Cela fait maintenant plusieurs années que les assistants vocaux font partie intégrante de notre quotidien. On peut en citer plusieurs comme Alexa avec Amazon et Google Home produit par Google.
L’objectif de ces assistants vocaux est d’aider les utilisateurs dans les tâches quotidiennes comme mettre de la musique, allumer la lumière d’une pièce, appeler une personne, acheter un article etc. Ces nouveaux assistants ont pu voir le jour grâce aux développements de l’intelligence artificielle (IA). Une guerre entre ces différents constructeurs a ainsi vu le jour. On le constate avec Google Home et Alexa mais également avec d’autres types d’IA notamment sur nos smartphones et PC avec Siri développé par Apple, Bixby chez Samsung ou encore Cortana via Microsoft etc.

Des Assistants vocaux en constante évolution…

Ainsi, pour se démarquer, les entreprises font tout pour que leur IA se distingue par la qualité et l’amplitude des services offerts. Selon le site HUB institute, l’estimation des revenus futurs sur le marché des assistants vocaux atteindrait les 40 milliards de dollars en 2022 contre 2 milliards en 2017. Un potentiel énorme que beaucoup ont très vite repéré. Pour pouvoir en prendre le plus de parts de marché possible, les constructeurs doivent constamment faire évoluer leur IA. Plusieurs choix s’offrent alors à eux dont celui d’allier leurs forces. Nous pouvons prendre l’exemple de Microsoft et d’Amazon qui ont uni leurs assistants vocaux pour faire émerger une technologie plus avancée. Il est dorénavant possible d’utiliser Cortana sur une enceinte Amazon mais également d’utiliser Alexa sur un PC sous Windows 10. Il suffit de préciser quel type d’IA nous désirons avoir pour que celle-ci soit active. Comme l’explique le porte-parole d’Amazon

« Une fois que Cortana est ouvert, toutes les données vocales sont envoyées à Microsoft et non Amazon et inversement ».

Ces IA ont des points forts et des points faibles qui leur sont propres. Le fait de rassembler Cortana et Alexa est de pouvoir pallier certains de leurs points faibles. Cortana est davantage tournée vers les entreprises. En étant plus professionnelle, elle est capable de tenir des conversations de plusieurs minutes et semble aujourd’hui être la seule IA à pouvoir réaliser ce type d’exploit. Cette avancée technologique a pu être réalisée grâce au rachat de Semantic Machines par Microsoft, il y a pratiquement un an. Quant à Alexa cette IA est plus axée sur la capacité à effectuer des tâches simples que Cortana n’est pas capable d’effectuer. Ainsi les deux IA se complètent parfaitement. Cette alliance leur permet de toucher plus d’utilisateurs et ainsi de récolter plus de données. 

D’après Statista, Cortana réussi à comprendre 64.9% des requêtes demandées par les utilisateurs. Ses concurrents comprennent 53.7% pour Alexa, 66.2% pour Google et 40.8% pour Siri. Ces données statistiques montrent bien que Google est celui qui se fait le mieux comprendre de ses utilisateurs. Cependant ce n’est pas son assistant vocal qui répond le mieux aux demandes. Puisque, toujours d’après Statista, Cortana répond correctement à 91,6% des questions posées, Alexa à 82,6%, Google à 87,5% et Siri à 80,0%. Ainsi l’alliance Microsoft – Amazon permet d’avoir un avantage stratégique non négligeable face à leurs concurrents notamment contre Google. En effet cette alliance donne naissance au groupement d’IA le plus avancé sur le marché. Attention toutefois à ne pas se reposer sur son avance et continuer d’investir dans le développement de leurs technologies. 

Il faut savoir que pour que ces IA puissent « évoluer » il faut pouvoir traiter les données notamment celles échangées entre utilisateur et IA. Cela a créé plusieurs polémiques tout d’abord avec Google Home puis avec Alexa, dont la dernière en date fut une enquête réalisée par Bloomberg.

Celle-ci a démontré que certaines conversations entre les utilisateurs et Alexa sont écoutées par des employés d’Amazon. On peut prendre l’exemple des 2 employés d’Amazon en Roumanie qui ont été témoin d’une agression sexuelle via l’écoute faite par Alexa. Ils en ont informé Amazon qui semble ne pas avoir réagi.

En réponse à l’enquête réalisée par Bloomberg le porte-parole d’Amazon a tenu le discours suivant :

“Nous prenons la sécurité et la confidentialité de nos clients très au sérieux. Nous utilisons un très faible échantillon des enregistrements d’Alexa pour améliorer l’expérience utilisateur”.

Au regard de la réaction d’Amazon sur l’agression et sur d’autres affaires de ce type, nous sommes en droit de nous demander si ces données récupérées servent bien à améliorer les IA et non pour d’autres objectifs.

Il est important de savoir que des lois visant à protéger notre vie privée ont été mises en place, notamment à travers la RGPD.

Les assistants vocaux respectent-ils vraiment la RGPD ?

Pour rappel le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données personnelles) est entré en vigueur le 25 mai 2018. L’objectif est de réguler les entreprises qui collectent, stockent et traitent des données à caractère personnel. Il s’agit de pouvoir faire face à l’internationalisation du marché digital sur le sol européen. En France c’est la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) qui vielle à ce que cette réglementation soit bien respectée.

