Flambée de la valorisation des entreprises !

En fin de semaine, EDF a annoncé l’acquisition du britannique Pod Point, une entreprise spécialisée dans la charge pour véhicule électrique. Bien que les données financières relatives à cette acquisition n’aient pas été dévoilées, nous pouvons nous interroger sur les niveaux de valorisation actuels qui régissent la cession d’une entreprise. En observant le marché des fusions / acquisitions dans son ensemble, nous remarquons des niveaux de valorisation relativement élevés comparés à ceux de quelques années...
Julien Houssemand Julien Houssemand16 février 20207 min

En fin de semaine, EDF a annoncé l’acquisition du britannique Pod Point, une entreprise spécialisée dans la charge pour véhicule électrique. Bien que les données financières relatives à cette acquisition n’aient pas été dévoilées, nous pouvons nous interroger sur les niveaux de valorisation actuels qui régissent la cession d’une entreprise. En observant le marché des fusions / acquisitions dans son ensemble, nous remarquons des niveaux de valorisation relativement élevés comparés à ceux de quelques années auparavant. En effet, à la fin de l’année 2019, une PME de la zone euro se valorisait en moyenne entre 10 et 11 fois son EBITDA contre 8,5 fois début 2017. Quels sont alors les différents facteurs qui peuvent expliquer cette hausse ?

 

Bref rappel théorique

 

Avant de commencer, exposons dans les grandes lignes ce qu’est un EBITDA. Il s’agit d’un agrégat financier déterminé en normes comptables internationales. Il consiste à déduire de l’ensemble des produits, hors produits financiers et exceptionnels, toutes les charges et dotations d’exploitation. Il est parfois comparé à un EBE en norme française mais reste très différent et n’a pas d’équivalent. Il ne faut donc surtout pas confondre avec un EBE, Excédent Brut d’Exploitation, ou un Rex, Résultat d’exploitation.

 

Durant un projet de cession, la valorisation d’une entreprise est une étape incontournable pour obtenir une estimation de sa valeur financière. Cette estimation sert de base de discussion pour les phases de négociations. Pour l’obtenir, plusieurs méthodes existent et peuvent être utilisées soit indépendamment et spécifiquement en fonction du type d’entreprise, de sa taille, de son secteur etc. soit de manière combinée, ce qui est généralement le cas, pour obtenir une fourchette de prix (le vendeur réclamera le haut de la fourchette et l’acquéreur le bas d’où l’importance des négociations qui suivront). Ces méthodes sont diverses et peuvent consister en l’actualisation des flux de trésorerie disponible générés par l’entreprise (De manière très simplifiée, cette méthode consiste à déterminer la valeur actuelle de la somme de tous les flux de trésorerie disponible que dégagera l’entreprise dans le futur). Il est aussi possible de réévaluer l’actif net d’une société, ou encore d’observer des entreprises comparables cotées ou encore des transactions qui ont déjà été faites dans ce secteur pour avoir une idée du niveau de valorisation qu’il faudra ensuite réajuster à l’entreprise. (Pour exemple très simplifié, si une entreprise qui fait un chiffre d’affaires de 100 000 € est rachetée 200 000 €, son niveau de valorisation ou multiple est de 2 fois le chiffre d’affaires). Ces descriptions sont volontairement très simplifiées et ils en existent d’autres mais dans cet article nous nous focaliserons sur les niveaux de multiples observés.

 

L’impact des taux bas

 

La baisse des taux d’intérêts a eu un double effet sur les entreprises et le monde des fusions & acquisitions. Tout d’abord il est devenu encore plus intéressant pour les entreprises de s’endetter et de pouvoir bénéficier de l’effet de levier. Ensuite, il n’est plus intéressant voir contraignant parfois, de placer son argent en banque ou sur certains fonds garantis investissant principalement en obligations. En effet les taux très bas ne rapportent presque plus rien aux entreprises, voire leur coûte même lorsqu’il s’agit de taux négatifs. De fait, si une entreprise laisse son argent en quasi-sommeil sur des comptes qui ne rapportent presque rien, elle dégrade sa rentabilité financière puisqu’une partie de sa trésorerie pourrait être investie dans des projets rentables plutôt que « dormir » sur des comptes à très faibles intérêts.

Ce phénomène, couplé à de bons résultats pour beaucoup d’entreprises et à d’importante sommes récoltées par les fonds d’investissements, poussent ces acteurs à rechercher des projets d’investissements. Dans ce contexte, les entreprises ont un intérêt fort à acquérir ou investir dans le capital d’autres entreprises avec lesquelles ils identifient des synergies. Ces entreprises peuvent être du même secteur, pour se développer ou d’un autre secteur, pour se diversifier. Les synergies peuvent être de coûts (réduction de charges administratives, de siège social, …) ou de revenus (partage des clients par ventes croisées…) et permettre de développer l’activité et générer encore plus de bénéfices. Ce choix est ainsi devenu une évidence pour les industriels en période de taux bas.

 

Le facteur « rareté »

 

Un second facteur influe fortement sur les niveaux de multiples accordés lors de la valorisation d’une entreprise : l’effet rareté.

Un premier niveau de réflexion pourrait être le suivant. Sur le secteur « mid cap », c’est-à-dire des sociétés d’une taille comprise entre 150 millions et 1 milliards d’euros de capitalisation boursière (ou de valeur des capitaux propres sur du non cotée), les cessions de filiales des groupes représentaient 30% des opérations sur la 2e moitié de l’année 2019 contre plus de 50% depuis 2014. Cela peut s’expliquer par le fait que pour un groupe qui possède un bon nombre de filiales, en céder quelques-unes peut représenter un moins bon calcul que de les conserver (sauf exception ou groupe qui souhaite se recentrer ou se diversifier), quitte à les réorganiser, pour bénéficier de la trésorerie qu’elles génèreront et des parts de marchés et de la présence qu’elles assurent au groupe.

Un second niveau de réflexion consiste à prendre en compte le durcissement de la législation dans de nombreux secteurs tels que l’assurance, la gestion de patrimoine ou l’automobile par exemple. Ce facteur pousse les entreprises les plus importantes, stables ou en croissance à consolider leur activité et les plus petites à se rapprocher d’acteurs mieux implantés et organisés pour réussir à mettre en place ces nouvelles règlementations. Cela, ajouté aux taux bas et aux trésoreries plutôt croissantes des entreprises, démultiplie le nombre d’acteurs sur le marché ce qui contribue à la hausse des niveaux de valorisations.

Voici un graphique qui présente l’évolution du niveau des multiples de valorisation d’entreprises sur les 15 dernières années

Ainsi, nous observons une croissance globale des multiples de valorisation depuis plusieurs années et cela devrait continuer à s’intensifier avec les facteurs que nous avons mis en évidence.

 

Concluons sur les fonds d’investissement

 

Nous avons brièvement mis en lumière le fait que les fonds d’investissements sont eux aussi impactés par la baisse des taux d’intérêts. Connaissez-vous les problématiques que posent ces taux bas sur la politique des fonds d’investissements ?

N’hésitez pas à nous faire part de vos suggestions en commentaire pour que nous puissions échanger à ce sujet.

Julien HOUSSEMAND

Sources : Reuters, Argos

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