ConforamaVoilà plusieurs jours que le groupe Conforama détenu par le groupe Sud Africain Steinhoff a annoncé la suppression de 1 900 postes et la fermeture de 42 magasins dont 10 faisant partie de l’enseigne Maison Dépôt.

D’importants signes avant-coureurs …

Avant même de s’intéresser particulièrement à ces deux groupes, il est important de réaliser une brève étude de la société mère. Nous nous sommes rapidement aperçus que si aujourd’hui ces deux groupes sont en grande difficulté, c’est principalement dû à la situation inquiétante de la maison mère.

Tout cela remonte en 2017, comme en atteste ce graphique (Source : Boursorama).

À quoi est dû une telle chute du cours de bourse ?

Un des principaux mis en cause est l’ancien PDG Markus Jooste du groupe Sud Africain Steinhoff. En effet, l’ex-PDG est au cœur d’un scandale financier pour falsification des comptes de la multinationale. D’après un rapport d’enquête du cabinet PwC (PricewaterhouseCoopers), une structure avait été mise en place par plusieurs membres de l’entreprise pour effectuer un certain nombre de transactions entre 2009 et 2017. (À noter que Markus Jooste a démissionné en décembre 2017). Le but était de gonfler les bénéfices de la société afin d’augmenter la valeur de l’entreprise, il a ainsi laissé un tableau de l’entreprise flatteur mais erroné. Le montant de ces fraudes s’élève à 6,5 milliards d’euros. À la suite de cela, le groupe aurait aujourd’hui 1,2 milliards d’euros de déficit.

La chute du cours de bourse est en très grande partie due au fait que le marché prenait en considération des chiffres erronés. Le fait d’avoir mis à jour les bons chiffres a automatiquement entraîné une très forte dévaluation de la société étant à ce moment-là surcotée. Ainsi le cours de bourse s’est aligné par rapport à la véritable valeur de la société.

… menant à d’importantes conséquences financières

Les conséquences ont été immédiate pour la multinationale :

  • Cette chute a immédiatement provoqué une crise de liquidité pour l’entreprise. Le prix d’une action passant de 3,53€ à 0,32€. Aujourd’hui, l’action vaut 0,087 €. La valeur du titre a donc baissé de 4 057% entre 2017 et 2019. L’action représente une part du capital de l’entreprise. Le capital ayant été victime d’une forte baisse de valeur, elle ne pourra les revendre à un prix satisfaisant ce qui l’empêche d’obtenir de la liquidité. De plus le prix de départ lors de l’émission de nouvelles d’actions serait réduit ce qui limite fortement le potentiel d’investissement.  
  • La société mère n’étant pas avertie des actions de l’ex-PDG avait sans doute basé toute sa stratégie sur des données complètement erronées, la mettant dans une situation extrêmement délicate.
  • Cette situation est arrivée à la fin de l’année, c’est-à-dire très probablement après que les décisions d’investissements soient allouées aux différentes filiales du groupe pour les années à venir. Si la maison mère se devait de verser des subventions pour aider au bon fonctionnement de ces différents groupes celles-ci ont forcement dû être revues à la baisse, voir annulées, au regard de la situation la maison mère proche de la faillite.

Ainsi Conforama et Maison Dépôt ont été directement touchées par cette situation qui les concernaient pourtant indirectement.

Ces deux sociétés étant pris au dépourvu, n’ont pas pu investir comme elles le souhaitaient. Elles n’ont d’ailleurs certainement pas reçu les subventions qui leur étaient promises avant l’évènement. À cause d’un manque d’investissement les clients habitués à Conforama ne trouvant pas les produits escomptés, se sont naturellement tournés vers d’autres entreprises. Les deux filiales, victimes au premier abord d’un manque d’investissement, sont ainsi victimes d’une perte de clients. Il leur est alors difficile d’équilibrer les postes de charges et de recettes. Si les groupes n’arrivent pas à dégager suffisamment de rentabilité il leur est impossible d’être indépendants de la maison mère, ne pouvant pas la solliciter pour renflouer leur trésorerie. Ainsi ils sont obligés de réduire les charges pour essayer d’équilibrer les comptes.

Il est également possible que la vente d’actifs tels que les magasins permettra au groupe de considérablement réduire son déficit et de générer des liquidités. Le fait de réduire les charges financières en supprimant 1 900 postes pour obtenir des liquidités en vendant un certain nombre d’actifs permettrait de baisser le point mort de l’entreprise.

