737 Max, grand responsable de la chute de Boeing ?

La réalisation de l’appareil 737 Max de Boeing résulte d’une volonté stratégique à faire face à l’innovation de Airbus avec son A320 Neo. Au-delà du fait que cet appareil peut accueillir au maximum 220 personnes, son véritable atout réside dans le fait que l’appareil consomme jusqu’à 30% de moins que le Boeing 757. L’A320 Neo permet donc aux entreprises de réduire les charges liées à l’utilisation de l’appareil leur permettant de réduire les coûts d’exploitations....
Avatar Lucas Goislard29 décembre 20197 min

La réalisation de l’appareil 737 Max de Boeing résulte d’une volonté stratégique à faire face à l’innovation de Airbus avec son A320 Neo.

Au-delà du fait que cet appareil peut accueillir au maximum 220 personnes, son véritable atout réside dans le fait que l’appareil consomme jusqu’à 30% de moins que le Boeing 757. L’A320 Neo permet donc aux entreprises de réduire les charges liées à l’utilisation de l’appareil leur permettant de réduire les coûts d’exploitations. Les compagnies dotées de l’A320 peuvent donc s’éloigner de leurs points morts ce qui a pour conséquences d’accroître leurs EBE (Excédent Brut d’Exploitation).

Face à cette innovation, Boeing s’est senti obliger de créer un nouvel appareil, le but étant de rivaliser avec son concurrent direct afin d’éviter de perdre des parts de marché. C’est ainsi que le 737 Max vit le jour, l’avion a été conçu pour que le coût opérationnel par siège soit inférieur à 8% de celui de l’A320 Néo et que son efficacité globale a été améliorée de 14% par rapport au 737 classique.

Malgré ces prouesses techniques le 737 Max connaît un problème un majeur. Au regard de sa taille, l’appareil nécessite des moteurs plus puissants le rendant plus lourd et par voie de conséquence instable. Ainsi, il peut facilement décrocher lors de son décollage.  Afin de pallier à ce problème, les ingénieurs ont mis au point le MCAS (Maneuvering Characteristics Augmentation System). Il s’agit d’un dispositif qui s’active lorsqu’il détecte un décrochage. Le MCAS est donc là pour éviter un crash. Cependant, il s’avère que c’est à cause de ce dispositif que les deux crashs ont eu lieu entraînant la mort de 346 passagers.

Les répercussions de tels évènements sont sans appel, tous les 737 Max sont immobilisés jusqu’à résolution du problème. Boeing pensant pouvoir le régler rapidement a maintenu la production des 737 Max afin de pouvoir répondre aux commandes. Cependant, il s’avère que celui-ci n’est pas aisé à résoudre et cela prend beaucoup plus de temps que prévu. Cette situation est donc critique pour Boeing puisque l’entreprise américaine perd de l’argent dû au fait qu’il lui est impossible de livrer ses avions, mais également dû au fait qu’il faille les stocker. Le coût de stockage des avions n’est pas près de diminuer puisque certains sont toujours en production, et ce jusqu’à janvier 2020.

Nous pourrons donc assister à un BFR (Besoin de Fonds de Roulement) sur l’année 2019 extrêmement important dû à la forte augmentation des stocks. Le besoin en fonds de roulement est la somme des stocks de l’entreprise et des créances clients moins les dettes fournisseurs. Une entreprise avec un stock important peut rapidement faire faillite puisque celle-ci ne transforme pas son produit fini en une somme d’argent qui est censé être utilisé pour payer ces fournisseurs. Le BFR représente donc tous les éléments vitaux pour que la société puisse exercer son activité.

 

Le cours de bourse impacté…

 

Le cours de bourse de l’action Boeing est lui aussi impacté et il est possible de le constater via son Bêta moyen sur l’année 2019 qui est de 1,29. Le Bêta se définit comme le rapport de la covariance de la rentabilité de l’actif avec celle du marché à la variance de la rentabilité du marché. Il faut savoir qu’un Bêta au-dessus de 1 réplique le marché en l’accentuant. Un Bêta élever signifie que l’entreprise est risquée et donc plus volatile. Nous constatons que sur l’année 2019, l’action Boeing a progressé de 2,8% contre +22,5% pour l’indice DowJones. N’ayant pas répliqué les indices du marché cela montre parfaitement l’impact négatif que l’affaire 737 Max a pu avoir sur le cours de bourse de la compagne américaine.

