L’épargne française : une épargne « sans risque » ?

Ces dernières années, l’appétit pour l’épargne n’a cessé de grandir au sein de la population française. Les Français peuvent épargner plus car le pouvoir d’achat est en hausse, notamment à la suite des mesures prises au moment de la « crise des gilets jaunes ». Toutefois cette hausse n’est, au grand regret de l’Etat, pas utilisée pour consommer davantage mais pour épargner plus.

La cause principale à cela est l’instabilité du climat mondial économique et financier. Les marchés boursiers sont volatiles, les prémices de règlementations et annonces de création de cryptomonnaies de toutes parts, rendent les prévisions d’évolution incertaines. En somme, l’instabilité financière mondiale se fait grandement ressentir.

C’est pourquoi les Français recherchent certes à épargner, mais à épargner en prenant le moins de risque possible. En effet, depuis l’année dernière, les placements des français sur des produits règlementés par l’Etat ont augmenté de plus de 2%.

Le total des placements sur le livret A atteint d’ailleurs des niveaux records et a engrangé pas moins de 7,5 milliards d’euros supplémentaires depuis le début de l’année 2019 ; preuve de l’intérêt des français pour l’épargne sans risque.

A la moitié de l’année 2019, c’est 14% des revenus disponibles des ménages qui sont directement épargnés. Statistique encore plus intéressante, nous observons d’après une étude (source : LesEchos) que 53% des détenteurs de livrets d’épargne y placent de l’argent au minimum une fois par mois. Nous sommes donc bel et bien dans un système d’épargne active.

La recherche de la liquidité

Rien que sur l’année 2018, les sommes déposées sur le livret A, produit d’épargne règlementé par l’état, ont augmenté de 2,5% pour dépasser les 750 milliards d’euros (Source : Banque de France). 

Cela révèle bien la forte volonté d’épargner, mais pas n’importe quelle épargne : une épargne liquide. (La notion de liquidité est définie, schématiquement, par la facilité et la rapidité à récupérer son placement).

En effet, les épargnants français, en plaçant leur argent sur des livrets règlementés, s’assurent non seulement un capital garanti mais également de pouvoir le récupérer et l’utiliser à n’importe quel moment.

C’est donc la combinaison « sans risque et liquide » qui est recherchée.

A l’inverse, un investissement immobilier n’est par exemple pas liquide. La somme investie ne peut pas être récupérée très facilement à n’importe quel moment, il faut, trouver les acquéreurs, signer l’acte notarié etc… autant de démarches et de temps qui rendent ce type de placement illiquide. Cette caractéristique n’en fait pas un mauvais placement, au contraire, il s’agit juste d’un facteur dont il faut avoir conscience au moment de l’investissement.

Vers une émancipation de l’épargne liquide pour plus de rentabilité ?

Les placements sur livrets offrent certes beaucoup de garanties mais génèrent très peu d’intérêts. C’est pourquoi nous observons une montée des placements sur les produits assurances-vie dont la collecte n’a jamais été aussi haute sur les six dernières années. Rien que depuis le début de l’année 2019, plus de 13 milliards d’euros ont été collectés. Ce produit d’épargne offre différents taux de rémunération selon un niveau de risque choisi. En effet, il est possible pour l’épargnant de choisir lors de son placement s’il veut que celui-ci génère d’importants revenus mais avec un fort niveau de risques (donc une probabilité de perte plus élevée) ou des intérêts plus modestes mais avec un niveau de risque raisonnable. C’est ainsi que ce produit d’épargne regroupe plus de 38% du patrimoine financier français et les collectes ne cessent d’augmenter, pour plus de renseignements nous vous invitons à lire : Assurance-Vie : Etat de santé

Toutefois, il faudra renoncer au niveau de liquidité des livrets. Pour bénéficier pleinement des bénéfices générés par son assurance-vie, il faut attendre au minimum plusieurs années pour être exonéré de la fiscalité sur ce produit (les prélèvements sociaux s’appliquent quant à eux, toujours. Ces placements proposent donc une liquidité moins forte mais des perspectives de gains plus intéressantes, ce qui pousse une partie des épargnants à opter pour ce placement. Si vous souhaitez approfondir vos connaissances sur la fiscalité des contrats d’assurances-vie visitez cette page de la Fédération Française des Assurances : FFA-Fiscalité assurances-vie

Nous observons le même phénomène sur des placements tels que le Plan Epargne Logement (ou PEL) pour lequel la rentabilité offerte est plus forte, mais il faut attendre 4 ans pour conserver son taux d’intérêt le plus haut.

L’épargne garantie et sécurisée est-elle à la merci de l’inflation ?

De nos jours, les livrets ou produits d’épargne garantis et sécurisés ne permettent même pas de compenser l’inflation annuelle moyenne (hausse moyenne des prix par an) qui oscille entre 1,8% et 2%. Cela vaut aussi pour des placements sur des assurances vie pour lesquels, l’épargnant souhaite maîtriser le risque. En effet, les fonds euro (fonds les plus stables sur lesquels peuvent être placés les sommes d’assurance-vie) permettent certes de garder le contrôle sur le niveau de risque, mais ne génèrent en moyenne que 1,7% d’intérêts.

