Cacao, des hauts et débat !

Le chocolat n’est pour l’heure pas un produit de luxe mais il pourrait toutefois le devenir dans les années à venir. Ce scénario serait probable en cas d’une offre de cacao ne répondant pas à la demande mondiale, avec pour conséquence une hausse immédiate des prix du cacao. La Côte d’Ivoire et le Ghana, principaux producteurs mondiaux de cacao, ont décidé de suspendre la commercialisation des récoltes de cacao afin d’obtenir un prix plancher de...
Clément Martinez30 novembre 20197 min

Le chocolat n’est pour l’heure pas un produit de luxe mais il pourrait toutefois le devenir dans les années à venir. Ce scénario serait probable en cas d’une offre de cacao ne répondant pas à la demande mondiale, avec pour conséquence une hausse immédiate des prix du cacao. La Côte d’Ivoire et le Ghana, principaux producteurs mondiaux de cacao, ont décidé de suspendre la commercialisation des récoltes de cacao afin d’obtenir un prix plancher de 2 600$ la tonne représente un risque pour ce marché. Il existe donc un réel risque inflationniste pour les pays importateurs de cacao tandis que de nouvelles menaces exogènes comme la sécheresse des terres et le réchauffement climatique pourraient accentuer ce déséquilibre.

 

Une production mondiale de cacao dominée par la Côte d’Ivoire et le Ghana 

 

D’après l’Organisation internationale du cacao (ICCO), les ressources mondiales de cacao sont estimées à près de 4,7 milliards de tonnes durant la campagne 2017-2018. Peu de pays produisent et commercialisent cette matière première. Ainsi, en 2018, les producteurs de cacao dans le monde sont la Côte d’Ivoire qui dispose des ressources mondiales les plus importantes (près de 2 milliards de tonnes de cacao, soit 42,8% de la production mondiale), suivi par le Ghana (20,2%), l’Indonésie (6,2%), l’Equateur (5,7%), le Cameroun (5,1%), le Nigéria (4,8%) et le Brésil (3,8%).

fandas.fr/CACAO1

Pour la période 2018-2019, l’ICCO prévoit des prévisions de production en hausse de +3,9%. Alors que l’année cacaotière 2018-2019 arrive à son terme, la production de cacao en Côte d’Ivoire continue de dépasser tous les records. Cette hausse de la production peut amener les prix de la matière à diminuer pour les prochaines périodes. C’est d’ailleurs ce qui inquiète la Côte d’Ivoire et le Ghana. L’annonce récente de la Côte d’Ivoire et du Ghana de suspendre la commercialisation des récoltes de cacao afin d’obtenir un prix plancher de 2 600$ la tonne représente un risque non négligeable pour les pays importateurs (les cours moyens de la matière sont proches des 2 300$/t).

 

Des prix à l’importation en hausse de +9% depuis janvier 2019 en France

 

La Côte d’Ivoire et le Ghana sont les principaux fournisseurs de fèves de cacao en France à hauteur de 78% des quantités importées. Il existe alors un risque inflationniste en cas de perturbation sur les marchés pour les producteurs français. La décision des deux partenaires africains de restreindre l’offre afin de protéger les revenus des producteurs de cacao peut avoir des conséquences sur les prix à l’importation. 

Sur la scène du commerce extérieur, les prix à moyen terme à l’importation du cacao en France restent largement en dessous de ce qui a été constaté l’année dernière. A titre de comparaison, il y a un an, le prix à l’importation du cacao était de 2,51 €/kg, soit une baisse de 6% entre juillet 2018 et mai 2019. Cependant, depuis le début de l’année, les prix augmentent progressivement avec une hausse de près de +9% depuis janvier 2019, soit un prix moyen de 2,36 €/kg en mai 2019.