Afin de rassurer les entreprises partenaires et essayer d’améliorer la confiance des investisseurs le 24 décembre 2019 Boeing a décidé de se séparer de Dennis MUILENBURG Directeur général de la compagnie aérienne qui sera remplacé le 13 janvier par David CALHOUN actuel président du conseil. En attendant la venue du nouveau directeur général, c’est le directeur financier Greg SMITH qui assurera la transition.

Dans un secteur où il faut constamment innover et allouer des ressources en R&D pour concevoir les prochains avions, cette affaire est un véritable coup dur. Cette situation laisse donc champ libre aux concurrents qui peuvent tendre à rattraper leurs retards ou bien à creuser un fossé en prenant directement des parts de marchés.

La perception des consommateurs vis-à-vis de Boeing s’est nettement dégradée, la conséquence est immédiate plus aucune compagnie ne désire posséder un 737 Max. Nous pouvons prendre l’exemple d’Air-France qui a décidé d’acquérir des A320 Neo et non des 737 Max pour l’année 2020.

 

Une situation bénéfique pour Airbus ?

 

Au premier à bord nous pouvons nous dire que le concurrent direct de Boeing va pouvoir en profiter et vendre davantage d’appareils. Cependant, cette opportunité peut également être négative. En effet, Airbus peut se trouver dans une situation délicate ne pouvant pas répondre à la demande globale. Le piège serait d’accepter plus de commandes qu’il n’est possible de réaliser. Dans une telle situation Airbus pourrait connaître des turbulences notamment au niveau de marché boursier, car l’entreprise serait dans l’incapacité de livrer ses appareils et donc de respecter ses engagements auprès de ses clients ce qui impacterait également l’indice confiance de ces derniers.

Le second point et beaucoup plus problématique pour Airbus est la perte de son meilleur concurrent. En effet, Boeing est un concurrent de longue date, Airbus le connaît très bien et peu facilement réalisé sa stratégie en anticipant la réaction de Boeing. Dans le cas où Boeing perdrait sa position dans le secteur aéronautique, cela pourrait être au profit des entreprises chinoises. Un point très délicat surtout lorsque l’on connaît la force industrielle des industries chinoise. Nous pourrions dans ce cas nous trouver à l’aube d’un déséquilibre dans ce secteur non pas avec une perte des parts de marchés pour Boeing mais également pour Airbus. Cela ne pourra cependant se vérifier que dans plusieurs dizaines d’années.

 

Un coup dure pour les sous-traitants de Boeing.

 

Boeing n’est pas le seul à être touché par cette affaire, bon nombre de sous-traitants le sont également. Nous pouvons prendre comme exemple Safran, il s’agit de l’entreprise fournissant les moteurs pour le 737 Max. La production des appareils s’arrêtant dès janvier 2020 les commandes qui auraient dû être livrées sont dorénavant caduques. Heureusement, Safran et d’autres entreprises dans la même situation ont changé leur fusil d’épaule pour se tourner vers Airbus. Leur permettant ainsi de réduire les pertes financières que cela aurait pu engendrer.

Nous pouvons donc conclure sur le fait que la stratégie de Boeing qui date de 2014 à un effet négatif sur l’année 2018-2019 et qu’il est possible que ces répercussions se fassent ressentir sur plusieurs années notamment pour Airbus. Le principal problème de cette affaire est que Boeing a minimisé le problème qui l’accapare aujourd’hui. Il existe cependant des stratégies pour l’entreprise américaine. La première étant de considérer le 737 Max comme un échec et d’allouer ses ressources pour le prochain avion.

La seconde est d’investir en masse pour résoudre ce problème. Cependant, dans le cas où aucune solution n’est trouvée cela pourra bien causer la faillite de l’entreprise. Nous pourrions donc assister à un sauvetage de l’entreprise par sa nationalisation, comme nous avons pu voir avec Général Motors.

Lucas GOISLARD

Sources : Lepoint, Lefigaro

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