Il est important de savoir qu’une donnée personnelle est l’ensemble des informations se rapportant à une personne physique identifiée ou identifiable. C’est-à-dire qu’elle peut être identifiée de façon directe (nom, prénom etc) ou indirecte (numéro de téléphone etc).

Le traitement de données personnelles peut être physique et numérique. Il doit y avoir un objectif, on ne peut pas collecter des données sans avoir un but en cohérence avec l’activité de l’entreprise en question.

C’est à ce moment-là que rentre en compte le RGPD. Cette réglementation s’assure que les informations ne sont pas collectées pour un objectif personnel ni pour un autre but que celui d’une entreprise. Chaque utilisateur doit être au courant lorsque l’entreprise collecte ces données. Elles doivent être disponibles pour tout utilisateur le souhaitant et une totale transparence doit être mise en place.

Une personne a donc demandé à Amazon de lui envoyer les fichiers que l’entreprise avait sur elle. Chose qui a été faite avec un dossier supplémentaire de 1700 fichiers audio concernant une tierce personne. On peut donc confirmer que l’entreprise possède bien des données sur nous.

Il est également possible de voir quelles données l’entreprise détient sur nous. Voici un site vous montrant comment faire pour demander la suppression des données vous concernant sur Google Home et Alexa via futura-sciences

Les entreprises et organismes doivent également s’assurer de garantir une sécurité maximale des données personnelles. Elles doivent tenir un registre de traitement des données dès lors que l’entreprise dépasse les 250 individus. Les entreprises doivent avoir une relation en continue avec la CNIL notamment via le DPO (délégué à la protection des données). Le DPO est là pour vérifier que la règlementation est bien respectée et en référer à la CNIL. Ainsi cette dernière peut s’assurer que les entreprises respectent bien la RGPD.

En cas de non-respect du règlement, les conséquences peuvent être multiples.

La première conséquence impactera l’image de l’entreprise, ce qui entraînera une baisse du nombre de ventes et de fait une baisse des profits et un recul des parts de marché. Si l’entreprise a plusieurs activités, il se peut qu’elles soient toutes impactées suite à une perte de confiance. Il sera très compliqué pour la compagnie en question de retrouver la confiance de ses « anciens » utilisateurs.

Les conséquences peuvent également être judiciaires :

  • En premier lieu, un avertissement est fait à l’entreprise avec un rappel du devoir de mise en conformité des données.
  • Dans un second temps une injonction de cesser la violation des données.
  • Dans un troisième temps la CNIL peut demander de limiter, voire de suspendre pour un certain temps le traitement des données.
  • Et enfin dans un quatrième temps des sanctions administratives s’appliquent si l’entreprise ne respecte toujours pas les règles.

Selon la gravité l’amende sera plus ou moins élevée. En effet, la plus petite sanction est une amende d’un montant de 2% du chiffre d’affaires mondial pour les entreprises ou 10 millions d’euros d’amende. L’amende la plus élevée est une amende qui correspond à 4 % du chiffre d’affaires mondial s’agissant des entreprises ou 20 millions d’euros d’amende.

Des sanctions pénales peuvent également être appliquées pouvant aller jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende (Article 226-16 du Code pénal). Cette sanction vise à compléter les sanctions administratives. Ces sanctions sont lourdes de sens puisqu’elles peuvent être catastrophiques pour les plus grosses compagnies.

On peut donc dire que notre vie privée est partiellement atteinte puisque des personnes peuvent nous écouter. Cependant avec la RGPD celle-ci est partiellement protégée. Partiellement seulement puisqu’il arrive comme on a pu le voir qu’il y ait des fuites possibles. Cependant on a toujours la possibilité de supprimer les fichiers nous concernant. Mais cela efface-t-il réellement toutes traces ?

Des alternatives françaises…

En France, nous disposons d’un moteur de recherche (Qwant) qui respecte parfaitement la vie privée des utilisateurs. Contrairement à Google et d’autres moteurs de recherche, sur Qwant il n’y a pas de cookie, d’historique de recherche, les serveurs sont en Europe, la navigation est sécurisée etc. La protection et le respect des données privées est un véritable enjeu pour bons nombres de personnes. Un marché d’envergure apparait puisque ce navigateur français espère atteindre 8% de part de marché Européen d’ici fin 2019. Il serait donc intéressant que Qwant développe un assistant vocal qui respecte parfaitement la vie privée de ses utilisateurs.

Une autre alternative est possible : une alliance franco-allemande, qui serait entrain de voir le jour. Cela pourrait créer un nouveau concurrent sur ce marché gouverné par les GAFAM. Il s’agit d’une alliance entre Orange et Deutsche Telekom. Depuis maintenant 2 ans, l’assistant connecté est actuellement en test auprès d’un millier de personnes en France. Leur objectif n’étant pas de lancer cet assistant vocal tout de suite mais d’attendre le moment opportun pour avoir beaucoup plus d’impact sur ce marché. Reste à savoir comment ces assistants vocaux vont évoluer dans le temps.

Lucas GOISLARD, Tous droits réservés.


Sources : 

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