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Pour bien appréhender le contexte mondial, il est primordial de comprendre au mieux la problématique Européenne, et notamment celle posée par le Brexit. Cet événement aux multiples rebondissements et au suspense plus ou moins prévisible, qui oppose plusieurs mastodontes politiques et économiques est désormais devenu le film quotidien du monde entier. Je me propose dans cette analyse de vous dépeindre précisément les principaux chapitres allant jusqu’à même imaginer les suites possibles. Cela dans le but que vous puissiez connaître les tenants et aboutissants de cette superproduction « Européenne ».

Voici, donc ce que j’espère être, un bilan clair de la situation actuelle ainsi que des projections sur ce que pourra être l’avenir pour le Royaume-Uni et l’Europe.

Où en est-on aujourd’hui ?

Aujourd’hui mercredi 27 février 2017, Theresa May, a promis lors d’une séance au Parlement (qui s’est déroulée hier 26 février 2019) que la date du Brexit pourrait être repoussée de quelques semaines. Cela se produirait si le Parlement rejetait, d’ici au 12 mars 2019, une nouvelle fois l’accord de retrait qu’elle tente de négocier avec Bruxelles. En effet un premier rejet sans ambiguïté avait déjà eu lieu à la mi-janvier.

Il s’agit là d’une volte-face importante de la Première ministre, qui avait jusque-là toujours exclu de repousser la date du Brexit, prévue, pour rappel le 29 mars 2019.

Néanmoins, elle reste persuadée de pouvoir quitter l’Union Européenne selon le calendrier prévu. En effet, lundi 25 février 2019, lors d’un discours, elle refusait toujours d’ouvrir la voie à un tel report. Mais elle entend désormais que le Parlement puisse en décider autrement :

  • Si aucun accord n’est ratifié par le Parlement britannique le 12 mars 2019, elle demandera au plus tard le 13 mars 2019 à la Chambre si celle-ci soutient un « no deal ». Dans ce cas, le Royaume-Uni sortirait de l’UE sans accord de divorce à l’amiable.
  • Si ce n’est pas le cas, elle présentera le 14 mars une motion pour savoir si le Parlement souhaite repousser la date du Brexit. Theresa May a, par ailleurs, suggéré que le report n’excède pas trois mois. L’objectif est que le Royaume-Uni sorte de l’UE avant la prise de fonction, au 1er juillet 2019, des nouveaux eurodéputés qui doivent être choisis à l’occasion des élections européennes de la fin mai.

Quel cheminement depuis hier ?

29 janvier 2019 : Ni « back-stop », Ni « no deal ».

Les parlementaires tentent de reprendre la main sur le processus du Brexit en adoptant deux amendements. Le premier exclut par principe l’idée d’une sortie de l’UE sans accord. Le second prévient qu’un accord ne sera ratifié que si le filet de sécurité relatif à l’Irlande du Nord n’y figure plus.

En réaction, Theresa May assure qu’elle « rouvrira » les négociations sur l’accord de retrait. Mais l’UE n’a de cesse de répéter qu’il est exclu de revenir sur le « back-stop » et notamment Emmanuel Macron qui martèle que l’accord de divorce ne pourra pas être renégocié.

16 janvier 2019 : Theresa May est confirmée à son poste.

Une motion de censure contre le gouvernement est toutefois rejetée par 325 parlementaires (contre 306). Malgré le rejet massif de l’accord sur le Brexit qu’elle avait négocié avec Bruxelles, Theresa May reste donc à son poste. Au terme d’un amendement adopté le 9 janvier 2019, elle doit présenter sous quelques jours un « plan B » aux représentants de son pays.

15 janvier 2019 : Le Parlement britannique rejette l’accord de retrait.

Le Parlement britannique vote contre l’accord de retrait de l’UE, à 432 voix contre 202. Bien qu’attendue, cette décision accentue l’incertitude sur le sort du Brexit, à moins de trois mois de la date butoir.

