Du champ à l’assiette : la Blockchain comme solution

Le but assumé de cet article est de montrer que l’avenir réunira développement durable, alimentation responsable et technologie. Plus précisément, comment la blockchain va permettre de garantir une traçabilité des produits agricoles du champ, à votre assiette. Cet article démontre comment différents écosystèmes (alimentaire/finance) peuvent s’associer à l’aide de la technologie. Nous prendrons un exemple inspiré de mon histoire personnelle et quelque peu adapté pour le bien de la structure de l’article. Cet exemple est...
Avatar Clément Martinez5 avril 202010 min

Le but assumé de cet article est de montrer que l’avenir réunira développement durable, alimentation responsable et technologie. Plus précisément, comment la blockchain va permettre de garantir une traçabilité des produits agricoles du champ, à votre assiette. Cet article démontre comment différents écosystèmes (alimentaire/finance) peuvent s’associer à l’aide de la technologie. Nous prendrons un exemple inspiré de mon histoire personnelle et quelque peu adapté pour le bien de la structure de l’article.

Cet exemple est celui de mon oncle Henri Olive (dit Ritou pour les intimes), agriculteur et maraîcher provençal (et tant d’autres choses à mes yeux). Son exploitation appartient à la famille Olive depuis des générations. Dans les années 1980, il a choisi de se passer de produits chimiques et de cultiver BIO. L’exploitation faisait alors partie des premières exploitations à recevoir la certification Agriculture Biologique (AB) et de fait, se plaçait sur un segment haut de gamme. Par ailleurs, il avait décidé, quelques années en arrière, d’étendre l’exploitation et de racheter le terrain de la ferme voisine labellisé Nature & Progrès (N&P), un label moins exigeant.

Côté affaire : la famille Olive vend la majeure partie de ses fruits et légumes à un détaillant qui traite avec de nombreux restaurants de la région. Une autre partie de la récolte est expédiée vers les marchés typiques du sud de la France. Henri Olive, n’oubliant pas ses racines espagnoles, commerce également avec un détaillant ibérique qui approvisionne directement la famille royale. Par conséquent, il est essentiel que les fruits et légumes se satisfassent à certaines exigences, notamment la provenance, le label BIO, le temps entre cueillette et livraison, ou encore l’impact environnemental de leur transport et le bien-être animal.

Cependant, Henri Olive veut aujourd’hui se moderniser. Il sait que son exploitation ne peut être rentable durablement, que ce soit pour lui ou pour ses enfants (Elisabeth et Mélanie Olive), uniquement si l’exploitation reste estampillée « haut de gamme ». 

Or, les grands acteurs du secteur agroalimentaire, notamment les supermarchés français (comme Auchan ou Carrefour), ont dernièrement réussi à utiliser la technologie blockchain pour suivre les denrées, de la ferme aux rayons du supermarché.

C’est décidé, Henri veut faire de même !

 

Mais comment cela fonctionne-t-il réellement ?

 

Premièrement, chaque participant de la chaîne d’approvisionnement, y compris le producteur de semences, consigne les détails de sa contribution par rapport au processus global. Ces informations sont inscrites dans un registre blockchain privé. À l’heure actuelle, il existe plusieurs blockchains dédiées aux aliments, telles que la TE-FOOD FoodChain, IBM FoodTrust ou Provenance.

Ces systèmes comportent généralement un outil de gestion des stocks qui permet aux autorités locales de vérifier les certificats émis par les exploitations agricoles. Les fermes et entreprises logistiques fournissent des données sur la traçabilité des produits au travers d’applications B2B, consultables par les consommateurs pour obtenir des informations supplémentaires. Ces applications mobiles sont déjà très prisées par les jeunes consommateurs qui se préoccupent beaucoup de l’impact environnemental des aliments qu’ils consomment, ainsi que par les consommateurs de pays comme la Chine où les codes QR sont très communément utilisés.

Ces informations sont très granulaires. Par exemple, une fois que la famille Olive choisira ce système, chaque cageot produit portera une étiquette unique contenant des informations spécifiques sur les multiples fruits et légumes en question. Dès lors, les consommateurs et principalement la famille royale espagnole pourront savoir si le contenu du cageot ainsi marqué a été cultivé sur les terrains AB ou seulement N&P. Plus concrètement, le roi d’Espagne saura précisément quand ses fruits et légumes ont été récoltées, comment ils ont été transportées et donc combien de temps ils sont susceptibles de rester frais. 

 

Quel intérêt à cela ?

 

Dans le cas d’une alerte alimentaire (peu probable connaissant la minutie de la famille Olive), il sera alors possible de retracer instantanément la provenance de la cargaison concernée et, avec une grande précision, de retirer les fruits et légumes contaminés ou imparfaits.

Dans notre exemple, la technologie blockchain est le trait d’union entre des écosystèmes existants : les exploitants agricoles comme Henri Olive, les autorités de certification (AB et N&P), les fournisseurs de solutions logistiques (le transporteur), les détaillants et les consommateurs. Tous ces acteurs sont désormais partenaires sur une plateforme unique. Chacun d’entre eux profite de cette transparence sans précédent. Les exploitants agricoles bénéficient d’informations détaillées sur leurs produits, leurs transports et les personnes qui les consomment ; les autorités de certification possèdent des données supplémentaires pour déterminer si leurs normes sont respectées ; et les consommateurs sont en mesure de prendre des décisions en étant mieux informés. 

