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Aujourd’hui 29 octobre 2018, EDF signe au Togo un accord avec le britannique BBOXX pour le déploiement de kits solaires « off-grid » (hors réseaux) et de services associés. Cette signature et son implication plus générale en Afrique (déjà présente en Côte d’Ivoire depuis 2016 aux côtés de la startup californienne OGE) sur les énergies renouvelables marque la nouvelle stratégie du groupe sur ce marché émergent.

Quelle situation actuelle ?

Une expansion progressive à toute l’Afrique sur le marché de l’électricité hors réseaux.

BBoxx est un énergéticien britannique intégré verticalement (l’intégration verticale désigne le développement des activités de l’entreprise vers des activités adjacentes dans la chaîne de valeur ie une internalisation de tâches dans le système), qui a déjà installé 150000 systèmes solaires « off-grid » dans le monde, notamment en Chine, au Royaume-Uni, au Congo, au Kenya, au Rwanda et au Togo, où il a remporté en décembre dernier un appel d’offres lancé par le gouvernement. Le partenariat avec EDF doit lui permettre d’accélérer le déploiement de ses solutions, qui comptent déjà plus de 26000 clients dans le pays. Dans le cadre du programme gouvernemental Cizo qui encourage l’électrification via les kits « off-grid » et ambitionne d’équiper deux millions de Togolais d’ici à 2030, EDF et son partenaire à 50% BBOXX Togo visent ensemble une part de marché de 35% en 2024.

Notons, en outre, que ce partenariat n’est pas une première pour EDF. En effet, le groupe est déjà actif avec la startup californienne OGE depuis fin 2016 en Côte d’Ivoire, où leur co-entreprise Zeci, leader sur le marché du « off-grid » avec 22000 kits vendus, vise 20% de part de marché en 2020, ainsi qu’au Ghana depuis janvier 2018.

Quelles stratégies pour EDF ?

Des énergies renouvelables « off grid » développées via des partenariats.

Le groupe français a déjà plusieurs activités sur le continent Africain :

  • Des activités dans le nucléaire avec l’opérateur national Eskom en Afrique du Sud,
  • Un projet de cycles combinés gaz en Côte d’Ivoire
  • Des projets hydro-électriques et des fermes solaires ou éoliennes de grande taille, notamment en Afrique du Sud, au Maroc ou en Égypte.
  • Dans les pompes solaires pour petits agriculteurs aux côtés de la startup kényane SunCulture,
  • Dans la formation et éducation de femmes à l’installation et la maintenance de systèmes solaires « off-grid » au côté de l’organisation panafricaine d’origine togolaise Energy Generation.

Par ailleurs, Ces marchés du « off-grid » représentent la forme la plus extrême de l’énergie décentralisée qui est donc très différente du modèle historique de l’opérateur français. Pour autant, ces activités des énergies renouvelables hors réseaux sont rentables mais nécessite un long travail de consolidation.

En effet, EDF n’investit jamais seuls un nouveau marché « off-grid », mais toujours en partenariat avec un acteur qui a déjà développé un écosystème. EDF vise en priorité des pays ou des « clusters de pays » dans lesquels le groupe est déjà présent. Et d’autre part, face à la disparité des contextes EDF s’adapte et applique la stratégie du cas par cas. En effet, chaque marché est différent, de manière évidente sur le plan économique, mais aussi parce que les cultures des ethnies sont dominantes (certaines pratiques comme par exemple le crédit sont plus ou moins bien acceptées).

Quant au marketing stratégique, face à la qualité médiocre de certains kits vendus sur les marchés sans aucun service associé, EDF se doit de restaurer l’image de l’électrification solaire. Les gouvernements sont d’ailleurs de plus en plus vigilants et souhaitent réguler le marché avec des labels de qualité c’est pour cela que le groupe Français s’engage sur la durée de vie, le recyclage, la qualité de tous les produits.

De plus, EDF pourrait annoncer prochainement de nouveaux partenariats et le lancement d’offres complémentaires aussi bien pour des usages domestiques, destinés aux artisans ou aux petits agriculteurs, dans la construction de kiosques solaires agricoles.

Pourquoi ces stratégies ?

Un engagement pour le développement de l’Afrique autour des énergies renouvelables mais pas seulement.

En 2012, les Nations unies inaugurent le dispositif Énergie durable pour tous, qui vise à fournir, d’ici à 2030, un accès universel aux sources modernes de courant, avec une priorité naturellement donnée à l’Afrique. En parallèle, EDF mise beaucoup sur le continent pour atteindre l’objectif de triplement de ses activités hors Europe dans le cadre de son plan Cap 2030.

Le marché des kits solaires associés à des solutions hors réseaux, plus récent, est très disputé. Mais EDF entend bien se faire une place sur ce marché de plus de 600 millions de personnes, qui connaît une croissance annuelle de 35%. En effet, près de 650 millions d’habitants n’ont toujours pas accès à l’électricité.

Le marché de l’énergie se développe sur tout le continent Africain, suscitant la convoitise des géants mondiaux de l’électricité, mais aussi de certaines entreprises Africaines. Une seule certitude la sous-alimentation de l’Afrique en électricité entrave son développement.

Passée relativement inaperçue lors de la COP21, qui s’est tenue fin 2015, l’Initiative Africaine pour les énergies renouvelables (IAER) rassemble les cinquante-quatre pays du continent. L’objectif affiché par cette coalition, pilotée par l’Union africaine, est de multiplier par près de dix la production actuelle d’énergie renouvelable et d’augmenter, sans recourir aux énergies fossiles, le taux d’électrification du continent. Le Japon, l’Union européenne et huit pays occidentaux (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède) ont promis de consacrer 9,4 milliards d’euros d’ici à 2020 au financement de l’Initiative, dont 3 milliards d’euros annoncés par Paris. En dépit de la provenance des fonds, le cadre fondateur de l’IAER précise que les pays du continent doivent pouvoir choisir les projets financés et en maîtriser la mise en œuvre (néanmoins, les entreprises africaines doivent être sollicitées en priorité).

Deux activités sont très profitables : la production du courant (les usines génératrices) et sa commercialisation. À l’inverse, le transport d’électricité nécessite des investissements coûteux et beaucoup de maintenance. Pourtant, la non-régulation du secteur électrique en Afrique n’attire pas toujours les investisseurs, rebutés par le mauvais état du réseau, le manque de stabilité politique et juridique et les incertitudes quant au recouvrement des créances. L’un des moyens d’y parvenir est notamment le développement des énergies renouvelables. D’autre part, la délocalisation des filières de production de panneaux solaires et d’éoliennes dans les pays où la main-d’œuvre est bon marché favorise leurs coûts d’installation qui deviennent de plus en plus faibles. Ainsi, un grand nombre d’entreprises françaises du CAC 40 se penchent sur ce marché.

En plus de ces dispositifs, des taux d’intérêt très bas et les multiples fonds de développement et de garantie mis en place par les États facilitent les investissements privés pour électrifier l’Afrique. Deux modèles économiques, correspondant à deux choix techniques, sont privilégiés :

Le premier consiste à développer de petits réseaux locaux non connectés au réseau national. Peu coûteux, ils permettent un retour sur investissement rapide.

Le second recherche les économies d’échelle en créant d’énormes centrales. Concentrer la production sur de grosses usines pour baisser les coûts unitaires, cependant la qualité des réseaux Etatiques et inter-Etats freinent ces lourds investissements.
 

Clément Martinez. Tous droits réservés.


Sources :

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