fandas.fr/financeetclimatL’appréhension du risque climatique est aujourd’hui plus qu’essentielle. En effet, les entreprises et les Etats dans l’exploitation, les agences de notation dans leurs analyses et les institutions financières dans leurs activités de prêt ou de gestion d’actifs y sont confrontés quotidiennement. Toutefois, ces dernières prennent pourtant ce risque encore mal en compte au quotidien. Elles manquent notamment de data leur permettant d’évaluer l’impact physique du changement climatique sur les activités de leurs contreparties.

Commençons par un exemple marquant pour contextualiser le cadre de cet article.

En janvier 2019, l’énergéticien californien PG&E (Pacific Gaz & Electricity) a préféré se déclarer en faillite afin de se protéger des centaines de plaignants, particuliers et assureurs qui lui réclamaient près de 30 milliards de dollars de dédommagements. En effet, l’entreprise est tenue responsable des incendies qui ont ravagé en novembre 2018 une forêt californienne devenue extrêmement sèche en raison du changement climatique, et par conséquent très vulnérable aux étincelles provoquées par des câbles électriques mal entretenus détenues par PG&E.

Finance et climat, un lien évident :

Structurellement, le secteur financier (investisseurs institutionnels, banques, compagnies d’assurances, etc…) est particulièrement exposé aux risques dans la mesure où sa fonction est, par définition, d’alimenter l’économie en capitaux, moyennant un retour sur investissement.

Si ces risques se matérialisent, le business model et les revenus de nombreuses entreprises seront impactés. Cela, notamment dans les secteurs « carbone » de la production d’énergie, des transports, du BTP et de l’industrie lourde. Logiquement, les investisseurs verront ainsi, la valeur de leurs placements être impactée.

Etat des lieux :

Le projet de recherche européen ClimINVEST, qui réunit notamment les français Météo-France et Carbone 4, et de nombreux experts européens, a étudié la façon dont 80 institutions financières européennes prenaient en compte le risque associé au changement climatique.

Conclusion : Celui-ci dépend de l’impact matériel du changement climatique sur les actifs mais aussi l’activité de leurs contreparties, qu’il s’agisse d’États, de projets ou d’entreprises ; et, plus délicat encore à évaluer, du poids de ces impacts dans leur propre activité de gestionnaire d’actifs ou de prêteur.

Plus en détail :

1.    Les assureurs de catastrophes naturelles « plus avancés » que les autres parties prenantes …

ClimINVEST observe une prise de conscience qui progresse depuis quelques années, et particulièrement depuis la COP21. Et, fait marquant : ce sont les assureurs, singulièrement ceux qui assurent les catastrophes naturelles, qui sont les plus avancés sur le sujet.

Néanmoins, il ressort que si plus de la moitié des 80 institutions financières étudiées mentionnent cet enjeu dans leur communication, moins d’un quart mènent une réelle analyse de leur exposition aux risques climatiques physiques. Et lorsqu’elles le font, c’est le plus souvent en recourant à des prestataires externes et avec une approche plus qualitative que quantitative.

2.    La menace chronique moins bien analysée que les risques ponctuels en matière d’exploitation …

Aujourd’hui, trois sous parties de risques sont identifiables quand on définit le risque climat dans son ensemble :

  • Les risques physiques ponctuels climatiques comme les catastrophes naturelles et autres évènements extrêmes.
  • Les risques physiques chroniques qui influenceraient durablement le quotidien des parties prenantes. Une question percutante : Que se passerait-il pour un producteur de mangues antillaises si elles étaient désormais cultivables en France métropolitaine à cause du/grâce au réchauffement climatique ?
  • Les risques de transition auxquels s’exposerait une entreprise qui ne tiendrait pas compte du changement climatique sur le long terme en faisant évoluer son activité, dans un secteur où ses concurrents le feraient, est mieux pris en compte. On parle notamment de l’effet Kodak, qui n’a pas su prendre à temps le virage numérique.

Il apparaît que le risque climatique est mieux pris en compte lorsqu’il s’agit d’événements extrêmes et ponctuels, plutôt que de menaces chroniques. Il ressort aussi, que le sujet des risques de transition reste trop souvent écarté de l’équation.

3.    Quelles stratégies/Quels outils déjà mis en place ?

Les outils mis en place (récemment) pour inciter les investisseurs à communiquer sur la façon dont ils intègrent les risques climatiques dans leur stratégie d’investissement tendent à se concentrer sur l’empreinte carbone des portefeuilles.

Néanmoins, si les institutions financières sont aujourd’hui si peu nombreuses à mettre en place des stratégies de gestion de ce risque climatique, c’est qu’elles font face à plusieurs défis :

  • La nécessité de convaincre les différentes parties prenantes, notamment en interne.
  • La compréhension des modèles utilisés par leurs prestataires.
  • Le décalage temporel ou dit « des horizons de temps » entre des phénomènes à l’œuvre sur des dizaines, voire des centaines d’années, et des échéances à quelques années, voire quelques mois.

4.    Pas de data, pas d’évaluation et d’appréciation possible …

Constat simple : Les entreprises, les Etats et les institutions financières ne disposent pas à l’heure actuelle des données nécessaires.

En effet, si celles concernant l’évolution du climat sont, bien évidemment, les mieux renseignées, elles peuvent manquer de finesse géographique (appelée granularité).

Par ailleurs, celles qui concernent la sensibilité de l’entreprise au risque climatique, ou encore celles concernant sa supply-chain, restent le plus souvent sectorielles et ne prennent absolument pas en compte la spécificité de l’entreprise et en particulier sa capacité à s’adapter.

Pensées et préconisations :

Depuis les années 2000, de nouvelles normes, non-financières, ont émergé. On peut observer alors des notations « extra-financière », basée par définition sur des critères non-financiers « Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance » (ESG), qui inclut le critère « climat » où chacun des critères compensent l’autre.

  • Ne devrait-on pas isoler chaque critère, à l’heure où le gouvernement britannique vient tout juste de déclarer « l’état d’urgence climatique » ?

Il est évident, au constat de l’ampleur des moyens financiers à mobiliser pour réaliser la transition énergétique, que les Etats ne pourront pas être les seuls pourvoyeurs de fonds. Le système financier sera le passage obligé de ce financement.

  • Il est donc primordial de l’encadrer dès à présent afin d’orienter le plus efficacement possible les investissements sur des projets en phase avec les impératifs climatiques.
  • L’analyse du risque climatique requiert le développement d’une expertise, la mobilisation de ressources humaines et d’investissements qui paraissent aujourd’hui, de facto, insuffisants.

Toutes les régions et tous les changements climatiques ne peuvent être pris en compte et évalués de la même manière selon les secteurs d’activités.

  • Changer de méthodologie dans l’approche du risque climat, utiliser des techniques non statiques et non binaires permettraient l’intégration effective du risque climat par les marchés.
  • Favoriser de manière claire et limpide, les financements et les investissements à faible impact « carbone ».
  • Aujourd’hui, une communication claire et précise par les entreprises de la façon dont elles sont exposées à ces risques sera le levier pour que les institutions financières évaluent, à leur tour, l’impact sur leurs propres activités.

 

Clément MARTINEZ. Tous droits réservés.


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