Le gouvernement britannique doit donc présenter un « plan B » sous trois jours, conformément à un amendement voté par les députés le 9 janvier 2019. La Première ministre explique qu’elle discutera avec les différents partis afin de trouver une solution acceptable et devrait retourner à Bruxelles pour tenter d’obtenir des concessions des Européens.

8 et 9 janvier 2019 : Theresa May sous pression.

Theresa May ne parvient toujours pas à convaincre les conservateurs de soutenir l’accord de sortie qu’elle a négocié avec Bruxelles en novembre.

Face à la perspective de plus en plus probable d’un divorce sans accord (« no deal »), les parlementaires renforcent leur autorité :

  • Le 9 janvier 2019, un amendement oblige le gouvernement à présenter un plan B dans les trois jours en cas de rejet, le 15 janvier, de l’accord de retrait.
  • Un amendement à la loi de finances, prévoit quant à lui que les mesures fiscales prises par le département du Trésor conséquemment au Brexit devront être soumises au vote préalable du parlement.

13 décembre 2018 : Les 27 restent fermes et refusent de renégocier l’accord.

La Première ministre britannique se confronte à la stricte position des 27 états au Conseil Européen : un accord sur des clarifications est établi et notamment sur le « back-stop » mais ils refusent de rouvrir les négociations pour autant.

Les débats, de plus en plus tendus sur l’accord de sortie du Royaume-Uni de l’UE, doivent reprendre début janvier 2019 au Parlement britannique, mais l’adoption du texte avant le 21 janvier (calendrier fixé par Theresa May) parait improbable.

Pendant tout le mois de décembre des deux côtés de la Manche, alors que l’issue du Brexit est chaque jour un peu plus incertaine, on prépare donc activement le « no deal », c’est-à-dire une rupture brutale des relations prévue le 29 mars 2019, à minuit.

Quelles conséquences financières et économiques concrètes pour le Royaume-Uni ? Quel futur ?

Une certaine houle à prévoir sur le monde financier.

Immédiatement, une tempête financière agitera les places financières. En effet, si la cinquième puissance économique mondiale quitte le navire européen (déjà instable) cela aura un impact planétaire. Les Bourses de Hong Kong et Tokyo ont plongé, celle de Londres a ouverte en baisse de 7% et celle de Paris et Francfort de 10% au moment du référendum. Signe qui ne trompe pas, les marchés se sont précipités sur la valeur refuge par excellence, l’or (voir l’article référent sur FANDAS), qui a atteint son niveau le plus fort depuis deux ans.

Des années de négociations avec ses partenaires commerciaux.

Le Royaume-Uni perdra le bénéfice des accords commerciaux passés par l’UE et ses partenaires à travers le monde modulo les négociations réalisées pour le Brexit.

Les Britanniques auront moins de pouvoir d’achat.

Dans le scénario, établi par le Trésor britannique, dans lequel le Royaume-Uni négocierait avec l’UE un accord de libre-échange similaire à celui liant le Canada à l’Europe, chaque foyer britannique perdrait environ 5400€ de revenus par an. En effet, selon leurs projections, le PIB du pays serait d’ici à 2030 inférieur de 6% à ce qu’il aurait été.

Une hausse des tarifs des barrières douanières et un pays moins attirant pour les investisseurs.

Avec le Brexit s’ouvre en réalité une longue période d’incertitude, avec. Les barrières commerciales pourraient être relevées pendant cette période de transition. En effet 7,2 milliards d’euros par an de droits de douane supplémentaires serait à payer pour les exportateurs britanniques, d’après l’OMC. Nous ne sommes pas certains que les secteurs manufacturiers, comme l’aéronautique, apprécient ces nouvelles barrières tarifaires couplés à des conséquences, plus globales sur le commerce britannique et l’attraction des investissements. Certaines entreprises pourraient faire leurs bagages, le Royaume- Uni ne sera, désormais plus la porte d’entrée vers l’Europe.

