Covid-effect : Les cours du blé, maïs et soja s’envolent …

Face aux incertitudes liées à la crise sanitaire, plusieurs pays cherchent à assurer leur sécurité alimentaire en stockant des matières premières agricoles à l’instar du blé. Et ce alors que les récoltes de certains producteurs ont été plus que médiocres en raisons de mauvaises conditions climatiques. Depuis le mois d’août, les cours mondiaux des matières premières agricoles ne cessent de progresser sur les marchés. Ces derniers jours, la tonne de blé s’échangeait à plus de...
Clément Martinez Clément Martinez8 novembre 20206 min

Face aux incertitudes liées à la crise sanitaire, plusieurs pays cherchent à assurer leur sécurité alimentaire en stockant des matières premières agricoles à l’instar du blé. Et ce alors que les récoltes de certains producteurs ont été plus que médiocres en raisons de mauvaises conditions climatiques.

Depuis le mois d’août, les cours mondiaux des matières premières agricoles ne cessent de progresser sur les marchés. Ces derniers jours, la tonne de blé s’échangeait à plus de 200 euros et le boisseau américain (27 kg environ) pour livraison en décembre à plus de 6 dollars, un niveau jamais atteint depuis décembre 2014.

Le prix du maïs a lui aussi atteint un plus haut depuis un an, à plus de 4 dollars le boisseau, pour livraison en décembre, le plus échangé. Le boisseau de soja pour livraison en novembre, le plus échangé là-encore, était quant à lui au-delà des 10 dollars.

D’après l’indice de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les prix des céréales ont augmenté de 5,1 % sur les marchés par rapport à août et de 13,6 % sur un an.

 

Anticiper les effets de la crise sanitaire

 

Cette envolée des prix des matières premières agricoles résulte d’une série d’événements concomitants qui rendent les perspectives de plus en plus incertaines. A commencer par la résurgence de la crise sanitaire qui pousse plusieurs pays à renforcer leurs stocks, de blé notamment, pour anticiper des ruptures sur la chaîne d’approvisionnement. C’est par exemple le cas de l’Egypte qui a acheté du blé pendant sa période de récolte. Mais aussi du Maroc, de la Jordanie, du Pakistan ou même de la Chine.

Dans une note en date du 15 octobre, la Banque mondiale soulignait qu’ »alarmés par une augmentation potentielle de l’insécurité alimentaire pendant la pandémie de Covid-19″, de nombreux pays déployaient leurs efforts pour essayer de préserver l’agriculture, de maintenir les marchés « approvisionnés en aliments abordables et nutritifs » et de faire en sorte que les consommateurs soient « en mesure d’acheter des aliments malgré les restrictions de déplacement et les pertes de revenus ».

Sans oublier que les matières premières agricoles servent généralement de valeur refuge pour les fonds d’investissement en période d’incertitude économique comme celle générée par la crise sanitaire. Ce qui fait mécaniquement grimper les prix.

 

L’offre affectée par la météo, la demande boostée par la Chine

 

Au-delà de la crise du Covid-19, l’envolée des cours mondiaux des matières premières agricoles s’explique aussi par la persistance de craintes sur l’offre. S’agissant du blé tendre, les récoltes européennes, et notamment de la Bulgarie, de la Roumanie et de l’Ukraine, victimes de la sécheresse estivale, sont annoncées comme catastrophiques. C’est d’ailleurs ce qui pousse la Chine à s’approvisionner davantage en France où le bilan n’est pourtant pas beaucoup plus réjouissant. Et si la récolte de blé de la Russie atteindra pour sa part un niveau record (82-83 millions de tonnes), elle ne permettra pas de compenser celle, mauvaise, des pays voisins. Quant à l’hémisphère Sud, les craintes sur les perspectives de production y sont de plus en plus vives.

« L’inquiétude sur un bon approvisionnement des marchés prend le pas depuis un mois, renforcée par les indicateurs de sécheresse en Argentine et celles relatives au phénomène climatique La Nina qui devrait affecter le Brésil et l’Argentine entre novembre 2020 et janvier 2020 », détaille Marc Zribi, chef de l’unité grains de France Agrimer. Dans ce contexte, « la remontée des prix intérieurs russes alimente la hausse des prix à l’export depuis septembre et l’on assiste à des phénomènes de rétention à la livraison du blé par les producteurs russes », poursuit-il.

Les productions de maïs ont elles aussi été inférieures aux attentes en raison de conditions climatiques très sèches, en particulier en Ukraine et en Argentine malgré un production américaine supérieure de 40 millions de tonnes à celle de 2019. Parallèlement, la demande venant de Chine est extrêmement forte dans une période où le pays reconstitue son cheptel porcin décimé par l’épizootie de fièvre porcine africaine.

Enfin, si les récoltes de soja sont en hausse aux Etats-Unis et au Brésil, la demande est en forte progression, notamment en Chine qui représente 60% des importations de soja. Là-encore sous l’effet de la reconstitution plus rapide que prévu du cheptel porcin mais aussi de la mise en œuvre de l’accord commercial entre la Chine et les Etats-Unis signé en janvier et qui dope les achats chinois. « A quoi s’ajoute sans doute un effet de consolidation de stocks de sécurité alimentaire engagée dans de nombreux pays depuis la crise Covid », ajoute Marc Zribi.

 

Quelles conséquences pour le consommateur?

 

Compte tenu des nombreuses incertitudes liées à la crise sanitaire, à la production dans l’hémisphère Sud et aux conséquences de la sécheresse dans de nombreuses régions d’Europe, la hausse des cours devrait se poursuivre. « Les indicateurs semblent indiquer qu’elle est durable, mais modérée, pour les mois qui viennent, avec toutes les incertitudes qui vont avec ces analyses et ce, dans un contexte Covid qui bouscule les données », explique Benoît Piétrement, président du conseil spécialisé grandes cultures de France Agrimer.

Mais ce dernier assure que les conséquences de cette hausse pour le consommateur sera « très faible », notamment parce que « le prix des céréales dans les produits transformés est extrêmement faible ». Il ajoute cependant qu’il pourrait y avoir une conséquence sur les produits issus des élevages qui sont consommateurs de céréales (et de soja) mais dans un marché très concurrentiel, cette hausse éventuelle serait sans doute très limitée ».

Clément MARTINEZ

Sources : Terre-net.fr, BFM

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