrique francophone (installés au Sénégal et en Côte d’Ivoire) :

Considérées comme une solution viable pour relever certains défis du continent comme l’inclusion financière, les gouvernements dans la région manifestent la volonté d’accompagner le développement des Fintechs. Les avancées dans le secteur restent néanmoins limitées en raison d’un manque de coopération des acteurs traditionnels de la finance et des opérateurs télécoms, qui craignent de souffrir de la concurrence des Fintechs.

  • Les « émergents » d’Afrique du Nord (basés au Maroc et en Tunisie)

Malgré certaines initiatives encourageantes lancées par les autorités publiques, le cadre réglementaire demeure relativement rigide et ne permet pas aux Fintechs de se développer facilement. La majorité d’entre elles opèrent dans les paiements ou les transferts d’argent.

Alors que l’essor des sociétés Fintechs en Afrique suit une tendance positive, un alignement des différentes initiatives sera nécessaire pour accélérer et consolider cette croissance.

A noter que ces 8 pays représentent 34% de la population africaine et que 60% des Fintechs existantes y sont basées.

Quels leviers pour construire des Fintechs performantes ?

En s’appuyant sur les expériences réussies sur le continent, il en ressort que le développement des Fintechs nécessite une approche intégrée, combinant trois leviers stratégiques :

  • Le développement des talents de demain dans la région, en privilégiant un système éducatif valorisant l’innovation, l’esprit d’initiative et la créativité, en permettant notamment aux apprenants de mener des projets en parallèle de leur parcours scolaire ou académique. La sensibilisation précoce à l’usage des nouvelles technologies est également à préconiser à l’ère du tout digital.
  • L’amélioration du climat des affaires, en proposant un environnement attractif pour les investisseurs et en minimisant le poids de la bureaucratie et des autres freins à l’investissement. Les autorités publiques doivent jouer un rôle de « facilitateur » pour attirer des entreprises désireuses d’investir dans les start-up et favoriser le développement de leurs entrepreneurs.

L’amélioration de l’accès au financement, en incitant les acteurs du système financier (banques, fonds d’investissements et bailleurs de fond) à répondre aux besoins des start-up africaines, puis à envisager leurs perspectives et stratégies d’expansion. Cet encouragement à l’investissement passe nécessairement par une sensibilisation autour de l’importance de l’écosystème des Fintechs pour l’économie réelle (contribuant notamment à l’inclusion financière des populations vulnérables).

Clément MARTINEZ. Tous droits réservés.


Sources : 

Poster un Commentaire

avatar
  S’abonner  
Notifier de