Cela signifie que, sur ce type de placement, les sommes épargnées s’érodent. Prenons un exemple, si en année N, le kilo de bœuf est à 20 € et que je dispose de 100 € je peux acheter 5 kilos. Si l’inflation en N a été de 2%, alors en N+1 le kilo sera à 20,40 €. Or si j’épargne 100 € en N à 1%, en N+1 j’aurais 101 € en ne pourrait plus acheter que 4,95 kilos. Mon n’épargne n’aura augmenté que de 1% alors que le kilo de bœuf aura augmenté de 2% (soit du double), je pourrais donc acheter moins de bœuf en N+1 qu’en N même en plaçant mon argent.

Il est donc important de retenir que les placements non indexés sur l’inflation ou dont le taux de rémunération est inférieur à l’inflation, s’érodent avec le temps. Certes, la somme sur le compte est plus importante quelques années après mais la moyenne des prix aura augmenté aussi, et plus que son épargne. A l’inverse, pour reprendre l’exemple plus haut, un placement immobilier ne s’érode pas puisque l’inflation entraîne également une hausse de sa valeur. De plus, l’immobilier est un marché relativement stable et sûr, d’autant plus après la crise des subprimes à la suite de laquelle de nombreuses mesures de sécurités et de préventions ont été adoptées.

L’augmentation de l’épargne, bonne ou mauvaise nouvelle ?

L’économie tourne et se développe en grande partie grâce à la consommation des ménages. Lorsque nous allons faire nos courses, que nous achetons des vêtements, que nous louons un bien immobilier etc… nous participons au développement de l’économie domestique (nationale) mais aussi mondiale. En effet, cet argent rentre dans les entreprises, fait vivre les salariés qui consomment à leur tour pour en faire vivre d’autres, génère de l’argent pour l’Etat à travers les impôts (celui sur les sociétés, sur le revenu, …) et produit des recettes à l’entreprise qui peut ensuite réinvestir et se développer. La consommation crée alors un cercle vertueux. Pour cela, il ne faut pas que le niveau d’épargne soit supérieur au niveau de consommation

Les deux étant liés, un niveau d’épargne trop fort réduit la capacité de consommation, ce qui contribue au ralentissement de la croissance économique et, de fait, au développement du pays.

L’augmentation en continue du niveau d’épargne n’est donc pas une bonne nouvelle pour l’Etat. Nous pouvons d’ailleurs observer des politiques adoptées pour pousser les ménages à la consommation. Ces dernières sont par exemple la réduction des taux d’intérêts générés par les placements d’épargne sécurisés ou encore la baisse des taux d’endettements. Cela peut ainsi pousser les ménages à moins épargner (puisque les placements sécurisés ne rapportent plus rien) et à s’endetter davantage (puisque les taux d’endettements sont historiquement bas) pour acheter une nouvelle voiture, sa maison etc…

Epargne et consommation : quelles limites ?

Toutefois ces deux modèles – celui de l’épargne à outrance ou celui de la consommation à outrance – ont leurs limites :

  • Trop d’épargne ralentit la croissance de l’économie et contribue à des risques de crises.
  • Trop de consommation au détriment de l’épargne favorise la croissance mais de manière instable car les ménages seront d’autant plus exposés et ne pourront pas faire face aux aléas économiques. Cela augmente aussi le risque de crises. (Rappelons que la crise des subprimes, en 2008, a eu lieu à la suite d’un nombre trop important de défaut de paiement sur les crédits immobiliers. Les ménages étant endettés à outrance, ils ne pouvaient plus faire face à leurs échéances)

Pour limiter le phénomène de l’épargne à outrance, une politique de taux d’intérêts bas sur les livrets d’épargne a été initié. Dans le même temps, une autre politique, qui va de paire avec la précédente a été employée : celle des taux d’emprunt faible. Malgré ces mesures pour soutenir la consommation, le résultat n’est pas au rendez-vous. Certes, nous observons les prémices d’une réduction de l’épargne, mais pas en faveur de la consommation : en faveur d’un « abandon » de l’épargne. En effet, une part importante de l’argent des citoyens est laissée à son propre sort sur des comptes courants, non rémunérateur en intérêts (sauf 3% des banques, en 2018, qui proposaient des offres de comptes courants rémunérés). Certains délaissent donc leur ambition d’épargnant, se préoccupent moins de leur épargne, la jugeant trop peu rémunératrice. Il est vrai, aujourd’hui, une part importante du patrimoine financier français peut être qualifiée de « dormant ». En effet, début 2019, nous pouvions observer près de 10% du patrimoine financier non placé (soit près de 15 milliards d’euros), c’est-à-dire laissé sur des comptes courants etc…

 

Pour conclure nous pouvons dire que l’épargne française est une épargne globalement sûre et liquide. La tendance à l’épargne, trop prononcée est un des grands défis de l’état qui met en place des politiques pour soutenir et dynamiser la consommation, nécessaire au développement économique du pays. Néanmoins, il est important de conserver un niveau équilibré entre l’épargne et la consommation pour ne pas revivre une situation semblable à celle de 2008.

Julien HOUSSEMAND. Tous droits réservés.


Sources :

Poster un Commentaire

avatar
  S’abonner  
Notifier de