Deutsche Bank : Fusion ? ou simple rumeur ?

Clément Martinez30 septembre 20188 min

Aujourd’hui 30 septembre 2018, plusieurs informations circulent issues de sources différentes au sujet d’une fusion de Deutsche Bank (Allemagne) avec Commerzbank (Allemagne) ou UBS (Suisse).  Il en résulte deux scénarios probables que nous allons tenter de décrypter et analyser.

Selon le magazine allemand « Der Spiegel », Deutsche Bank et Commerzbank sont de plus en plus ouverts à l’idée d’une fusion mais dans des momentums différents. En effet, les présidents des directoires respectifs déclarent que :(Ndlr de la fusion) « [Deutsche Bank] la ferait plutôt aujourd’hui que demain » alors que son homologue dit en interne qu’aucune fusion n’est envisagée dans les 18 mois et qu’il se concentrait aujourd’hui sur l’amélioration de leurs résultats financiers et de « digérer l’intégration de Postbank (Allemagne) ».

Par ailleurs pour que le postulat de départ soit complet, il est nécessaire de préciser que l’Etat Allemand qui détient 15,5% de Commerzbank se déclare prêt à envisager une fusion. D’autre part, le directeur financier du numéro un Allemand qualifiait de « fictions », les rumeurs de fusion avec UBS, leader bancaire helvétique.

 

Pourquoi ce flou ?

 

Un environnement peu propice et une fusion complexe à mettre en œuvre.

Tout d’abord, les parties prenantes sont fragilisées :

  • Deutsche Bank a enchainé trois années de perte opérationnelle et devrait selon toute vraisemblance quitter l’indice Euro Stoxx 50 (À la fin de chaque mois d’août, STOXX Limited, classe les 600 plus grandes capitalisations boursières de la zone Euro. Un certain nombre de ces sociétés voient leur classement baisser par rapport à celui de l’année précédente, d’autres sociétés, plus performantes, prenant la position qu’elles occupaient). De plus, sa capitalisation boursière a diminué de près de 40% en un an, jusqu’à atteindre 19 Mds d’euros. Par ailleurs, en avril dernier, La direction avait annoncé une restructuration stratégique accompagnée de plusieurs milliers de suppressions de poste (ce qui renforce cependant l’idée d’une fusion probable).
  • Commerzbank a vu sa capitalisation boursière chuter à environ 10 Mds d’euros, et par ailleurs il est sorti de l’indice Dax (principal indice boursier Allemand) la semaine dernière.
  • Pour UBS, une telle fusion est sur le papier stratégiquement opposée à leur politique récente, qui limitait son expansion en préférant la spécialisation afin de réduire les risques potentiels de faillite des banques de trop grandes tailles.

Ensuite, l’environnement global, géopolitique et financier :

  • L’Europe fédérale est désormais battue en brèche par des Européens souverainistes comme en Italie et la question migratoire est au cœur du débat. Les Etats-Unis sont au centre de relations commerciales complexes (Chine, USMCA anciennement ALENA, …). Des tensions nombreuses en Asie et notamment en Chine.
  • Les mois de septembre sont traditionnellement baissiers à Wall Street, et plus encore les années d’élection de mi-mandat. Et, cette fois, il faut y ajouter le risque commercial entre les Etats-Unis et la Chine.

Pourquoi une fusion ?

 

Partager les ressources et compétences et ainsi étendre son influence.

Il s’agit d’un mode de croissance externe aux atouts certains :

  • Cela permet un accroissement rapide du périmètre d’activité.
  • Cela consolide la position des acteurs.
  • Cela permet d’augmenter les capacités de Deutsche Bank par l’accès à de nouveaux savoir-faire et l’augmentation des ressources et des compétences.
  • Une fusion permet de générer d’importantes synergies

La principale question dans les fusions et acquisitions concerne la création de valeur pour les actionnaires. Celle-ci se calcule en comparant la valeur des actions après le processus de fusion avec une valeur estimée de l’action s’il n’y avait pas eu de fusion.

Un seul risque pour les actionnaires : la réduction de valeur de leurs titres soit à cause d’un prix trop élevé, soit à cause d’un endettement accru.

La réussite des fusions dépend aussi de facteurs externes tels que l’avis des organes de régulation pour éviter les monopoles, ce qui est le cas présentement entre les deux banques Allemandes, puisque l’Etat Allemand n’a pas fait de déclaration à l’encontre de cette opération.

Toutefois, une telle opération pourrait se révéler être à double tranchant. En effet, des économies d’échelles pourraient être faite en mutualisant certaines activités ce qui conduirait à se  séparer d’une partie importante du personnel par exemple.

Une fusion avec qui ?

 

Deutsche Bank et Commerzbank

Avantages Inconvénients
  • Création d’une entité bancaire mondiale de premier ordre en banque d’investissement et de financement.
  • Nombreuses synergies.
  • Coûts de restructuration du fait de nombreux doublons.
  • Trop de recoupements d’activités.
  • Commerzbank détient des Mds d’euros d’obligations d’Etat Italiennes ce qui représente dans le contexte actuel, un risque élevé.

Deutsche Bank et UBS

Avantages Inconvénients
  • Complémentaires : UBS génère près de 2/3 de ses résultats par la gestion d’actifs alors que Deutsche Bank réalise encore plus de son produit net bancaire grâce à la banque de financement et d’investissement.
  • UBS est aussi le chef de file mondial de la gestion privée.
  • Du point de vue des actionnaires de Deutsche Bank et sur le papier, l’option suisse serait préférable.
  • Non conforme à la stratégie d’UBS.
  • Le rôle clé qu’occupe Deutsche Bank, au niveau des exportations et de l’économie Allemande se trouverait dilué par cette fusion.
  • Ecart de valorisation 22 Mds d’euros pour Deutsche Bank contre 53 Mds d’euros pour UBS qui aura, donc du mal à justifier une telle opération à ses actionnaires.

Il est convenu qu’une fusion n’a évidemment pas que des avantages ou que des inconvénients. La réalisation ou non d’une telle opération, entre deux immenses entités bancaires résulte principalement de deux conditions :

      • Le gain potentiel des actionnaires.
      • La stratégie globale des deux entreprises.

Le but étant, pour nous, potentiels investisseurs, de récolter le plus d’informations et d’avoir un état de fait le plus précis possible, à l’image de ce qui a été réalisé succinctement ci-dessus.

Clément Martinez

Sources : La Tribune, ZoneBourse, Capital 

Laisser un commentaire

Champs obligatoires *