C’est notre société qui en ressort grandit, car les trois dimensions du développement durable sont affectées : la dimension environnementale (une exploitation biologique crédible et un transport durable), la dimension sociale (baisse des déchets alimentaires) et la dimension économique (optimisation du travail des exploitants, des fournisseurs de solutions logistiques et des détaillants).

Mais Henri, tout humaniste qu’il est, reste un chef d’entreprise, et l’aspect financier le préoccupe.

 

Quel gain y a-t-il pour son exploitation ? Quid du financement durable ? 

 

L’enregistrement dans un registre blockchain du chemin parcouru par les cageots du champ en Provence à l’assiette du roi d’Espagne, contient de précieuses informations susceptibles de renseigner les décisions des investisseurs durables. 

En effet, la capacité à présenter toutes ces données générées par une seule source permet de démontrer leurs propriétés durables. L’exploitation Olive en sera certainement bénéficiaire lorsqu’ils chercheront à convaincre des investisseurs de soutenir leurs possibles projets d’expansion. 

D’autre part, ces informations peuvent aussi se révéler précieuses pour les autres acteurs de la chaîne, tels que les transporteurs, lorsqu’ils devront rendre compte de la durabilité de leurs opérations ou bien via les « smart contacts » qui permettent d’éviter et limiter la paperasse débordante.

 

Bientôt des tokens « OliveCoin »? 

 

Jusqu’ici, les acteurs du secteur agroalimentaire se sont montrés réticents à adopter les tokens (à l’image des crypto-monnaies associées aux blockchains) en raison du besoin de factures imprimées à différentes étapes de la chaîne d’approvisionnement. Mais les blockchains alimentaires ne tarderont certainement pas à offrir aussi la possibilité d’un paiement direct par jeton. Henri aime beaucoup cette idée, lui le numismate de la famille, et s’imagine déjà avec son profil sur une pièce de monnaie, n’ayant peut être pas totalement compris le concept de monnaie digitale.

 

Qu’en est-il des impôts, de la TVA et des frais d’importation ? 

 

Un traçabilité à toute épreuve. Dès lors, toutes ces différentes charges pourraient être calculées, prélevées et réglées automatiquement et individuellement en fonction de chaque livraison, sur la base de la technologie blockchain et des tokens associés. Un système automatisé, numérisé et sans papier de ce type aurait évidemment un impact majeur sur le calcul et le transfert des paiements ainsi que sur le travail des autorités fiscales et douanières. Un tel niveau de transparence sera tout simplement révolutionnaire et Henri y voit un avantage et non des moindres : moins de travail pour lui.

 

Et du côté des assurances ?

 

Dans le sud, souvent assujetti à la grêle, l’exploitation de la famille Olive utilise son assurance indicielle (basée sur des indices météorologiques).

Imaginons ainsi un « smart contract » conclu dans une blockchain entre Henri et son assureur stipulant qu’une indemnisation aura lieu en fonction des chutes de grêle relevées par des capteurs placés aux quatre coins de son exploitation. Cela permettrait un paiement immédiat, sans l’intervention d’un expert. Henri est ravi.

 

Henri, prudent par nature, s’interroge sur les risques associés à cette nouvelle technologie ?

 

Avec toutes ces informations disponibles dans le registre blockchain (même s’il n’est pas accessible au grand public), toutes les parties prenantes peuvent craindre que des informations cruciales sur leurs activités tombent entre les mains de leurs concurrents. Effectivement, l’importance de la cybersécurité émergent de plus en plus. 

Si l’un des acteurs (à commencer par Henri) a des doutes sur la sécurité de la plateforme et l’accès aux informations qu’elle contient, la confiance dans l’écosystème global vacillera. Dès lors, tous doivent s’allier et investir dans la cyberdéfense pour ainsi pouvoir faire confiance à l’intégrité du système.

 

Quel bilan ?

 

De plus en plus de biens de consommation alimentaire sont produits, transformés et distribués par un nombre de plus en plus important d’acteurs, répartis aux quatre coins de la planète. Cette complexité du système alimentaire mondial opacifie et fragilise les chaînes d’approvisionnement.

Au-delà du simple bitcoin, la blockchain offre de nombreuses opportunités. Sécurisée, transparente et immuable, elle apparaît comme un outil prometteur de modernisation des chaînes d’approvisionnement agroalimentaires.

Nous assistons donc à l’émergence d’un standard international. Mieux vaut être à l’heure (comme Henri) pour se transformer et s’adapter avec agilité à l’émergence d’un nouveau système.

De son côté, la famille Olive transforme doucement son exploitation en « smart farm ». En effet, l’insertion dans ce milieu d’objets connectés, de la blockchain et des smart contracts entraînent une petite révolution. 

Un écosystème cohérent se crée sous nos yeux, du champ à l’assiette. Ayons confiance en l’Homme, en son agilité, en son intelligence, en sa capacité d’innover, qui lui permettront de relever les différents défis sociaux, environnementaux et technologiques de notre siècle.

Clément MARTINEZ

Sources : PWC, Hellofuture, Linfodurable

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