Du côté des cours mondiaux, la cotation moyenne de la tonne de cacao atteint 2 315$ en mai 2019, soit une hausse de +2,3% depuis le 1er janvier 2019. Nous sommes radicalement loin des situations de marché constatées antérieurement. A titre de comparaison, la moyenne mensuelle des prix du cacao avait atteint 3 122 $ en juin 2016.

fandas.fr/CACAO2

La stratégie affichée du Ghana et de la Côte d’Ivoire n’a toutefois pas porté ses fruits. Les deux pays ont annoncé le 17 juillet dernier revenir sur leur décision de revenir sur le marché mondial du cacao. N’ayant pas obtenu d’accord sur un prix plancher à la vente avec les industriels. Toutefois, comme l’indique le communiqué de presse, ces deux pays souhaitent garantir aux producteurs une juste rémunération, avec l’instauration pour la récolte de 2020/2021 d’un :

Prix plancher correspondant à l’instauration d’un différentiel de revenu décent de 400 dollars par tonne pour tout contrat de vente de cacao.

Un contexte environnemental inquiétant et influençant les coûts de production

 

L’Union européenne s’est fixée pour objectif de lutter contre la déforestation, protéger les forêts et promouvoir des chaînes d’approvisionnement durables. En effet, la déforestation est un problème mondial majeur, qui entraîne la perte de biodiversité, contribue au changement climatique et accroît la pauvreté. Les causes sont multiples et complexes, même si l’augmentation de la production de produits tels que le soja, le bœuf, l’huile de palme, le café et le cacao est à l’origine de près de 80 % de l’ensemble de la déforestation. Dans cette perspective, la production tient une part de responsabilité dans ce fléau climatique et social.

Les pays producteurs de cacao devront faire face à de nouveaux défis dans les années à venir en conciliant à la fois la pérennité du secteur d’activité et en affrontant les changements climatiques à venir qui risquent d’accroître le déficit en offre de cacao pour le marché mondial.

Sur le plan environnemental, à titre d’exemple, entre novembre 2017 et septembre 2018, rien que pour la région cacaoyère du sud-ouest, environ 13 748 hectares de forêt ont été détruits, soit l’équivalent de 15 000 terrains de football. Quant aux parcs nationaux, espaces d’une biodiversité rares et inscrits sur les listes de protection des Nations Unies, ils ne sont pas épargnés. Au Ghana, plus de 110 000 hectares de parcs naturels ont ainsi été défrichés entre 2001 et 2014. En Côte d’Ivoire, le taux de déforestation atteint 93% dans 7 des 22 espaces protégés du pays. Ainsi, certaines mesures ont été prises par les gouvernements ivoiriens pour lutter contre la déforestation illégale et ses conséquences, en expulsant par exemple les cultivateurs de cacao des parcs nationaux. Seulement, la corruption qui sévit dans le pays met à mal ces efforts, les pots de vin étant simplement devenus plus élevés pour les producteurs de cacao.

Sur le plan social, le revenu des producteurs est un enjeu majeur. Selon un rapport de la Banque mondiale de juillet dernier sur la Côte d’Ivoire, plus de la moitié des producteurs-cultivateurs de cacao vivent en deçà du seuil de pauvreté, avec moins de 757 francs CFA (1,2 dollar) par jour. De plus, d’après l’association France Nature Environnement et l’ONG Mighty Earth, les inégalités n’ont fait que s’accentuer depuis des années car, alors qu’ils percevaient environ 16% de la valeur d’une barre chocolatée dans les années 1980, les producteurs de cacao n’en perçoivent aujourd’hui que 6%.

 

Bilan :

 

Pour remédier à ce fléau environnemental et social, les partie-prenantes de la filière cacao ont signé en 2018 la déclaration de Berlin. Cette déclaration reconnaît qu’une “nouvelle vision est nécessaire pour parvenir à une véritable durabilité sectorielle” et propose une série de 12 recommandations à destination de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement en chocolat. En l’absence de transformation de la filière du cacao, par le biais d’une révolution technologique et environnementale comme le suggère la Banque Mondiale, une crise mondiale serait à prévoir puisque les experts du secteur estiment que si la situation ne s’améliore pas, le cacao pourrait faire l’objet d’une pénurie dès 2050.

Clément MARTINEZ

Sources : KPMG, SVP

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