Au regard du tableau ci-dessus (Source : documents financiers du groupe Sud Africain), nous constatons que le point mort est très élevé. En effet, l’EBITDA (Earning before interest, taxes, depreciation and amortization) soit l’EBE en français (Excédent Brut d’exploitation) a nettement diminué entre 2016 et 2017 tandis que le chiffre d’affaire d’après le même document a augmenté. Plus l’écart est significatif entre le chiffre d’affaire et l’EBE et plus les charges sont importantes. Plus les charges sont importantes et plus le point mort de la société est élevé. L’objectif est donc de faire en sorte que les ventes (produits) réalisées par l’entreprise soient plus importantes que les charges variables et charges fixes. Si l’entreprise réussit à atteindre cet objectif alors elle sera à nouveau dans une situation dite stable sur une courte période.

Le secteur étant en constante évolution il est impossible aux entreprises de rester sur des acquis. Il est alors vital d’investir, l’objectif étant de faire en sorte que l’entreprise atteigne le plus rapidement possible le statut de société dite mature ou d’entreprise Star. Dans cette situation l’entreprise investit peu tout en obtenant d’excellentes ventes. Le résultat net de l’entreprise est donc à son paroxysme. C’est à partir de ce moment-là qu’elle peut verser d’importants dividendes. Dans ce cas de figure, les deux filiales Conforama et Maison Dépôt sont bien loin de cette situation.

Un secteur qui évolue…

Le secteur du mobilier et objet est en constante évolution. Au regard de la situation financière du groupe il est certain que les concurrents en profitent pour prendre des parts de marché.

Il faut savoir qu’actuellement peu d’entreprises dans ce secteur sont arrivées à maturité. Cela signifie qu’elles doivent continuellement investir pour continuer à se développer. Si aucun investissement n’est fait alors elles perdent des parts de marché et vont finir par se retrouver dans la même situation que Conforama.

Aujourd’hui nous pouvons dire que Conforama est dans une impasse. Une restructuration notamment au niveau financier lui permettra d’éviter la fermeture de plusieurs autres magasins. Elle évitera par la même occasion la suppression de plusieurs autres milliers d’emplois.

Cependant il s’agit d’une stratégie de court terme car un plan de réinvestissement doit-être fait pour récupérer les parts de marché perdues pendant cette crise. L’objectif final sera alors de faire en sorte que l’ensemble du groupe tende une nouvelle fois vers l’équilibre, et dans un futur plus ou moins proche, ouvrir à nouveau les magasins fermés aujourd’hui.

Les signes qui ont montré cette réalité ont été perçus dès la fin de l’année 2017. Il aura fallu moins de 2 ans pour que cela touche les différentes filiales. Cela montre bien qu’il est important lorsque l’on travaille dans une entreprise, de prendre le temps de regarder l’état financier de son groupe dans l’ensemble.

En effet, cette situation aurait pu être évitée si ces signes avaient été pris en compte dès la fin de l’année 2017, peut-être qu’à ce moment-là les 1 900 postes auraient pu être sauvés. Certes le fait que l’ex-PDG ait falsifié les comptes étaient pratiquement impossible à prévoir, néanmoins lorsque l’on constate une chute du cours de bourse aussi importante il est vital d’anticiper une crise. Des précautions auraient ainsi pu être prises. Par exemple, une fois le cours arrivé au plus bas, il aurait sans doute été judicieux d’ouvrir le capital social de l’entreprise aux employés, sous forme de participation. Le fait que les employés et que les dirigeants puissent investir dans l’entreprise auraient montré au marché une forte volonté de vouloir résoudre cette crise. Une autre solution aurait été de fermer quelques magasins dès la chute du cours de bourse. Le but aurait ainsi été d’avoir plus de disponibilité et ainsi permettre aux différentes filiales de pouvoir subvenir à leurs besoins et être autosuffisantes vis-à-vis de la maison mère. Une fois que la filiale aurait été stable et dégageait suffisamment de bénéfice il aurait été judicieux de verser une partie des dividendes à la maison mère pour lui éviter la faillite. Comme on peut le voir des solutions existent, il suffit juste de tenir compte en permanence de toutes les informations disponibles.

Lucas GOISLARD, Tous droits réservés.


Sources :

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