Une récession en perspective et un chômage en hausse.

Le FMI envisage deux scénarios possibles : un « scénario limité » et un scénario « défavorable ». Dans le premier cas, la croissance du PIB de l’économie britannique ralentirait à 1,7% cette année, puis à 1,4% en 2017 (au lieu de 1,9% et 2,2% actuellement prévus) ainsi qu’un taux de chômage à 5,3% en 2017, contre 5% aujourd’hui et à 6,5% d’ici deux ans. Dans le second cas, le Royaume-Uni tomberait même en récession en 2017 à -0,8% avant de se redresser à +0,6% en 2018. Par ailleurs, le Brexit coûterait environ 129 milliards d’euros de perte d’activité, ce qui se traduirait par 950 000 emplois en moins d’ici à 2020, et une hausse du chômage comprise entre 2% et 3%.

Un manque à gagner fiscal.

L’Institut des études budgétaires (IFS) prévoit un manque à gagner annuel compris entre 20 et 40 milliards de livres d’ici à 2020. D’autre part, le Royaume-Uni devrait perdre sa note AAA que S&P lui attribue depuis plus de 50 ans

L’intégrité du Royaume-Uni en question et quid du visa ?

Les résultats du référendum sur le Brexit montrent un pays divisé, avec Londres, l’Ecosse et l’Irlande du Nord qui voulaient rester, tandis que le nord de l’Angleterre ou le Pays de Galles ont largement voté contre. Au-delà de ce schisme interne, le Royaume- Uni arrivera-t-il à négocier la libre circulation des biens et des personnes sachant qu’il ne fait pas partie de Schengen ? Il est évident qu’une entente bipartite est nécessaire sur ce point précis.

Quelles suites pour l’Europe de demain ?

Scénario A : Retour au point de départ.

L’Europe est fragilisée, l’euro n’existe plus et la libre circulation des travailleurs entre les pays est de l’histoire ancienne. L’UE est devenue une contrainte plutôt qu’un atout commun, les taux de change se sont envolés et de nouvelles normes sur les produits de consommations rendent le commerce plus difficile… Rivalité entre les principaux acteurs économiques, difficulté de recruter des experts étrangers, augmentation du coût de la vie.

Scénario B : L’Europe se fédère.

Les derniers accords commerciaux avec le Royaume-Uni ont été conclus dans le temps imparti. Par la suite, l’UE s’est mobilisée afin de créer un nouvel espace économique. Le Partenariat Transatlantique de Commerce et d’Investissement a été signé et est désormais la nouvelle place forte financière européenne est soit Paris, soit Francfort. 

Scénario C : Une nouvelle Europe se fortifie.

Les relations entre le Royaume-Uni et les autres pays de l’UE se durcissent car le Royaume-Uni s’est, notamment, vu refuser l’accès au marché unique Européen. Sans accès à ce marché, la Grande-Bretagne voit sa croissance ralentir et l’Ecosse et l’Irlande décident de prendre leur indépendance en suivant le nouveau pôle Européen. Les importations en provenance du Royaume-Uni sont devenues beaucoup plus chères, entrainant ainsi un recul des ventes. De nouvelles taxes sur les marchés financiers apparaissent. La nouvelle Europe se construit en autarcie par rapport au Royaume-Uni.

Scénario D : Chaos et populisme.

Les mouvements populistes en Europe ont pris de l’ampleur et ceux-ci se retrouvent à la tête du pouvoir dans de nombreux pays. La collaboration entre Paris et Berlin est de l’histoire ancienne, le rêve européen se termine, l’Europe se meurt. De nombreuses crises émergent à la suite de la disparition de la monnaie unique, les coûts de transactions deviennent bien trop élevés et tous les secteurs d’activités en pâtissent.

Clément MARTINEZ. Tous droits réservés.


Sources :

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